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Vous allez enfin réussir vos photos de vacances

Arnaud Idelon By Arnaud Idelon Published on July 10, 2017

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This article was updated on August 29, 2017

Vous avez épuisé depuis belle lurette le plan de doigts de pieds en éventail devant une mer azurée ? Vos selfies en soirées reachent de moins en moins sur Instagram ? Vos photos de monuments sont moins bien cadrées que sur Google Street View ? J’ai choisi pour vous quelques bouquins de photographes qui devraient vous donner des idées pour cet été. Manuel en dix leçons pour briller à votre retour. 

1. Faites vos armes sur la plage

avec Stromboli et Un Été italien de Claude Nori

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On amorce le tutoriel avec les valeurs sûres. Il faut dire que Claude Nori, photographe, écrivain et fondateur des éditions Contrejour s’est bâti une solide réputation dans le genre institué de la photographie de vacances. 

De Biarritz à Stromboli, en passant par la Côte d’Azur et les plages bordant l’Adriatique, ce « photographe amoureux » est le pionnier, le maître et la référence pour tous les photographes qui vibrent devant une plage, quelques vagues, des corps gourmands de soleil et les éclats d’une adolescence éternelle. Armé d’un simple Kodak, séduit par les contrastes et la saturation des couleurs de ces petits jetables, il prend à la volée des instants suspendus empreints d’une légère nostalgie : celle des fins de vacances et de la rentrée imminente.

Sous son objectif, mobylettes, scooters, corps enlacés, bikinis et sourires juvéniles se croisent et s’entremêlent dans une vibrante harmonie. Si le chef-d’oeuvre L’Été Italien est épuisé et s’arrache désormais pour de coquettes sommes, je vous presse de découvrir Stromboli dans lequel un Claude Nori plus mûr embrasse la surface noire de l’île volcanique sur les pas de Pasolini. 

2. Passez le périph’

avec Norilsk d'Alexander Gronsky

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Assez peu motivé pour vous frayer un chemin pour photographier le énième monument de la journée au milieu d’une horde de touristes aux gestes mécaniques ? C’est le cas d’Alexander Gronsky qui déserte les métropoles pour aller fouiner dans leurs périphéries, persuadé qu’au moins, personne ne lui volera son idée. 

Chroniqueur des zones périurbaines et des terrains vagues des alentours de Moscou dans Pastoral, Alexander Gronsky braque avec Norlisk son objectif sur ce petit bout d’urbain situé à l’extrémité nord de la Russie. Silencieux, vidés de présence humaine, ses paysages immergent le regardeur dans une ambiance mélancolique et vaporeuse suggérée par ces tons pastels. Les usines, massives et esseulées, attestent d’une modernité en constant renouvellement.

3. Ne faites rien comme les autres

avec Micronations de Léo Delafontaine et Bruno Fuligni

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L’un décolle une énième fois pour Brooklyn se faire décolorer la barbe, l’autre à Berlin pour un été sous extasy en fixie tandis que votre couple favori s’exile en Ardèche pour que les enfants puissent faire trempette. Snobez un peu ce petit monde en décollant pour des contrées inconnues de tous, sans avoir besoin d’aller très loin.

Waveland, principauté de Seborga, République indépendante de Figuerolles, ou encore Principauté d’Arbézie, autant de points de chute aux sobriquets exotiques qui, à votre retour, feront de vous la nouvelle coqueluche de la pause café. Et pour cause, ces pays n’en sont pas. Du moins, ces micronations n’ont d’autre existence que l’imagination et la volonté de leurs fondateurs sécessionnistes. Présidents, monarques absolus, régents, ces originaux règnent sans partage sur de petits bouts de terre (30 m2 pour la nation la plus petite) aux quatre coins du globe. Drapeau inédit, monnaie locale, méridien aléatoire ou lois insolites, tout est réuni pour creuser l’écart – souvent avec une bonne dose d’ironie – entre le reste du monde et un territoire, si petit soit-il, qui a le mérite d’être conforme aux désirs et idéaux de ses fondateurs. 

Passionné par le sujet, Léo Delafontaine est parti rencontrer ces marginaux souverains en se faisant très sérieux portraitiste de cour, collaborant avec le spécialiste des micronations, Bruno Fuligni, pour un ouvrage oscillant entre second degré et fine approche géopolitique des obsessions contemporaines, tout en glissant quelques idées de destinations pour les prochaines RTT.

4. Transfigurez le banal

avec Le Pont Rouge de Toshio Shibata

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Des ponts, des barrages, des terre-pleins, on a connu mieux au rayon des sujets photographiques. Il faut dire qu’il y a sans doute moins de concurrence lorsqu’il s’agit de photographier des infrastructures perdues dans les montagnes japonaises. Paru aux bien nommées éditions Le Pont Rouge – éditeurs de Yoko Ikeda et Patrick Rimond – ce livre au format minimaliste sied parfaitement à l’œuvre de Toshio Shibata. 

Le photographe nippon, formé aux Beaux-Arts de Gand en Belgique, nous donne à voir les paysages montagneux de son île natale, de ses ponts et barrages, au gré d’une écriture formaliste, précise et minutieusement composée. Les artefacts humains se détachent de la nature tels des plans – ou des calques ! – distincts, débouchant sur des paysages bancals, ambigus, frôlant l’abstraction. Tel un peintre, Toshio Shibata semble travailler ses images par aplats successifs, et ces ponts divers sortent des règles traditionnelles de la perspective pour devenir, en surface, des lignes et des courbes de couleurs zébrant le végétal. Édité à 700 exemplaires, l’ouvrage coûte 10 euros.

5. Fuyez la chaleur

avec Glasgow de Raymond Depardon

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Les 40 degrés à l’ombre, le sable dans les chaussettes et les soirées Biafine ne vous disent rien qui vaille ? Mettez le cap sur la ville la plus sombre d’Europe, ses façades grisâtres et son ciel de spleen et atterrissez à Glasgow, sur les traces de Raymond Depardon. 

Pas plus de risque de prendre un coup de soleil que de croiser une palette chaude : photographier Glasgow, c’est un peu faire du N&B avec une pellicule couleur. Pourtant, Depardon a l’œil et se met en quête de la touche qui fera détonner ce gris monotone. Il la trouve sur quelques fresques, sur la robe d’une petite fille, sur des draps séchant au vent. C’est un rose diffus qui vient habiter et incarner la ville ouvrière, mettant à jour la vie sous la grisaille dans une partition en bichromie qui raconte, comme seule le peut une image, une époque. 

Monument de photographie, Glasgow est une ode à la cité écossaise, sa dureté et son identité ouvrière ainsi que l’un des plus élégants travaux de Depardon. L’extrême nord peut donc être une option, à moins que vous ne viriez monomaniaque et preniez le parti de photographier l’intégralité des monuments aux morts que vous croiserez sur votre chemin comme Depardon en 2014, qui a décidément une définition singulière des vacances.

6. Trouvez l’équation parfaite

avec Tokyo, 1961 + William Klein de William Klein

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New York. Paris. Tokyo. William Klein a le chic pour apposer son patronyme à une ville et une date. L’équation parfaite, un lieu, une époque et une subjectivité, c’est peut-être tout simplement cela, la photo de vacances. 

Côté style, on reconnaîtrait entre mille cette impertinence du sujet, ce recours récurrent au flou et ce grain si particulier des images du photographe. Il faut dire qu’en plus de soixante ans de carrière, Klein a su marquer le continent Photographie par l’exploration systématique de ses limites. Du monde de la mode à celui du cinéma, il aspire à transcender les domaines artistiques mais c’est dans le champ photographique qu’il laissera l’empreinte la plus durable ; par ses « photo-journaux » par lesquels il braque l’objectif sur une ville donnée, de la surface lisse de la carte postale aux bas-fonds de l’envers du décor, à la recherche de son identité intime. 

Après New York, Rome et Moscou, Klein arrive à Tokyo en 1961. Mené par une délégation officielle, il photographie le Tokyo qu’on lui donne à voir mais fausse vite compagnie aux diplomates pour plonger dans l’univers des geishas, de la Bourse, des marchés, des échoppes et des petites ruelles d’une ville qui entre avec fracas dans la modernité. Chroniques d’une ville en instantané, les photographies de Klein sont compilées en 1964 dans le livre Tokyo, désormais incontournable et prisé des collectionneurs. 

7. Optez pour un île déserte

avec Gunkajima, l'île cuirassée de Yves Marchand et Romain Meffre

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On quitte Tokyo mais l’on reste un temps au Pays du Soleil Levant en embarquant aux côtés des photographes Yves Marchand et Romain Meffre pour les rivages de l’île cuirassée, Gunkanjima, perdue au large de Nagasaki. Drôle de destination pour des vacances, à moins d’aimer le calme plat et de ne pas avoir peur de l’ennui. Propriété de la firme Mitsubishi, Gunkanjima fut une ville minière surpeuplée à l’architecture galopante avant d’être fermée et désertée dans les années 1970. Aujourd’hui, seuls quelques rares pêcheurs y tendent encore leurs lignes, quand ce n’est pas l’agent 007 qui apparaît dans le dernier Skyfall. 

Après le succès de leur série Theaters et les multiples rééditions de leur ouvrage The Ruins of Detroit chez l’éditeur allemand Steidl, Yves Marchand et Romain Meffre font la synthèse de deux escapades – l’une sauvage en 2008, l’autre officielle quatre ans plus tard – dans le ventre de l’îlot désert. À la chambre, ils alternent les prises de vue panoramiques où l’architecture en ruine livre ses lignes au travers d’une végétation qui reprend ses droits, et les cadrages plus resserrés sur du mobilier abandonné comme trace de ceux qui, quarante ans auparavant, avaient élu domicile sur l’inhospitalier rocher. 

En touristes consciencieux de bâtir un bel album de voyage, ils accompagnent les photographies d’images d’archives et d’un texte très complet sur l’histoire de l’île et de son industrie. Au travers de la destinée de Gunkjanjima, Yves Marchand et Romain Meffre livrent le négatif de leurs travaux sur Detroit et modélisent ce qui se donne à voir comme l’exact négatif du rêve américain.

8. Virez monochrome

avec Allanngorpoq de Sébastien Tixier

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Garder le pull au mois d’août, Sébastien Tixier en rêvait. C’est donc au Groenland qu’il a décidé de passer de longues vacances en y posant deux fois de suite ses valises durant de nombreuses semaines. Un ciel blanc, des banquises blanches, de la neige et de la glace, c’est la carte postale qu’il venait chercher dans ce « pôle Nord » qui le fascine depuis l’enfance. 

Les premières images qui se donnent à voir dans Allanngorpoq vont dans le sens de ce cliché : blancheur pastel des teintes et léger mais persistant brouillard qui les figent (dans le cliché d’un Groenland que l’on fantasme sauvage, vierge et préservé). L’apparente douceur des images, et la sérénité placide qu’on leur prête, est pourtant troublée dès lors que l’on s’attache à les découvrir en profondeur : si le contraste n’est pas chromatique (et par ce jeu même se rapproche des images d’Alexander Gronsky ou Elena Shumilova dans le Grand Nord), il est ici plus subtil puisque venant s’attacher à des détails d’ordre sociologique et anthropologique. 

Image emblématique de la série et de son rapport aux mutations du territoire dont Sébastien Tixier a progressivement fait son sujet de prédilection : ce chasseur inuit que l’on découvre conforme à nos clichés occidentaux, vêtu de peaux de bêtes et cerné par la banquise, avant de s’apercevoir de quelques « parasitages » de nos attentes : celui-ci fume une cigarette et, coiffé d’une casquette de marque américaine, a sur lui son portable (pour le traditionnel selfie avec le trophée de chasse). Ces micro-indices viennent alors déconstruire nos images mentales, arrachant de plain-pied le Groenland à ses représentations communes tout en se faisant le miroir des mutations sociétales d’un territoire en voie d’occidentalisation, confronté à l’enjeu du métissage culturel et de la mondialisation. L’occidentalisation progressive des mœurs, l’apparition de lieux de fête pour les jeunes, la naissance de la notion de propriété : autant de métamorphoses surgies en quelques décennies qui viennent à l’encontre du Groenland rêvé de l’enfance de Sébastien Tixier, qui enverra de drôles de cartes postales à ses proches cette année. 

9. Ville ou campagne ? Ne choisissez pas !

avec Metamorpolis de Tim Franco

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Incapable de trancher entre la verdure du Limousin et Paris, le Kent et Manchester, les Rocheuses ou Baltimore ? Prenez donc un billet pour Chongqing, la « ville-montagne » grande comme l’Autriche, foyer de trente-quatre millions d’âmes. Conçue pour contrebalancer le poids de l’Est du pays, ce monstre d’acier et de remblai succède à Shanghai, Tianjin et Canton parmi les vastes projets expérimentaux du Parti. 

En une décennie, l’urbanisation galopante a reconfiguré un paysage urbain caractérisé par son extension horizontale. La frénésie architecturale et le maillage de nouvelles infrastructures ont donné lieu à l’apparition d’enchevêtrements ferroviaires et maritimes. Les buildings semblent jaillir au milieu de vastes étendues agricoles quand des lopins de terre, imbriqués dans le parc immobilier, sont cultivés par ses habitants qui, forcés à embrasser le destin urbain de leur territoire, n’ont pas pour autant tourné le dos à un mode de vie rural. 

Intrication du rural et de l’urbain, Chongqing met en exergue les problématiques liées à la naissance d’une ville ex nihilo. La planification rationnelle de l’aménagement du territoire est confrontée à la permanence de modes de vie traditionnels contre lesquels expropriation et relogement sont impuissants ; demeurent alors ces interstices verts dans la trame de verre et d’acier. Ville sans échelle, si ce n’est celle de la démesure, Chongqing met à mal nos repères. Tim Franco décide d’appréhender la cité chinoise au travers de la dimension paradoxale de ses paysages, juxtaposant dans ses prises de vue urbanité triomphante et signes persistants de ruralité.

D’autres photographies de Tim Franco, à la chambre photographique, montrent une ville lointaine, s’effaçant derrière des nappes polluées, mirage presque abstrait, qui rompent radicalement avec l’exotisme de nos représentations ! 

10. Cultivez le style vintage

avec Swimming in the Black Sea de Philippe Guionie

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Vacances résolument vintage que celles de Philippe Guionie autour de la mer Noire, étalées de 2004 à 2012. En se jetant sur les traces de Kéraban-le-Têtu le marchand de tabac à l’aura de mystère, personnage né de la plume de Jules Verne, Philippe Guionie nous place d’emblée dans un univers steampunk qui sent le vieux grimoire et la malle aux trésors. 

Mais Guionie fait coup double en optant pour le Polaroid : non pas un Fujifilm flambant neuf au design douteux mais un vieil appareil chiné aux puces, d’où proviennent probablement les films à la date de péremption dépassée. Les imperfections aléatoires qui affectent le papier ajoutent au charme de ces images à l’envoûtante poésie. Rouille d’un chantier naval, peinture craquelée des coques, assèchement du sol, crevasses des visages burinés par le soleil et le travail, regards d’opale et paysages déteints, tout semble se diluer dans une sécheresse généralisée. 

Avec ce cocktail, plus besoin de filtre : la moindre photographie semblera sortie tout droit d’un autre temps, charriant rêves et souvenirs, faisant de vous un esthète nostalgique. 

Commissaire d'exposition et cofondateur du collectif BLBC, Arnaud Idelon est avant tout un grand passionné de lecture à la recherche de la moindre pépite, culte ou méconnue.

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