We think that you are in United States and that you would prefer to view Bookwitty in English.
We will display prices in United States Dollar (USD).
Have a cookie!
Bookwitty uses cookies to personalize content and make the site easier to use. We also share some information with third parties to gather statistics about visits.

Are you Witty?

Sign in or register to share your ideas

Sign In Register

Violents, narcissiques, tyranniques : ces pères qui nous gâchent la vie

Bookwitty FR By Bookwitty FR Published on June 16, 2017
This article was updated on November 10, 2017

Les pères toxiques ne sont pas à court d’idées pour faire de la vie de leur progéniture un vrai cauchemar. La littérature en a immortalisé de nombreux exemples, qui donnent matière à réfléchir avant la prochaine réunion familiale.

Le violent

Alors qu’en France on débat sur l’interdiction de la fessée, le pater familias du siècle précédent s’accomodait assez bien, lui, des châtiments corporels comme piliers d’une bonne éducation. Armé du tristement célèbre martinet, qu’on vendait encore en grande surface il y a cinquante ans, le père du vingtième siècle n’est pas épargné par les écrivains qui ont eu à le subir. En témoignent deux enfants terribles de la littérature, Yann Moix et Bret Easton Ellis, oiseaux de nuit et dézingueurs notoires, qui en ont soupé de ces pères dont la violence quotidienne était ritualisée comme peuvent l’être les tâches ménagères.

Battu et humilié chaque soir quand il était enfant, le jeune Moix renvoie les coups dans Panthéon puis dans Naissance, prix Renaudot 2013, jusqu’au K.O., à savoir la négation de l’autre :

« Naître, c'est semer ses géniteurs. Non pas tuer le père, mais tuer en nous le fils. » 
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2ffbc21311 d087 488c 94a3 44ea04a8e75f inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fac0ea9bb 2af8 4f5e b025 ca874e1232c0 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f84898f58 4cb5 47c4 ac84 de8c3a4aaeb6 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Même combat chez le californien Bret Easton Ellis, auteur du cultissime American Psycho qui relate les frasques de Patrick Bateman, golden boy le jour, tueur en série la nuit, pour lequel Ellis se serait inspiré de son propre père. Riche promoteur immobilier, emporté par un cancer à l’âge de 49 ans, Robert Martin Ellis était un père violent :

« Ça m'a dévasté pendant très longtemps. Il faut le voir ainsi : papa était affreux, mais papa était une inspiration pour écrire. Je n'ai pas de regrets, car il n'y a rien que l'enfant que j'étais aurait pu faire. Enfin, pas de regrets… »
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f1a10cf6c 0909 4928 941e f60967cad18a inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Porté comme modèle de résilience par le célèbre psychanalyste Boris Cyrulnik, l’ancien boxeur Tim Guénard a libéré la parole sur la maltraitance paternelle avec son autobiographie Plus fort que la haine (1999). Pour échapper aux coups qui ne manquaient pas de tomber à la maison, le jeune Tim a fugué et est devenu délinquant. Par chance, pendant ses années d’errance, il a fait la rencontre de personnes bienveillantes, comme le père Thomas Philippe, qui ont su lui redonner le goût de vivre. Aujourd’hui Tim Guénard est marié, père de quatre enfants, et s’insurge contre quiconque ose affirmer que des parents violents font des enfants violents. Il intervient régulièrement en milieu scolaire où il partage son expérience, témoignant du fait qu’on peut se libérer de liens toxiques et avoir une vie épanouie.

Le mythomane

« En septembre, cette année-là, lorsque je suis rentré avec la feuille de renseignements, il était tendu. Profession du père ? Ma mère n'avait pas osé remplir le formulaire. Mon père avait grondé.
- Écris la vérité : "Agent secret." Ce sera dit. Et je les emmerde. »

Sorj Chalandon est journaliste (autrefois à Libération, aujourd’hui au Canard enchaîné) et grand reporter. Spécialiste des zones de conflits, il a couvert la guerre en Irlande du Nord et au Liban, ainsi que le procès Klaus Barbie. Il est aussi l’auteur d’une œuvre romanesque couronnée par de nombreux prix littéraires et hantée par la figure du père ; ce père violent et mythomane qui fut le sien et qui, toute sa vie durant, a brouillé les pistes sur son identité. Agent secret, membre de l’OAS, judoka professionnel, parachutiste, pasteur pentecôtiste, conseiller personnel du général de Gaulle : André s’est forgé une légende qu’il a imposée à sa famille, notamment à son jeune fils, à la fois subjugué et terrorisé par lui.

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fc18e01d8 1b6f 49fe 8264 048b7fd8ab06 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Dans Profession du père, Chalandon franchit une nouvelle étape dans le décryptage de cette relation hors du commun qu’il avait déjà commencé à traiter dans ses romans précédents. Il a attendu que son père décède pour écrire ce livre qui dresse le portrait d’une famille repliée sur elle-même, prisonnière de ses mensonges. Régulièrement battu et puni, Émile, le double romanesque de Sorj, est souvent envoyé « à l’ombre », dans une armoire où il est privé d’eau et de nourriture. Malgré tout, Émile reste crédule, spectateur « privilégié » de la terrible farce de son père, dont sa mère se révèle la complice effacée. Incapable de remettre en question ce père tout-puissant, Émile se voit contraint de le croire, même quand ce dernier planifie l’assassinat de de Gaulle et le soumet, dans ce but, à un entraînement militaire à la dure.

Sorj Chalandon rebondit sur l’expérience du deuil pour guérir de ses blessures et en finir avec le mensonge qui a accompagné son père jusque dans la tombe. Excellant dans l’art de raconter la petite histoire dans la grande, il nous livre également un roman d’une intensité rare, à son image, lui qui n’a eu de cesse dans son parcours de chercher la vérité.

Le néo-nazi

Comme Sorj Chalandon, Pascal Bruckner a attendu la mort de son père pour écrire sur lui. Antisémite convaincu doublé d’un homme violent et impulsif, René Bruckner vouait une grande admiration à l’Allemagne d’Hitler, allant jusqu’à participer à l’effort de guerre allemand en partant de lui-même au STO ! 

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f49c81ec7 3ddd 4edf 9c8d 064decf4d5b9 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

« Ton père a ses humeurs, mais par ailleurs, c’est un homme charmant », tentait de minimiser sa mère quand les coups pleuvaient. Dans Un Bon fils, on apprend que malgré l’impossibilité de leur relation, il a accompagné son père jusqu’au bout, lui rendant visite à l’hôpital et lui téléphonant chaque jour. On comprend par ailleurs l’aversion de Pascal Bruckner pour l’autorité et son besoin d’affirmer son indépendance à travers l’écriture qui le conduisit au succès qu’on lui connaît. « Finalement, tu as eu une chance folle d’avoir eu un père nazi ! » lui aurait dit l’éditeur Jean-Paul Enthoven.

Le traître

« Je suis l'enfant d'un monstre, je porte cette honte en moi, cachée sous la peau ».

Difficile de décrire le père de Michel del Castillo tant celui-ci a su à la fois briller par son absence et détruire l’existence de son fils. De père français est le récit de la jeunesse du jeune Michel, né Miguel, d’un père français au cœur sec et d’une mère espagnole, volage et égocentrique. 

Dans Rue des archives, del Castillo racontait comment sa mère l’avait livré à la Gestapo pendant la guerre pour pouvoir passer la frontière. Dans De père français, Michel del Castillo fait un portrait accablant de son père qu’il qualifie volontiers d’« assassin ». Après avoir abandonné sa femme et son fils à Madrid en pleine montée du franquisme, cet ingénieur employé chez Michelin les a dénoncés sans scrupules à la police quand ils voulurent le rejoindre en France en 1940. « De peur qu’ils ne compromettent sa carrière ».

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f7fc94782 f0bf 4e88 93c1 5dea6b661de9 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Michel et sa mère furent envoyés dans un camp d’internement en Ariège, d’où Michel parvint à s’enfuir avant d’être rattrapé par les autorités et envoyé dans un camp de travail en Allemagne, alors qu’il n’avait que neuf ans. 

De retour en Espagne après la Libération, il se retrouve seul, sans ressources, et fait alors appel à son père via le consulat. Un appel qui restera sans réponse, alors que ce même père, diagnostiqué comme « insensible » par un médecin de famille, n’hésitera pas, après des décennies d’absence, à réclamer de l’argent à son fils, devenu entretemps l’écrivain célèbre que l’on connait. 

Un roman familial bouleversant dont on sort terrassé, mais aussi convaincu que la noirceur de la nature humaine reste bien l’un des meilleurs sujets à traiter en littérature.

Le combinard

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f5d41e9de 3f27 4ba9 afeb 4aa8698b6bcc inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Le prix Nobel de littérature Patrick Modiano a lui aussi vécu la trahison paternelle. Il en fait part dans ses premiers romans, ainsi que dans sa seule autobiographie, Un Pedrigree (2005). Après avoir fait fortune en faisant du marché noir avec l’ennemi pendant l’Occupation, Albert Modiano a entretenu des relations houleuses avec son fils Patrick qu’il n’a pas hésité à dénoncer comme « voyou » à la police quand il était encore adolescent, et auquel il a confisqué ses papiers pour l’enrôler de force dans l’armée. Un événement qui aura pour conséquence une rupture totale entre le père et le fils.

La figure écrasante

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fe2b13a95 70d4 4015 b339 1917699eaa16 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

De la relation père-fils, l’académicien François Weyergans parle comme d’un couple dont les protagonistes se complètent et s’opposent radicalement. Si le jeune François a hérité du goût de l’écriture de son père Franz Weyergans, critique de cinéma et écrivain catholique devenu célèbre dans les années 40 grâce à ses romans consacrés à l’amour fidèle et à l'éducation chrétienne, il n’en va pas de même de son sens de la vertu. Insomniaque, athée et coureur de jupon, François essaie de trouver sa place à l’ombre de ce père rigoriste dont il épouse la vocation mais pas les idées. Avec un humour grinçant et désespéré, François Weyergans fait brillamment le tour de la question. Exaspération, admiration, haine viscérale, rejet : les différents sentiments qui lient un père et un fils sont passés au scanner, décortiqués de façon impitoyable et désopilante. Franz et François a remporté le Grand prix de la langue française en 1997.

« Pendant toute mon enfance et mon adolescence, j'avais une confiance aveugle en mon père, doublée d'une confiance inébranlable en moi. Il était mon seul père et j'étais son seul fils. »

Le mauvais père qui n'en est pas un

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f4bfdc92d 58c7 4197 af13 d98edbc183d0 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Heureusement, tous les pères ne sont pas toxiques. La plupart commettent des erreurs sans le vouloir et sont les premiers blessés quand, vingt ans plus tard, leur progéniture vient les leur reprocher. Si la situation est un peu pathétique, elle prête surtout à rire, comme le fait si bien le dessinateur Guy Delisle dans son Guide du mauvais père. Avec son sens de la synthèse, son humour à froid, son trait épuré et faussement naïf, l’auteur des Chroniques de Jérusalem (Fauve d’or d’Angoulême en 2012) dresse la liste (loin d’être exhaustive) des bourdes et autres gaffes du quotidien commises par les pères, malgré leur intention de bien faire. C’est drôle et juste, ça dédramatise, voire ça peut aider à resserrer les liens. Le cadeau parfait pour la fête des pères si vous manquiez d’inspiration. 

Les contenus postés sur ce profil ont été créés par des membres de l'équipe éditoriale de Bookwitty. Nous avons des bureaux à Paris, à Bruxelles, à Londres, à Dublin, à Beyrouth et à Montréal.

0 Comments

Please log in or sign up to join the discussion