We think that you are in United States and that you would prefer to view Bookwitty in English.
We will display prices in United States Dollar (USD).
Have a cookie!
Bookwitty uses cookies to personalize content and make the site easier to use. We also share some information with third parties to gather statistics about visits.

Are you Witty?

Sign in or register to share your ideas

Sign In Register

« Tu devrais lire "Les Mystères d'Udolpho", c'est vraiment bien »

Olympe Dairaux By Olympe Dairaux Published on May 19, 2017
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fa449f5bc 9760 4320 93e1 d5b231667d77 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Ann Radcliffe (1764-1823)

« Tu devrais lire Les Mystères d'Udolpho, c'est vraiment bien. 

– De qui ? 

– Ann Radcliffe. C'est la fondatrice d'une école, l'école Radclifienne. C'est anglais, mais tu peux lire la traduction, elle est bonne. 

– Ah ! Une femme. Encore un roman sentimental. Non non non, moi, je ne veux pas lire ça. 

– Mais elle a inspiré tous les romans noirs du XVIIIe siècle ! 

– Je ne veux pas entendre une histoire de gonzesses. 

– Mais... 

– C'est tout le temps la même chose. Machine rencontre machin, qui doit partir, elle est triste, il revient. Nan, j'veux pas lire de roman de gare. 

– Tu es en train de dire que l'une des plus grandes écrivaines est une auteure de romans de gare ? 

– Nan, pas de gare m'enfin... Tu vois, à l'eau de rose quoi. 

– Tu veux que je te raconte un peu l'histoire ? Je te laisse juger après. 

– Allez. 

– En fait, Udolphe, ou Udolpho, ça dépend des éditions, c'est un château. C'est l'histoire d'une jeune fille, Emilie, attends ! t'en va pas, c'est pas à l'eau de rose. D'accord, elle est en effet amoureuse, d'un jeune homme, Valancourt, c'est joli comme nom je trouve. Bref, Emilie perd son père assez rapidement dans le livre, et est envoyée chez sa tante et son nouveau mari, qui la déteste. Alors oui, c'est un peu conventionné, tout ça, et oui, je doit t'avouer qu'elle pleure souvent son amour qu'elle croit perdu, essaie de plaire à sa tante et subit les foudres de Montoni, son « bel oncle », qui est aussi propriétaire du château. C'est là que tout commence. Il y a d'ailleurs un joli passage. Attends, je l'ai dans mon sac, je te le retrouve. Voilà : 

«Elle éprouvait en ce jour de singuliers pressentiments. Il lui semblait que son destin l’attachât à ce lieu et que d’invisibles nœuds l'eussent unie à celui du château.»

– Elle tombe amoureuse d'un château ? 

– Mais non, idiot. Au contraire. En fait, ce n'est pas tellement pour l'histoire d'amour qu'il faut lire ce roman. D'ailleurs quand je le lisais, quelque fois, j'oubliais presque Valancourt. Emilie est quelqu'un de très rationnel, son père lui avait appris que tout pouvait être résolu par la raison. Le problème, c'est que rapidement, il se passe des choses vraiment effrayantes dans le château. 

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f94d814da b795 4412 a67e 510e86ab3286 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fa67f349c 147f 4498 8e33 7307480c6941 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

– Des fantômes ? 

– Oui ! Entre autres. Elle entend de la musique souvent et je me souviens qu'un jour, elle court dans le château qui est immense, car elle veut échapper à son oncle, et il fait noir, elle est fatiguée et elle déambule entre les voûtes, les cloîtres, et se perd dans les dédales de couloirs... Et elle trouve cette chose affreuse... Mais je ne te dis pas, ça serait spoiler. 

– Mais non, dis moi ! 

– Non ! Il y a tout un mystère autour des tableaux et des gens morts dans le château aussi, dont le portrait d'une femme. On ne sait pas si elle est enfermée vivante, ou si son cercueil repose seulement dans une pièce... Et il y a toujours cette musique le soir, qu'on n'identifie pas. Et Annette est tellement superstitieuse. Elle ne nous aide pas à rationaliser. 

– C'est qui ? 

– Sa suivante. En fait, le château est vraiment ce qu'il y a de plus effrayant. C'est lui qui fait toute l'histoire. Sans Udolpho, il n'y a rien. C'est presque un huis clos, mais dans un château gothique. 

– Gothique comme les grandes églises super lumineuses ? 

– Oui, mais là il fait très souvent sombre. La lumière est terne, et c'est ce jeu de clair-obscur qui fait monter la tension dans ce château gothique. A propos de gothique : on dit qu'Ann Radcliffe écrit des romans gothiques. C'est le nom du courant littéraire. Tu connaissais ? 

– Non, pour moi, gothique, c'est des gens habillés en noir et qui écoutent des trucs étranges. 

– Tu es bien caricatural... Mais là, pour le coup, gothique, ça renvoie aux édifices, mais aussi à l'imaginaire chrétien. Et puis dans ce roman, se développe l'opposition entre le rationnel et le fantastique. Tu sais que ce roman a été écrit en 1794 et il est bien de son époque.

– C'est-à-dire ?

– On est proche des Lumières et on commence à comprendre que Dieu n'explique pas tout. Ça se sent, dans le roman. 

– Ah bon ? Bon, ok. C'est pas un roman à l'eau de rose alors ? 

– Je pense sincèrement que non. Moi, ce roman m'a beaucoup surprise. Au-delà de l'histoire, je trouve que la pensée est très neuve, très audacieuse. Oui, ce roman est audacieux. Essaie ! Au pire tu auras un peu peur. » 

J'aime tout ce qui touche au fantastique et au surnaturel. Je m'intéresse aussi à tout ce qui, a priori, ne sert à rien, mais qui nous sauvera dans vingt ans.