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Sur le divan de Sachs le maudit

Gaspard Dhellemmes By Gaspard Dhellemmes Published on May 19, 2017
This article was updated on September 19, 2017

Aujourd’hui oublié, il a été l’un des pionniers de la psychanalyse en France. René Allendy était grand, barbu et avait l’air d’un paysan russe. Sa plus célèbre patiente, Anaïs Nin, nous précise qu’il ressemblait à un « magicien plutôt qu'à un médecin »

En 1927, l’analyste publie Le Problème de la destinée, étude sur la fatalité intérieure. La thèse du livre - aujourd’hui couramment admise - est la suivante : notre destin trouve ses causes dans des sources inconscientes, qui nous poussent à reproduire les mêmes erreurs. C’est ce que Freud appelait déjà la « névrose de destinée ».

Deux ans après cette publication, Allendy reçoit sur son divan un patient qui illustre parfaitement ses intuitions. Depuis l’enfance, Maurice Sachs mène une existence marquée par l’autodestruction et la haine de soi. Escroc notoire, alcoolique, homosexuel, un temps entré dans les ordres, Juif devenu agent de la Gestapo, abandonneur d’enfant… Il mourra à 38 ans après avoir vécu plusieurs vies, dont chaque épisode tend vers un même but : se prouver sa propre abjection.

Maurice Ettinghausen, c’est son nom de naissance, a fréquenté les grands noms de la littérature française de l’entre-deux guerres (Cocteau, Gide, Paulhan…). Il les a, pour la plupart, escroqués. Sachs se rêvait lui-même grand écrivain. Il a écrit des milliers de pages sans y croire vraiment. La plupart de ses livres ont été publiés à titre posthume. Ce qui fera dire à Cocteau : « Jamais Maurice Sachs n’a autant écrit que depuis qu’il est mort. »

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Sachs est souvent considéré comme un auteur mineur. Il a pourtant écrit de beaux livres, émouvants de sincérité. L’écrivain excelle dans l’autodénigrement décapant. « Je suis un mauvais exemple dont on peut tirer des bons conseils », annonce-t-il dès l’incipit du Sabbat, récit de jeunesse. Dans une allusion transparente aux thèses d’Allendy, il confesse : 

« Ma plus grande faute a toujours été de me croire coupable a priori, et la pire démarche de rejoindre ma culpabilité pour m’assurer de je ne sais quel équilibre maladif. » 

S’y décrivant « malhonnête depuis l’enfance », il détaille sa jouissance à voler. Premier larcin : Sachs chipe de la monnaie dans le sac d’une de ses cousines. « Il est tout à fait impossible de rendre par l’écrit la violence des émotions qui agitent un voleur, les mêmes sans doute pour les deux sous que subtilise l’enfant que pour le coffre-fort que force le gangster. Quelle débâcle à l’intérieur de soi ! Quelle effervescence du sang ! Puis dès que le vol est accompli, quelle douceur, quel bien-être ! On est sauvé et retrouvé. Et puis vertueux ! Prudent ! Mesuré! D’ailleurs, comme l’on vient de mal faire avec excès, l’on est charmé de rejoindre la communauté des hommes pour faire aussi bien qu’eux, si ce n’est mieux. »

La noirceur de Sachs fascine les écrivains. Son ombre plane dans l’œuvre de Patrick Modiano, en particulier dans son premier roman La Place de l’étoile. Plusieurs autres livres sondent plus directement l’énigme Maurice Sachs.

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Dans une biographie inspirée, Maurice Sachs ou Les Travaux forcés de la frivolité, Henri Raczymow raconte la déchéance de ce loser magnifique. A la fin de la guerre, Sachs est emprisonné dans un camp en Allemagne. La légende veut qu’il ait été tué par ses codétenus, puis dévoré par des bergers allemands. Raczymow explique : 

« La “malchance de Sachs” semble tenir tout entière dans [...] une structure à trois étages, une manière de syllogisme : 1) Je ne m’aime pas. 2) Je vais agir de façon à produire autant de preuves que j’ai de bonnes raisons de ne pas m’aimer. 3) Dans le malheur qui s’ensuivra je trouverai mon douloureux, mon intolérable bonheur. »

Thomas Clerc ne dit pas autre chose, dans un essai consacré à l’écrivain, Maurice Sachs le désœuvré. Il explique combien « avec lui toute décision converge lumineusement vers le pire »

« La répétition domine cette existence. Lorsque Sachs fait une erreur il faut qu’il la refasse, donnant à sa partition une note sérielle. Vols, escroqueries, trahisons n’ont de sens que répétés, relancés, bégayés, comme l’argent qu’il engrange puis dilapide, la confiance qu’il retire aux autres, les projets qu’il entreprend avant de les démolir. »

Pour comprendre la malédiction Sachs, il faut revenir aux origines. L’écrivain a été élevé par sa mère Andrée, femme fantasque, experte en escroqueries diverses. Dans Saint Salopard, la romancière Barbara Israël invente une lettre imaginaire, adressée par Sachs à sa génitrice. « Tu ne m’aimais pas. Depuis le début. Avant même que je sois coupable. Avant même que je m’escrime à mériter la place de paria que tu m’avais conférée. Tu ne m’aimais pas. Mais j’étais toi. Tu ne m’aimais pas. Parce que j’étais toi. De toi j’ai tout reçu. Et comme je n’ai guère l’habitude de faire dans le demi-mesure, j’ai tout pris. De fond en comble. De haut en bas. Surtout en bas… » 

Malheur de la répétition, encore et toujours. 

Gaspard Dhellemmes est journaliste et auteur. Dernier livre paru : "La Vie démesurée de François-Marie Banier" (Fayard).

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