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Souvenir de 1989 : comment découvrir de la musique sans Internet

Domino Derval By Domino Derval Published on August 10, 2017

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This article was updated on September 26, 2017

Dans les années 80, il n’y avait pas vraiment d’Internet. Les réseaux de l’époque - Arpanet, Bitnet et NSFNET - n’étaient accessibles que dans quelques universités ou centres de recherche. Mon premier contact avec le réseau des réseaux date de 1989 : un geek de l’université m’avait traîné devant une station SUN pour me montrer comment il downloadait des photos digitales de stars de l’époque à partir d’un serveur en Suède.

A la maison, nous n’avions comme moyen de communication que ce brave téléphone et cette invention surréaliste qu’était le Minitel français. Alors, vous demandez-vous, comment faisions-nous pour découvrir la musique que nous écoutions, sans Youtube, Soundcloud ou Deezer ? 

Les joies du piratage

Option 1 : vos parents étaient de vrais hippies et possédaient quelques disques poussiéreux des Beatles ou de Pink Floyd qu’il faisait bon explorer. Le patrimoine musical familial, sacré. Problème : à 15 ans, vous ne souhaitiez pas vraiment ressembler à vos parents, encore moins écouter la même musique qu’eux (pensée pour ceux dont les parents écoutaient Tino Rossi ou Michel Sardou).

Option 2 : vous aviez autour de vous des amis super cools dont les grands frères ou sœurs avaient accès à des moyens financiers qui leur permettaient d’acheter les dernières nouveautés. Vos amis pouvaient ainsi emprunter, puis vous prêter les précieuses galettes ou au pire, vous préparer de somptueuses cassettes. Les disques prêtés devaient être rendus impeccables et à temps, pour éviter de se faire démolir par le grand frère devant la porte de l’école. Les cassettes, par contre, circulaient plus facilement et nous pouvions ainsi expérimenter les joies du piratage, la copie de disques sur cassettes étant à l’époque la version contemporaine des torrents d’aujourd’hui (avec les inserts de carton bien complétés, au feutre couleur pour les plus classes).

Option 3 : vos parents avaient accepté de remplacer votre abonnement au Journal de Mickey par une livraison mensuelle de Best, Rock’n’Folk ou, pour les plus cools, les versions importées directement de Londres de New Musical Express, Smash Hits ou Spin. Chaque magazine comprenait évidemment un poster couleur dépliable de Duran-Duran ou Bronski Beat à scotcher sur le mur de votre chambre.

Enfin, option 4 : votre petit(e) ami(e) possédait un enregistreur vidéo V2000 ou pour les plus modernes, un VHS, et vous invitait à visionner sur le lit de sa chambre le dernier épisode des Enfants du Rock, présenté par Philippe Manœuvre, et qui s’ouvrait sur la légendaire version instrumentale de « Just Like Heaven » de The Cure. C'était la seule émission de la télévision française qui présentait des extraits de concerts et de clips, des interviews avec les plus grandes stars du rock et qui sortait la France de sa torpeur disco chaque samedi soir vers 22 heures. 

Cassettes V2000

J’ai eu la chance, en 1984, d’être invité à regarder l’intégralité du concert Live Aid, enregistré sur 5 immenses cassettes V2000 et découvrir pour la première fois les images d’une performance live de U2. Je m’en souviens comme si c’était hier, tellement ce visionnage m’a marqué.

Oui, découvrir de nouveaux groupes était un processus compliqué dans les années 80 en France. Parfois, un événement impromptu, une coïncidence, un coup de chance, permettait de révéler une pépite. 

En 1988, j’adorais un groupe pop de Bordeaux, Gamine, qui venait d’obtenir deux hits, « Le Voyage » et « Voilà les anges ». J’avais pris des billets pour les voir au Transbordeur, la nouvelle salle de concert à Lyon. Arrivé en avance, j’étais devant, face au micro, prêt à entonner les titres de mon groupe favori du moment.

Le show présentait en fait deux groupes ce soir-là, la premier étant un obscur groupe hollandais, au nom peu ragoûtant, The Nits (Les Lentes). Le quartet se présenta autour d’un immense tambour, une contrebasse, les musiciens équipés de casseroles et autres cloches et accordéons.

Je suis tombé amoureux ce soir-là

Je n’oublierai jamais ce moment : Henk Hofstede, Rob Kloet, Joke Geraets et l’incroyable Robert Jan Stips offrirent un des shows les plus hallucinants qu’il m’ait été donné de voir, alternant titres folks racontant des aventures extraordinaires, des rêves perturbés, des voyages improbables, un patineur sur un lac, une maison affamée, des souvenirs de matchs de foot et des romances à Paris, le tout chanté en anglais, en français et en allemand.

Je suis tombé amoureux des Nits ce soir-là, de ce groupe sorti de nulle part et de leur pop délicate et délirante. Le lendemain du show, je me suis précipité chez mon disquaire pour acheter leur dernier album, In the Dutch Mountains, une pépite que j’écoute avec toujours autant de plaisir trente ans plus tard.

Même si In The Dutch Mountains reste le plus grand succès populaire des Nits, ce n’est pas l’album que j’ai choisi de présenter ici. En 1989, suite à leur tournée européenne, les Nits ont enregistré un triple album live, intitulé Urk, reprenant 29 titres enregistrés à Amsterdam, Utrecht et Moscou, tirés des 8 années de production musicale du groupe et couvrant les albums Work, Kilo, Omsk, Adieu Sweet Bahnhof, In the Dutch Mountains, Henk et Hat.

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La musique des Nits est un voyage impressionniste au cœur d’ambiances, de lieux, de personnages : du sifflet de « The Train » aux sonnettes de « Bike in Head », le show vous entraîne à travers des paysages fabuleux, des bas fonds du « Port of Amsterdam » aux plages de la Mer Noire avec « Cabins ».

Un rêve, un livre, une chaise...

Chaque titre est une histoire, un souvenir, un voyage : un rêve, un livre Penguin, une chaise Bauhaus, Henry Moore, chaque impression est prétexte à une chanson et la musique des Nits crée l’atmosphère idéale pour la restituer.

Trois titres se détachent parmi les 29 proposés sur Urk : « Mountain Jan », l’aventure d’un explorateur hollandais à qui une montagne fut dédiée en Antarctique ; « The Panorama Man », qui raconte les magnifiques images du monde imprimées dans le fameux magazine ; et le délicieux « An Eating House », à propos d’un restaurant entre Utrecht et Salzbourg, qui se nourrit de ses clients de passage. Les Nits sont d’exceptionnels musiciens et transforment chaque note en une impression, un rire ou une larme.

Mais il faut être prudent avec les Nits : leurs 26 albums sont quasiment tous essentiels et vous pourriez bien passer vos économies à découvrir ce groupe unique et attachant. Du son new wave de leurs débuts aux ambiances plus délicates et acoustiques de leurs derniers albums, les Nits ont conservé cette exigence musicale de très haut niveau, tant sur le plan des compositions que des paroles de leurs chansons. Ils sont un groupe rare, que l’on voudrait garder juste pour soi… où faire seulement découvrir à ses meilleurs amis.


- Disque 1 : (face A) The Train*** / Adieu Sweet Bahnhof***** / J.O.S. Days***** / Sketches of Spain**** / In the Dutch Mountains****** (face B) The Dream**** / The Swimmer*** / The House*** / Two Skaters****

- Disque 2 : (face A) Cabins****** / Nescio****** / Pelican & Pinguins****** / Telephone Song**** / Dapperstreet*** (face B) Port of Amsterdam**** / Bike in Head**** / Mountain Jan***** / Walter & Connie*** / A touch of Henry Moore***

- Disque 3 : (face A) The Bauhaus Chair*** / Under a canoe*** / Shadow of a doubt** / Mask***** / Home before dark*** (face B) The Panorama Man***** / Slip of the tongue*** / The Eating House***** / Red Tape*** / Tons of Ink***

Domino est un(e) passionné(e) de musique rock britannique des années 80. Il/Elle propose une newsletter et une page Facebook dédiée à sa passion pour les meilleurs albums classiques de new wave ... Show More

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