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Souvenir de 1987 : le miracle Marc Seberg

Domino Derval By Domino Derval Published on May 22, 2017
This article was updated on August 10, 2017

Lyon est une ville exceptionnelle, arrosée par deux fleuves (certains disent trois, en comptant le beaujolais), capitale des Gaules et de la gastronomie française où sont nées de nombreuses figures historiques : les frères Lumière, Paul Bocuse, Karim Benzema. Lyon est à deux heures de Paris en TGV, à deux heures des plus belles pistes de ski d’Europe et à trois heures de la mer Méditerranée. Une ville parfaite.

Pourtant, si Lyon est reconnue comme une capitale culturelle et le lieu de naissance du cinéma, elle a surtout constitué dans les années 80 le plus grand désert rock en France - ce qui n’est pas rien si l’on considère que la France est le deuxième plus grand désert rock à cette époque, juste après la Corée du Nord.

Les génies de Marquis de Sade

Il y avait bien quelques petits groupe new wave, comme Voyage de Noz, Aurelia Kreit or L'Enfance Eternelle, qui pouvait par jour de grand beau temps attirer 500 personnes à la Bourse du Travail, mais Lyon n’était plus, en 1987, l’année de mes 16 ans, la capitale rock vibrante qu’elle fut durant les années 70. Et si quelques Lyonnais avaient pu percer la scène nationale, comme Starshooter, Carte de séjour ou l'Affaire Louis’Trio, personne ne savait vraiment qu’ils étaient originaire de Lyon.

Une autre capitale régionale, Rennes, a vu naître nombre d’icônes pop comme Etienne Daho, Arnold Turboust ou le duo sexy Niagara. Mais Rennes a surtout vu émerger de très intéressants groupes rock comme Les Nus, Ubik, Dominic Sonic et les génies absolus de Marquis de Sade. Ce groupe étrange et énigmatique de cold wave créé à la fin des années 70 par Christian Dargelos, Philippe Pascal et Franck Darcel a produit 2 albums en 1979 et 1981 avant d’exploser en 2 formations distinctes : Octobre et Marc Seberg.

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Marc Seberg

J’ai personnellement découvert Marc Seberg en 1986, juste après la sortie de leur deuxième album, Le Chant des Terres. J’écoutais à cette époque tout ce qui pouvait s’apparenter à la cold wave anglaise, comme The Cure, Siouxsie and the Banshees, Cocteau Twins, And Also The Trees ou The Sisters of Mercy. 

Sorti en 1987, le troisième album de Marc Seberg, Lumières et Trahisons a été à mes yeux une révélation absolue, un miracle : un groupe français qui sonnait comme The Cure, mais avec quelque chose de plus généreux, de plus chaud, un peu comme le Simple Minds de Sparkle in the Rain ou le U2 de Unforgettable Fire, tout en faisant la part belle aux ambiances éthérées et aux textes sombres… chantés en français. Un album produit par John Leckie, qui était déjà le magicien des premiers Simple Minds et qu’on retrouvera sur les premiers albums de Muse.

Baudelaire et Verlaine

Lumières et Trahisons sera un succès commercial pour Marc Seberg, ce qui peut étonner compte tenu de l’ambiance générale de l’album, de textes complexes et torturés, Philippe Pascal étant le seul chanteur capable de glisser dans une seule chanson rock les mots prisme, éther, siamois, insidieuse ou indulgence.

Il est vrai que Philippe Pascal tient du poète maudit, reprenant ou imitant Baudelaire et Verlaine, parfois lyrique et atmosphérique, souvent torturé et déprimé, toujours magnifique et inspiré.

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Le seul souci, pour l’oreille peu habituée aux tonalités cold wave, est sa voix maniérée, théâtrale, aux envolées puissantes et graves, hélas trop souvent entravées par des textes parfois indigestes. Une approche pas évidente, au premier abord, et à laquelle une certaine presse n’adhérera jamais, au point que Marc Seberg souffrira durant toute sa carrière de critiques acerbes et de moqueries injustifiées.

Pourtant, à ce jour, aucun groupe de rock français n’aura produit une musique aussi fidèle à son époque. Lumières et trahisons n’a pas à rougir de la comparaison avec Ocean Rain de Echo & The Bunnymen ou Tinderbox de Siouxsie & The Banshees. C’est un album très cohérent, excessivement bien produit, sur lequel le groupe multiplie les styles, funk sur Fascination, symphonique sur L'Amour aux Trousses, upbeat sur Insectes ou mélancolique sur La Nef des Fous.

L'Amour aux trousses

Écouter Lumières et Trahisons aujourd’hui, c’est voyager au cœur des sons de la meilleure new wave de l’époque, nappes de claviers omniprésentes, guitare scintillantes et cette voix torturée de Philippe Pascal qui vous renvoie à vos années adolescentes, quand la musique était un art - complexe, réelle et inspirée. Marc Seberg sortira ensuite le nettement moins intéressant Le Bout des nerfs puis disparaîtra à jamais. Ainsi naissent et meurent les groupes de légendes.

  • Face A : Dans ses rêves**** / Décembre*** / Emmène-moi*** / L'Amour aux trousses***** / Jeux de lumières*****
  • Face B : Fascination**** / La Nef des Fous**** / Insectes**** / Sans paroles*** / Miss Leading*** / PS (Instrumental)**
Domino est un(e) passionné(e) de musique rock britannique des années 80. Il/Elle propose une newsletter et une page Facebook dédiée à sa passion pour les meilleurs albums classiques de new wave ... Show More

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