We think that you are in United States and that you would prefer to view Bookwitty in English.
We will display prices in United States Dollar (USD).
Have a cookie!
Bookwitty uses cookies to personalize content and make the site easier to use. We also share some information with third parties to gather statistics about visits.

Are you Witty?

Sign in or register to share your ideas

Sign In Register

Scandale : le Grand Méchant Loup devient gentil !

Perrine Parageau By Perrine Parageau Published on March 29, 2017
This article was updated on April 12, 2017

Le loup reste une star de la littérature jeunesse. Et la liste est longue des auteurs/illustrateurs qui continuent à le croquer : Grégoire Solotareff (son fameux Loulou a même été adapté en dessin animé), Olivier Tallec (et ses inséparables Grand Loup et Petit Loup imaginés avec Nadine Brun-Cosme), Mario Ramos (le diptyque C’est moi le plus fort et C’est moi le plus beau), Stéphanie Blake, Émile Jadoul, Antoon Krings, Nahtalie Diéterlé, pour n’en citer que quelques-uns.

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2ffffcf812 e849 4190 af00 4a4ee35cf1b1 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f42881250 7bc2 4df6 9b3b 13f0711a5f6c inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f4847a0c8 2fb7 407c 8b8a fd87c0ee42f9 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Au panthéon des héros fétiches des cours d’écoles, entre T’choupi, Peppa Pig et l’âne Trotro, on trouve également un loup. Celui des éditions Auzou, imaginé par Orianne Lallemand et Éléonore Thuillier, qui compte une quinzaine de titres et qui, fort de son succès, a engendré une version pour les plus petits (P’tit Loup).

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2ff726e7d5 5acf 4d90 9cef 91dfdb7daf2d inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f2b1ed835 3396 4cbc a660 e295a542b5a7 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Autre indicateur que le loup est bien une figure emblématique de la littérature de jeunesse, les éditions Sarbacane lui ont consacré l’album Un loup peut en cacher un autre . Un ouvrage très spécial puisqu’il réunit trente-deux illustrateurs issus de tous horizons (édition jeunesse, presse, BD, arts graphiques, etc.) autour de ce qu’on pourrait appeler une « variation » sur le thème du loup : 

  • du loup masqué de Sylvie Serprix 
  • à la mère louve d’Emmanuelle Houdart, 
  • du loup en cage de Kitty Crowther a
  • u « papa loup » de Gilles Eduard, 
  • jusqu’aux clins d’œil au loup du Chaperon rouge signés Muzo, Marion Bataille, Anne Brouillard ou Rémi Malingrëy. 

Grandes dents

« Ils ont répondu à l’invitation ̎Dessine-moi un loup", raconte Emmanuelle Beulque, directrice éditoriale aux éditions Sarbacane. Ils se sont emparés du sujet en toute liberté, sans autre contrainte que le grand et beau format commun. Tout était permis, chacun a pu donner libre cours à son imagination et à sa créativité. À l'arrivée, on voit que le ton peut être à l'humour, à l'émotion… tout était ouvert ! » 

C’est donc l’auteur, et non l’illustrateur (comme c’est plus couramment le cas) qui a dû s’adapter aux images et c’est le poète François David qui s’est prêté au jeu. Un loup peut en cacher un autre est le deuxième opus d’une série inaugurée avec Un éléphant peut en cacher un autre. Emmanuelle Beulque précise à ce sujet : 

« Le loup "dangereux" après la figure débonnaire du sage éléphant (alors que, dans la nature, il est tout aussi dangereux que le loup, voire plus !) nous a semblé une bonne nouvelle piste, stimulante : questionner, remettre en question symboliquement par sa représentation la figure du mal, du dangereux conquérant aux grandes dents. Et, en effet, la représentation qui en a été donnée par chacun des trente-deux participants montre l'éventail des perceptions dans nos imaginaires. On retrouve par exemple, en couverture, et bien avant le film, Le loup de Wall Street… »


Le loup a une amoureuse

Si, dans l’imaginaire collectif, les portraits du loup adoptent des représentations plus diverses, voire franchement éclectiques, cela signifie-t-il pour autant que le loup est en passe de perdre son rôle de Grand Méchant ?

Quand on jette un œil du côté des albums, on constate que son rôle se diversifie mais que le loup, en tant que Grand Méchant, est loin d’avoir perdu du poil de la bête ! Pléthores sont les titres où le loup apparaît bien dans un rôle de prédateur, prêt à tout pour dévorer ses proies. Et pas seulement dans les contes traditionnels (Le Petit Chaperon rouge, Les Trois Petits Cochons, Le Loup et des sept chevreaux, etc.). 

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fbee744b0 3309 4b39 88f6 f09bcac18e60 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Néanmoins, à y regarder de plus près, il semblerait que dans les albums contemporains, les auteurs s’intéressent davantage à la peur qu’il continue de générer qu’au personnage stricto sensu. Ainsi, dans Debout, le loup ! Isabelle Bonameau s’amuse avec l’un des lieux communs qui collent à la peau du loup : son péché mignon pour les enfants. Un loup se réveille et que va-t-il manger ? Une mouche ? Une souris ? Un canari ? Un petit lapin ? Un sanglier ? Non, il ne va tout de même pas manger… un enfant !? Eh bien… non, il préfère guincher avec son amoureuse ! 

Représentation symbolique du mal

Même constat dans Pas Peur ? d’Alex Sanders où un loup menace de croquer le petit lecteur, qui referme la page du livre sur son museau. Clac ! Et face à l’universel « Il y a un loup dans ma chambre ! » des tout petits, l’album d’Ingrid Chabbert et Hector Dexet Où dort le loup ? répond « dans ton lit ! » pour corriger aussitôt :

« Mais non, bien sûr ! Le loup dort loin de chez toi… dans les bois ! » 

Même Le plus féroce des loups de Sylvie Poillevé et Olivier Tallec assouvit sa faim de loup, non avec quelques lapins, mais en avalant le chasseur qui voulait les tuer, non avec trois petits cochons, mais en engloutissant le boucher qui allait les dépecer, non grâce au Chaperon rouge, mais en gobant le gros ogre barbu qui la pourchassait. Tremblez car le loup entraîne dans sa tanière lapins, cochons et Chaperon… Pris d’une faim de loup, il engloutit… fruits et tartes du goûter !

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f83a0366a f0cd 4bb6 91c8 eff51a0dea06 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f1751fffd 02c6 4c57 9dce 9ddee7e2cd5f inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f30f624ab beea 4d59 b6cb 99a02711838a inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Le loup véhicule donc une image moins terrifiante (textes et illustrations confondus), mais le jeune lecteur continue cependant d’aimer se faire peur. Selon Emmanuelle Beulque : 

« Les enfants ont besoin pour se construire de la représentation symbolique du mal, et de leurs peurs, par la voie d'une figure imaginaire. Le loup, qui est le rival de l'homme tout en haut de la chaîne alimentaire, et que l'homme a éradiqué pour cela (et on sait combien le retour du vrai loup sauvage dans nos campagnes fait débat), a pris cette fonction en Occident. » 

Dédiabolisation

Cette diabolisation du loup possède en effet des racines historiques. Autrefois, le loup attaquait les troupeaux et terrifiait les villageois. Le conte Pierre et le loup témoigne d’ailleurs de ces terreurs ancestrales. Parce que l’animal ne suscite plus aujourd’hui les mêmes préoccupations, sa dédiabolisation semble logique, et naturelle. Mais le mythe perdure à travers sa force symbolique, émotionnelle, sa capacité à soulever les peurs. Comme placé devant une enfilade de miroirs, les portraits du loup se démultiplient.

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2ff3543ed3 5288 4063 bac6 1d5eb3893bff inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

En contrepoint du Grand Méchant Loup, coexiste une version plus réaliste du loup, perçu comme un animal fascinant, symbole de force, de puissance, et capable d’être un allié de l’homme. On songe bien entendu à Croc-Blanc de Jack London ou, plus récemment, à la saga fantasy Chroniques des Temps Obscurs de Michelle Paver et à l’album Bagdan et la louve aux yeux d’or de Ghislaine Roman et Régis Lejonc. 

Même chez les plus petits, il peut être un animal comme les autres, ni plus inquiétant, ni plus dangereux, parmi les hiboux, sangliers et autres animaux de la forêt (voir l’imagier sonore Houuuuu ! illustré par Nathalie Choux).

Un loup végétarien

Se développent également des profils qui moquent (gentiment) le rôle du Grand Méchant ou le détournent. 

« Méchant, dangereux ? Ou végétarien, riquiqui, voire ridicule ?  En littérature de jeunesse, on voit très souvent l'inversion des rôles, qui a été montrée plusieurs fois aussi dans Un loup peut en cacher un autre, note Emmanuelle Beulque. En tant qu'éditrice, je reçois très souvent des manuscrits articulés sur le nouveau cliché du loup faible face à un petit Chaperon rouge tout puissant, ou du loup végétarien à la Marlaguette – qui ne date pourtant pas d'hier ! On tape sur la figure du Grand Méchant Loup. Mais comme La Fontaine, hein ! Le petit contre le gros, David contre Goliath, L'agneau contre le Loup. » 

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f21025b2a f304 4411 bad9 2cdd31f8012b inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

C’est le cas, par exemple, de Lou le loup dont les comportements, entre autres colères, bêtises et caprices, rappellent ceux d’un petit enfant, ou de l’hilarant Super cagoule où un poulet parvient, non seulement à ne pas se faire croquer par le loup, mais aussi à lui faire enfiler une cagoule hideuse… et qui gratte ! Faire du loup un gros bêta est assurément un bon moyen de le rendre moins effrayant. 

Inversion des rôles 

Beaucoup d’auteurs s’amusent à jouer avec les rôles méchants/gentils, voire à les inverser : dans Cache-cache loup, ce sont les agneaux qui font peur au loup en se déguisant ; dans Le loup et la petite fille, les deux protagonistes deviennent amis ; quant au Loup qui avait peur du loup, le titre parle de lui-même. 

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f3443ead6 3790 43fa b50e 1ed3298c49d3 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f36efc349 5bb0 44cb a57c 109287e56576 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f4ed37e0a 04e9 470b b56a 50fe85bba602 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Parfois, le loup refuse son rôle de Grand Méchant, rejette cette image négative qu’on veut lui attribuer, quitte à se faire végétarien ! Ou à s’ériger en super héros (voir Super Loup, Méga-Loup ou Le Loup qui voulait être un super héros). Ailleurs, il se montre bien pataud (et drôle) dans son apprentissage pour devenir un Grand Méchant. 


Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fd72b8336 346b 4eeb a2d1 39e15c4545b8 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f942dfc72 34a2 4655 aef8 a941864ef1eb inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Dans L'Œuf du loup, il est même capable de se montrer prévenant, protecteur, envers un œuf qu’il se met à couver, parce qu’il a toujours rêvé d’avoir un petit… Ainsi, la personnalité du loup se nuance, devient plus complexe, s’humanise également. Au même titre que d’autres animaux, le loup peut personnifier des êtres humains, les mettre en scène au sein de leur quotidien, à l’instar de la série d’albums Raoul, de Michel Van Zeveren.

"Croit-on que nos enfants sont trop fragiles ?"

Comme Emmanuelle Beulque, on peut s’interroger sur cette tendance à détourner la figure du Grand Méchant Loup, voire à la tourner en dérision : 

« Pourquoi a-t-on besoin de le faire ? Alors que la fonction symbolique qu'il remplit via les contes reste indispensable, voire vitale ? Croit-on que nos enfants sont trop fragiles pour intégrer cette figure dans leur construction ? Personnellement, je pense qu'on les rend plus fragiles en les privant de cette représentation. Les enfants aiment jouer à avoir peur. Ils en ont besoin. Ça les rend plus forts, pour affronter le réel. Nous aussi, d'ailleurs, les adultes, qui aimons frissonner avec des films d'épouvante, des grands huits dans les parcs d'attraction ou les romans de Stephen King… Les enfants savent très bien faire la différence entre le ̎pour de vrai ̎ et le ̎pour de faux". Donc, certes, il y a une diversification et elle est plaisante par la liberté artistique qu'elle induit, et l'ouverture intellectuelle, le jeu, le questionnement de l'autorité (que le loup représente, aussi), mais j'ai tendance à penser qu'il ne faudrait pas non plus tendre à nos enfants la toile d'un monde idyllique, sans "loups". C'est une représentation fausse. » 

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f5b9435f8 4a31 47af 8f92 cf319fd0ebdb inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

À ce propos, l’ouvrage de Christian Oster, Le Loup en laisse, interpelle. Le loup capturé, conduit en laisse par le Chaperon rouge, endosse ici un rôle humiliant. Ce loup se plaint que tout le monde le déteste. Ce qui ne l’empêche pas de rester un loup, avec sa nature de prédateur, et de croquer à nouveau le Chaperon. Le loup est finalement condamné à ne plus manger que des carottes pour le restant de ses jours, afin de devenir aimable. Résonne néanmoins dans le récit l’idée que la figure du méchant a son utilité : 

« La peur du loup, et même la peur en général, peut rendre courageux. » 
Perrine Parageau est titulaire d'un doctorat sur le récit d'enfance contemporain. Spécialisée en littérature de jeunesse, elle travaille pour l'édition et la presse écrite.

0 Comments

Please log in or sign up to join the discussion

4 Related Posts