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Retour dans le futur, dans L'Orient-Le Jour

Tamyras Éditions By Tamyras Éditions Published on October 11, 2017

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Youssef Germanos est un auteur libanais qui a osé aller à l’encontre du roman classique en nous livrant dans Petites morts à Beyrouth l’histoire de Christian, ce héros descendant d’une lignée d’anti­héros défaitistes, qui ne saisit pas dans l’anse de sa main uniquement son présent, mais aussi son passé. 

La trame s’enclenche en 2058, à Paris. Christian K., personnage central du roman, ignore son passé, sa saga et ses origines tiennent à un fil ténu ; celui de quelques mezzés, de vagues racontars et de souvenirs d’une ville cosmopolite dont il n’a jamais foulé le sol : Beyrouth. Youssef Germanos a le mérite d’inscrire son roman dans une optique de science­-fiction pour mieux cerner le côté absurde de la guerre, pour tirer au clair le mystère de son existence, pour apporter du baume aussi à sa blessure originelle. Dans un « Centre de Rétrovision », ce personnage est cloué devant deux écrans : celui de droite qui diffuse des images de la guerre civile et celui de gauche où défilent des images de la première décennie des années 2000. L’écran de droite est traversé par des scènes sanglantes de torture et révèle l’histoire tragique de la grand­-mère de Christian qui meurt d’affliction et d’humiliation… Humiliation écopée comme un poignard planté dans son cœur à cause de son fils, Jawad, qui la traitait de pute. L’écran de gauche montre Jawad, jeune alcoolique à la vision schopenhauerienne de la vie et géniteur du narrateur. Christian cherche à démêler le mystère lié à sa naissance. Son père avait-­il envie de lui ou rejetait-­il sa naissance au point de se suicider en précipitant sciemment sa voiture dans un ravin tel qu’il l’a prédit dans un de ses obscurs poèmes prémonitoires : « Si jamais par erreur après une bouteille/ un gamète de moi rencontrait un ovule/ je cèderai ma place et quitterai la vie/en projetant mon corps au-­dessus d’un ravin. » La chronologie inversée dans le roman de Y. Germanos sous­-tend le questionnement sur la filiation. C’en est même le fil d’Ariane. Le narrateur s’engouffre dans le passé de ses parents et se livre à l’exercice déjanté du voyeurisme. En assistant à la scène d’amour où il aurait été conçu, il se trouve à l’affût du moindre détail donnant de la légitimité à son existence étiolée. Sa psychologie qui transparaît par le biais des nombreux soliloques qui scandent le roman est une véritable tribune où les prouesses de style sont légion. Il biffe des mots, charcute des chapitres, fait taire ses pensées et marque capricieusement une coupure au beau milieu du roman, un peu à la manière d’Echenoz dans son opus Au Piano où le rythme de la trame narrative obéit aux fantaisies du narrateur. 

L’histoire de Christian est celle de tout Libanais aux prises avec une crise identitaire et existentielle. L’auteur dans son roman aurait failli nous convaincre du sort malheureux qui poursuit tout Libanais même en 2058 ! Sauf qu’au dernier chapitre, le roman finit magistralement sur un message universel, celui de l’amour salvateur.

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