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Résidents des villes: nouvelle donne

Evariste Lefeuvre By Evariste Lefeuvre Published on November 5, 2015

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A l’heure où certains essayistes se mettent à rêver d’une Union Américaine regroupant le Canada et les Etats-Unis sous un socle institutionnel commun similaire à celui de l’UE (mergerofthecentury.com), un autre courant de pensée suggère de s’affranchir du fédéralisme rigide pour laisser aux villes et métropoles un rôle plus important en matière d’organisation économique et sociale.

Il est probablement trop tôt pour se prononcer définitivement sur l’inversion de tendance, mais les banlieues américaines n’ont plus la cote. Non seulement leur modèle économique est en crise, mais les évolutions démographiques et mentales s’accompagnent d’un regain de santé des centres villes. A cela se greffe un dynamisme renouvelé des ville. Il dépasse les traditionnels effets d’agglomération (dont l’impact marginal est devenu négatif au fur et à mesure que les mégapoles s’étendaient) ou la simple rénovation des anciennes zones industrielles. Il s’agit de transformer économiquement et socialement l’environnement urbain pour en faire un vecteur majeur d’innovation.

Bien sûr, on pourra toujours opposer plusieurs lectures de ce phénomène. Dans son dernier livre Rebel Cities publié en 2012, David Harvey continue de dénoncer la gentrification des centres villes et de prôner un ‘droit à la ville’. Il regrette que (p 24):

Le droit à la ville tombe de plus en plus entre les mains d’intérêts privés ou quasi-privés. A New York par exemple, nous avons un maire milliardaire (les choses ont changé depuis peu ndlr), Michael Bloomberg, qui transforme la ville a l’avantage des promoteurs, à Wall Street et à la classe capitaliste transnationale, tout en continuant à vendre la ville comme un lieu optimal pour le business à forte valeur-ajoutée et une destination fantastique pour les touristes, faisant ainsi de Manhattan une communauté fermée réservée aux riches. (Son slogan est, ironiquement, « construire comme Moses avec Jane Jacobs en tête »). A Seattle le milliardaire Paul Allen prend les décisions et à Mexico City l’homme le plus riche du monde, Carlos Slim a fait rénover les rues du centre villes pour qu’elles soient conformes aux attentes des touristes.

On ne doit pas nier ces phénomène, on peut néanmoins donner quelques pistes complémentaires sur l’évolution du paysage urbain américain tant elle reflète des tendances de fond majeures.

L’organisation du territoire, et des villes en particulier, répond à de nombreuses contraintes climatiques, géologiques, démographiques et politiques (planification, zonage et lois d’urbanisme). Elle dépend également du progrès techniques et de son impact sur les transports, les communications, l’organisation industrielle et du travail. L’accélération du développement des banlieues américaines au sortir de la deuxième guerre mondiale doit beaucoup à la pénurie de logement qui a caractérisé cette époque (Federal Housing Administration et GI Bill, qui offrait des prêts à taux 0% et sans apport aux vétérans). Elle doit surtout à deux innovations majeures de la deuxième révolution industrielle: le moteur à explosion (automobile) et l’électricité ont permis extension du territoire (le fameux « sprawl ») et la séparation des zones d’habitat et de travail et/ou sites industriels. Autos et électricité ont élargi les banlieues mais aussi transformé et relocalisé la production et la distribution des marchandises. Les techniques de production de masse ont été appliquées jusqu’au logement, avec la production standardisée de résidences, à l’instar de la ville pionnière de Levittown (photo ci-dessous).

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Les Banlieues sont en crise, ou pour le moins en profonde mutation. L’essor économique mais aussi leur attrait populaire sont en berne, comme l’illustre parfaitement ce tube du groupe Arcade Fire.

i. Le modèle économique est de moins en moins viable : le coût des infrastructures rapporté à l’assiette fiscale (essentiellement les taxes sur la propriété) est en forte hausse. Non seulement la collecte des taxes dans une zone à faible densité s’avère poreuse mais le mode de développement (patterns circulaires, culs-de-sac) est particulièrement onéreux. A cela s’ajoute la vétusté des infrastructures.

ii. Telles que conçues et construites dans l’après-guerre, les banlieues ont été le fruit d’une planification et d’une centralisation pilotées par le gouvernement et les agences fédérales. La crise de confiance vis-à-vis des institutions (taille et missions du gouvernement fédéral) couplée à l’absence de levier économique et politique centralisé accentue le vieillissement des banlieues.

iii. D’après Chris Nelson, en 2025, 70% des maisons américaines n’auront pas d’enfant. Le nombre d’individus par ménage étant aujourd’hui de 2,58 personnes, 87% de la hausse du nombre de ménages d’ici 2013 devrait être le fait de couples sans enfants. Le contraste est saisissant par rapport à 1950/60 et appelle d’autres formes de résidence.

iv. La démographie entraine des mutations inattendues. Parce que leurs fonds de pension ne le permettent pas, mais surtout parce qu’ils ne le veulent de moins en moins, les retraités ne migrent plus vers le Sud. Ils préfèrent maintenir le lien social local dans des communautés qu’ils connaissent bien. La rareté des ressources fiscales a un impact direct sur les jeunes puisque les fonds alloués aux écoles sont en baisse, reflet des changements de priorités politiques locales. En conséquence, en en dépit du coût supplémentaire, la hausse des jeunes ménages dans les centre villes a été très rapide ces dernières années (Boston, New York, Dallas, San Francisco).

v. Tous les jeunes ne peuvent pas partir cependant. Ils restent de plus en plus tard chez leurs parents pour des raisons qui vont de la dette étudiante aux maigres débouchés sur le marché de l’emploi. A 11% en 1980, la part des jeunes adultes (25/35 ans) vivant chez leurs parents est aujourd’hui de 23%, un phénomène qui s’accompagne de modifications de l’habitat au profit de ce qu’on appelle les multi-family mansions (un bel exemple de maison multi-générationnelle est donne par l’excellent film Silver Lining Playbook). Les jeunes ne semblent toutefois pas s’accommoder du mode de vie de banlieue : 66% des moins de 17 ans avaient leur permis de conduire en 1980. 47% aujourd’hui.

vi. Pendant longtemps avoir une maison en banlieue était synonyme de citoyenneté, voire de patriotisme. Cette vue a bien change, même si, en 2004 encore, G.W. Bush vantait les mérites d’une « société de propriétaires » - période au cours de laquelle être propriétaire était surtout un moyen d’extraire des plus-values latentes au prix d’un endettement toujours plus fort. Le phénomène de tri joue à plein depuis quelques décennies, avec un émiettement communautaire qui s’accompagne d’un affaiblissement du « capital social » (liens sociaux, normes et croyances mutuelles, confiance et réciprocité, engagement communautaire et politique). Tocqueville pensait que l’un des socles de la démocratie américaine était la capacité de ses citoyens à s’associer. Cette dernière est en fort recul. La société civile américaine est de plus en plus divisée et les banlieues sont de plus marquées par l’isolement des individus et la pauvreté. Or, plus les citoyens ont tendance à s’associer, plus les relations de confiance sont forte dans la société). Peut-on attendre du remodelage des villes américaines une refonte de ce capital social ?

Le retour des villes ne se résume pas à une inversion des flux migratoires centre-ville / banlieues. Il répond à une logique plus large qui englobe urbanisme, réseaux économiques et sociaux, nouvelles formes d’habitat.

Par ailleurs, l’opposition banlieue-centre doit être maniée avec précaution. L’image d’Epinal de centre-ville déchus, dangereux et pauvres au profit de banlieues étalées et florissantes doit être fortement nuancée : historiquement, il existe une corrélation positive entre le dynamisme économique d’un centre-ville et celui de ses banlieues quel que soit l’état de l’économie du pays. C’est ce qui pousse de nombreux auteurs à raisonner en termes d’agglomérations (métros) plutôt que villes (un autre cliché sur lequel je ne m’attarde pas est celui de banlieues à dominante blanche et de centre-ville à majorité noire et/ou minoritaires. Le dernier Census a relevé que les minorités représentent 35% de la population des banlieues soit leur part dans la population nationale ; que plus de la moitié des tous les groupes minoritaires vit désormais dans les banlieues ; et que la seule marque de ségrégation était la prédominance de la population blanche dans les zone « exurbaines » ou l’extra-périphérie - sources Brookings / Census).

Si l’organisation urbaine reflète l’état des techniques de production et les préférences des générations les plus dynamiques, la troisième révolution industrielle devrait s’accompagner d’une refonte du paysage urbain.

L’analyse ne doit pas se cantonner aux mouvements de réhabilitations des centres, anciennes zones industrielles et abords maritimes ou fluviaux. Ce mouvement, déjà initiée il y a plusieurs décennies, s’accompagne aujourd’hui d’un nouveau rôle pour les villes, celui d’incubateur d’activités économiques via l’innovation, l’éducation et les infrastructures.

Mais le temps des entreprises est bien plus rapide que celui des villes, surtout lorsqu’elles ne disposent que de très faibles marges de manœuvre institutionnelles. 

On doit distinguer :

i. Le temps des entreprises qui, dans une économie de marché mondialisée, évolue très vite, en particulier face aux chocs technologiques

ii. Le temps des préférences, des qualifications/formations et de la démographie

iii. Le temps des villes dont les institutions et les infrastructures évoluent très lentement. La marge de manœuvre des métros est d’autant plus limitée que les fonds et les réglementations (transport, construction, logement, école, tourisme) relèvent des gouvernements locaux qui sont, dans leur organisation, une réplique du centralisme du gouvernement fédéral.

Il est donc urgent de donner aux villes les moyens de gérer au mieux les nouveaux flux migratoires et répondre à la demande combinée d’innovation économique et d’amélioration de la qualité de la vie.

Pour de nombreux auteurs, l’Amérique pourrait être entrée dans l’ère des « districts d’innovation » après les districts industriels intégrés au villes du dix-neuvième et début vingtième siècle (Ruhr, Manchester) puis les parc scientifiques excentrés (Sillicon Valley, banlieue de Boston…) de l’après-guerre. Les districts d’innovation sont vus comme la combinaison de nouvelles formes d’urbanisme couplées à de nouvelles formes de collaboration entre éducation, recherche et entreprises. Le tout afin de créer des effets de réseaux en matière de connaissance et de développement. L’idée force est la mixité du logement, de l’activité économique et la rapidité et qualité du transport. Cette évolution répond aux exigences des nouvelles entreprises mais aussi de la nouvelle génération, les fameux « Milleniums » (voir l’exemple du Triangle Park en Caroline du Nord). Déjà United Airlines a repositionné son siège social dans le centre-ville de Chicago ; à New York, UBS envisage de quitter Stamford pour Manhattan ; twitter, Dropbox, Pinterest auront leurs nouveaux sièges à San Francisco.

Pour l’instant il s’agit plus d’une juxtaposition d’expériences locales que d’un mouvement homogène. C’est tout à fait compréhensible étant donné l’histoire économique et la géographie propre à chaque ville ainsi que leur dépendance vis-à-vis des gouvernements locaux et agences fédérales. En revanche, on observe de grande tendance de fonds

i. Sans qu’il y ait un désamour généralisé des banlieues, ces dernières sont confrontées à des problèmes anciens (absence de transits intra-banlieue, infrastructures) ou nouveaux (vieillissement, pauvreté) qui en réduisent l’attraient

ii. L’évolution démographique et des préférences se fait clairement en faveur de distance moins longue et si possible piétonnières, la proximité des commerce, même si cela se fait au dépend de la taille du logement. Aussi, le retour vers les proches banlieues reflète le désir d’équipements collectifs urbains.

iii. Alors qu’elles ont pris l’initiative de répondre aux exigences locales mais aussi internationales (commerce, tourisme), les villes américaines ne disposent toujours pas d’un arsenal législatif et financier suffisant pour s’affranchir de la tutelle hiérarchique traditionnelle (Etats / Agences Fédérales).

La crise institutionnelle latente et le retrait du gouvernement fédéral des grands projets ont, suite à la crise mais aussi à l’évolution démographique, redonné une importance à la ville comme vecteur de croissance économique, d’emplois et d’exportations. Les marges de manœuvre restent limitées et une grande part de l’optimisme sur le renouveau urbain et son potentiel repose sur une collection d’expériences locales très variées qui pourrait s’avérer décevante à l’avenir. Ce qui est sûr en revanche est que les banlieues connaissent une crise de modèle qui, couplée au retour des entreprises vers les villes, pourrait changer radicalement l’habitat mais aussi le mode de diffusion des innovations dans le futur.

Evariste Lefeuvre began his career at Caisse des Depots et Consignation in 1999 as the U.S. economist before being appointed Deputy Head of Research in 2003. In 2006 he created the Multi Asset ... Show More

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