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Reconstruire, dit-elle : entretien avec Marwa al-Sabouni

Camille fait la VF By Camille fait la VF Published on February 21, 2017

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This article was updated on November 9, 2017
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Marwa al-Sabouni est une jeune architecte syrienne qui vient de publier un livre intitulé The Battle for Home. Marwa Al-Sabouni est diplômée d'un doctorat en architecture islamique. Lorsqu'elle était étudiante, elle a remporté la compétition ONU-Habitat pour son projet de reconstruction du quartier de Baba Amr, détruit lors du conflit syrien. 

Elle vit à Homs, où elle a pu observer l'impact de l'architecture sur la population et son environnement, avant et pendant la guerre civile. Elle s'intéresse à la reconstruction des villes du futur car selon elle, l'architecture a non seulement le pouvoir, mais aussi le devoir de réunir les communautés à l'avenir. 

Avec son mari, également architecte, elle a ouvert une librairie à Homs il y a quelques mois, en partenariat avec la librairie Nour E Sham à Damas. Marwa Al-Sabouni raconte que les réactions ont été très positives car les habitants « désiraient ardemment retrouver des livres. » Bookwitty l'a interviewée sur Skype.

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La vieille ville de Homs

Qu'est-ce qui vous a poussée à écrire ce livre ? Vous avez écrit une série d'articles sur le rôle des architectes en 2013 et 2014 ; vous en êtes-vous inspirée pour votre livre ?

Marwa al-Sabouni : Les articles constituaient une introduction, ils m'ont fait comprendre que j'étais capable d'écrire en anglais. J'ai commencé à écrire pour la revue du Riba (Royal Institute of British Architects). À l'époque, j'étais étudiante en doctorat et les discussions avec mon mari, ainsi que mes notes sur la situation et sur le rôle de l'architecture, ont fait germer l'idée d'un livre.

Comment avez-vous mené votre recherche ? Quelle a été votre inspiration ?

Je me suis beaucoup inspirée des pensées du philosophe Roger Scruton. Son livre, The Aesthetics of Architecture m'a énormément influencée. Deux autres livres que j'ai étudiés pour mon doctorat ont également eu une grande importance pour moi : Philosophy and Architecture de Michael Mitias, et The Architecture of Happiness d'Alain de Botton.

Vous avez ouvertement critiqué la corruption du gouvernement et les mauvais aménagements urbains dans votre livre, mais vous n'avez pas non plus épargné la haute société de Homs, qui aurait encouragé les manifestations contre le gouvernement sans jamais y participer. Cela vous a-t-il attiré des ennuis ?

En Syrie, cela n'a pas suscité de réactions, fort heureusement. Je pense que j'aborde le sujet de la corruption sous tous les angles. J'essaie de ne pas prendre parti, je fais des observations selon ce que je crois et je condamne ce que j'estime être immoral. Je ne voudrais offenser personne, sauf ceux qui mériteraient d'être offensés, aussi bien avant que pendant la guerre. Je ne cherchais pas à pointer du doigt qui que ce soit.

Quelles leçons faut-il tirer de la reconstruction de votre voisin, le Liban, et plus particulièrement Beyrouth, après la guerre civile ? Ses souks n'ont jamais repris leur activité et les anciennes maisons ont été rasées pour laisser la place à des tours modernes...

La principale leçon à tirer de l'expérience libanaise est de ne pas réitérer cette erreur. Malheureusement, Beyrouth est une ville à vendre, elle n'est pas adaptée à ses propres habitants. Les Libanais sont exclus et s'installent de plus en plus loin de leur ville. C'est une ville réservée au tourisme et aux élites. Personne n'y est plus chez lui, désormais. J'espère que nous ne serons pas fascinés par de jolies façades et de nouveaux édifices, comme à Dubaï et à Beyrouth.

Qu'en est-il des autres villes qui ont été détruites par des guerres au cours de l'Histoire ?

Berlin est un bon exemple d'une ville qui porte toujours les cicatrices de la guerre. Même le patrimoine qui a été préservé est isolé du tissu urbain, les rues sont excessivement larges... La ville manque principalement de tissu urbain.

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Un quartier détruit de Homs

Dans votre livre, vous décrivez comment les différentes strates d'anciens bâtiments, comme des édifices romains, ont été découvertes au cours de combats, superposées les unes sur les autres.

Dans cette zone du Proche-Orient, on sait que les populations vivent sur de nombreuses strates accumulées au cours de l'Histoire. Beaucoup de ces sites sommeillent sous terre, attendant d'être mis au jour. Les villes sont bâties sur des ruines antiques, dont certaines datent de la période romaine. 

Parfois, des gens découvrent un tunnel ou un sous-sol en creusant sous des bâtiments mais, parce qu'ils ne veulent pas être expropriés au nom de la préservation du patrimoine, ils ignorent les ruines. Lorsque nous protégeons des sites historiques, nous devrions également donner la priorité aux personnes qui y résidaient. Il est impossible de bouleverser toute notre ville pour un site historique, mais nous devrions savoir comment intégrer ces sites au sein même des villes. À Damas et Alep, des sites qui datent d'un millénaire côtoient la maison de n'importe quel quidam. C'est très important, pour la population comme pour son patrimoine.

Tirez-vous votre inspiration d'anciennes œuvres d'architecture islamique ? Faut-il s'appuyer sur elles pour reconstruire les pays musulmans ?

Je suis contre cette idée de copier-coller qui a largement cours actuellement dans le monde arabe et qui consiste à reprendre une strate ou un motif, comme un dôme ou une arche, et à l'intégrer tel quel sur un bâtiment moderne. C'est très superficiel. Je me bats pour retrouver l'esprit de cette architecture, et non pas pour réutiliser des formes architecturales. Ce sont les valeurs qui permettent de définir les formes. Les formes ne sont que l'expression des croyances des gens. Le style, lui, provient de la compréhension d'une idée. Il existe une infinité de façons de l'exprimer. Il ne faut pas prétendre à un résultat en particulier, mais plutôt chercher à parvenir à ce qui se trouvait là initialement et à en saisir les valeurs morales et esthétiques.

Quelles réactions espérez-vous susciter grâce à votre livre ?

J'espère qu'il fera obstacle aux projets de reconstruction sans imagination et qu'il nous poussera à prendre le temps de la réflexion avant de nous précipiter. Dans la plupart des villes, les gens se dépêchent de reconstruire les bâtiments, créer des destinations touristiques, etc. Ils interviennent très vite pour remonter le moral des troupes, mais la plupart du temps les habitants sont repoussés et laissent leur maison au plus offrant. Typiquement, on érige une tour et la population ne comprend pas tout ce que cela entraîne avant qu'il ne soit trop tard... Le bâti syrien a joué un rôle dans la guerre car beaucoup trop de gens vivaient dans ce qu'on peut considérer objectivement comme des ghettos coupés du monde. Le gouvernement ne doit pas répéter cette erreur lors de la reconstruction. Les architectes contribuent à la désintégration des communautés, mais aussi à leur intégration. 


La version originale de cet article a été publiée en anglais sur Bookwitty par Olivia Snaije.

Camille traduit et adapte en français certains articles publiés dans d'autres langues sur Bookwitty.

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