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Réalisme magique, francophilie et poésie : le meilleur du roman argentin

Flora Nicol By Flora Nicol Published on May 15, 2017
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José Hernandez (DR)

Pour saisir l'âme argentine, Martin Fierro est le livre par excellence. Ecrit par José Hernandez en 1872, il constitue le socle mythique de l'argentinité dont il exalte les valeurs. C'est en quelque sorte pour les Argentins ce que fut L'Iliade pour les Grecs. Ecrit en vers, il célèbre le style de vie des vieux gauchos, les cow-boys de la Pampa. Témoin d'une époque en train de disparaître, le vieux gaucho Martin Fierro narre ses aventures avec humilité. Enrôlé de force dans l'armée pour combattre les Indiens, il est arraché à sa paisible vie rurale. Quand il revient chez lui, tout a disparu. Il déserte, rejoint les Indiens ; et s'échappe à nouveau après avoir assassiné l'un des leurs. Il finit par retrouver son fils à qui il transmet son expérience et ses conseils. Toutefois le poème est difficile pour le lecteur non argentin, tant en raison d'un vocabulaire très local qu'en fonction de ses thèmes nostalgiques d'une vie révolue. Il porte cependant témoignage des immenses bouleversements consécutifs à l'installation de la civilisation européenne au contact des indigènes dans ce «vertige horizontal» qu'est la Pampa.

"Le Dostoïevski de Buenos Aires"

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Roberto Arlt (DR)

La littérature se fait plus urbaine avec Roberto Arlt, le «Dostoïevski de Buenos Aires», et son chef-d'oeuvre Les Sept Fous (1929) : un maquereau dépressif, un rentier retors, un pharmacien illuminé, un chercheur d'or, un officier corrompu et un tueur fomentent une révolution financée par une chaîne de maisons closes. Les Sept fous est une œuvre propre à déclencher «la hache dans la mer gelée en nous» comme l'écrivait Kafka. L'écrivain fait danser nos angoisses dans le Buenos Aires des années 20 : la solitude, le sens de la vie ou l'inéluctabilité de la mort. Le roman, qui forme un diptyque avec Les Lance-flammes, dénonce la cruauté du capitalisme, l'immoralité sexuelle et les mensonges.

Digne des meilleurs polars

Ce que nous voyons est-il la réalité ou juste une image de la réalité ? Adolfo Bioy Casares, publie en 1940 son bijou de roman, L'Invention de Morel, qui explore cette question. 

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Adolfo Bioy Casares (Alicia D'Amico, Wikimedia Commons)

Il met en scène un fugitif, menant une vie de Robinson sur une île a priori déserte, mais un premier coup de théâtre l'amène à craindre pour sa liberté. Quelques personnes apparaissent sur l'île, sans qu'aucun bateau ne les ait déposés. Parmi elles, Faustine, une femme à la beauté diaphane, dont le narrateur finit par tomber amoureux. Mais elle ne semble pas le voir. Puis les mêmes scènes se répètent, comme chez Borges, à l'infini, dans d'infatigables miroirs. Le scénario est digne des meilleurs polars, la poésie en plus. D'ailleurs, le roman a inspiré à Alain Resnais son film L'année dernière à Marienbad. Borges, qui a préfacé le roman, affirme qu'il ne s'agit pas d'une imprécision ou d'une hyperbole quand il qualifie la trame de tout simplement «parfaite».

Une agonie en poésie

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Silvana Ocampo (DR)

L'épouse de Bioy Casares, Silvina Ocampo, est aussi une figure majeure de la littérature argentine. Elle compte parmi la longue liste d'artistes francophiles du pays. Dans l'avant-propos de La Promesse, elle annonce son dégoût des conventions, comme celle qui veut qu'un roman ait une fin. La Promesse n'en a donc pas. Une jeune fille tombe à la mer, et tandis qu'elle dérive, se met en tête de se souvenir des personnes qu'elle a connues, enchaînant plusieurs récits sous la forme d'un «dictionnaire des souvenirs», pour tenter de défier la mort. Une agonie en poésie.

Jouissance intellectuelle

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J.L. Borges (Grete Stern)

Le grand ami de Casares, l'illustre Jorge Luis Borges, propose les nouvelles qui formeront L'Aleph. S'il ne devait en rester qu'un, ce serait lui. Onirique, poétique, philosophique, ce recueil est source d'une authentique jouissance intellectuelle, où Borges est au sommet de son art. L'Aleph, publié en 1949, est un recueil de 17 nouvelles ou plutôt "fictions" pour employer le vocabulaire de son auteur. Souvent courtes, d'une densité exceptionnelle, ces fictions nous entraînent dans des univers labyrinthiques et vertigineux, la métaphysique borgésienne mélangeant souvent l'absurde au sublime : 

«Je vis la mer populeuse, l'aube et le soir, les foules d'Amérique, une toile d'araignée argentée au centre d'une noire pyramide, un labyrinthe brisé (c'était Londres)... Je vis mon visage et mes viscères, je vis ton visage, j'eus le vertige et je pleurai, car mes yeux avaient vu cet objet secret et conjectural, dont les hommes usurpent le nom, mais qu'aucun homme n'a regardé : l'inconcevable univers.» 

Un incontournable du réalisme magique.

"Rapport sur les aveugles"

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Ernesto Sabato (DR)

Héros et tombes (1961) est le roman le plus connu d'Ernesto Sabato. Oeuvre protéiforme, elle est considérée par certains critiques comme le meilleur roman argentin du 20ème siècle. Héros et tombes a pour point de départ la biographie, sur 150 ans, d'une famille aristocratique, désormais ruinée, dont est issue Alexandra qui s'unit dans une relation tortueuse et tourmentée avec Martin, jeune homme de milieu modeste. Tant Alexandra que Martin semblent être victimes d'un destin inéluctable qui les soumet à la prédisposition familiale à la folie, chacun de son côté. Sur ce tronc sentimental et tragique (Alexandra a été violée par son père pendant son enfance) se greffent des digressions historiques (lors de la prise du pouvoir par Péron puis lorsqu'il en est délogé), sentimentales, religieuses, métaphysiques et surtout le fameux Rapport sur les aveugles

Sabato, lui même affligé de graves problèmes oculaires, est resté marqué par une obsession sur la cécité (comme Borges). Dans Héros et tombes, la Secte immémoriale des aveugles complote sans cesse pour influencer tous les pouvoirs à défaut de les exercer directement. Par la métaphore de réseaux souterrains traversant Buenos Aires, sorte d'antichambre à son propre enterrement, il exprime la terreur de l'homme face à la mort et à l'inéluctable.

Atmosphère de magie

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M. Mujica Lainez (DR)

Bomarzo (1962) est l'oeuvre maîtresse d'un autre francophile, Manuel Mujica Lainez. Dans l'Italie du XVIe siècle, le duc Orsini retrace sa vie et raconte comment il en est venu à construire les extravagants jardins des monstres à Bomarzo, près de Viterbe. Le lecteur revit la naissance de Michel Ange, le couronnement de Charles Quint, ou encore la bataille de Lépante. Nimbée dans une atmosphère de magie, cette fresque historique a demandé trois ans de travail à son démiurge. Les fascinantes aventures de l'atroce et génial duc Orsini forment un des meilleurs romans historiques sur la renaissance italienne et ses papes, ses princes, ses artistes, ses bouffons ou ses courtisans.

Jeu de piste

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Julio Cortazar (Sara Facio)

Les écrivains argentins aiment les labyrinthes : Marelle (1963) de Julio Cortazar est un jeu de piste, proposant un parcours interactif et butineur au lecteur. Le roman offre, en sus d'une lecture classique, la possibilité de commencer au chapitre 73 et de s'y perdre. Comme l'auteur, le héros Horacio réside à Paris (encore un francophile !). Il est follement épris de la Sybille, qui a un fils répondant au nom de Rocamadour. Mais l'histoire qu'on lit ne peut se résumer car elle dépend de chacun. 

Comme Silvina Ocampo, Julio Cortazar se joue des conventions romanesques. Comme Borges il est un autre chef de file du réalisme magique à l'argentine. Marelle révolutionne le roman et demeure une œuvre incontournable de la littérature sud américaine.

Formée à Sciences Po Paris, Flora Nicol est journaliste et serial travelleuse. Elle lit systématiquement la littérature des pays qu'elle visite.

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