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Questions à Anne Defraiteur Nicoleau, auteur de « Palace Café »

Tamyras Éditions By Tamyras Éditions Published on October 11, 2017

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- Le cadre spatio-temporel du roman est bien délimité : le restaurant Palace Café comme lieu-clé de l’action, et l’année 2003. Pourquoi ces choix précis ?

L’écriture de ce roman a débuté par le titre Palace Café… Ces deux mots trottaient dans ma tête bien avant de savoir quelle histoire je voulais raconter. C’était comme une ritournelle qui petit à petit installait une ambiance, une couleur et puis des mots, enfin des personnages et bien sûr une histoire… Palace Café est un restaurant à Beyrouth tout au bout de la corniche posé sur une pointe rocheuse face à la mer, dos à la ville. C’est un endroit à part. C’est le Beyrouth que j’aime et que je voulais décrire dans mon livre : un Beyrouth sans prétention, désuet, insouciant, un peu mélancolique… C’est la ville qui respire, qui prend le large, qui se met à rêver en scrutant la mer. Derrière, c’est la ville oppressante et tapageuse avec son imbroglio d’immeubles et son trafic. Assis à la terrasse du Palace Café, selon où se pose votre regard, vers la mer ou la ville, vous passez d’une impression à l’autre : de la légèreté à la tension. Ma vision de Beyrouth dépend de ces deux perspectives.
L’action du roman se déroule en 2003, 10 ans après les accords de Taëf et deux ans avant l’attentat de Rafic Hariri… Ce n’est pas un choix au hasard. C’est une période où Beyrouth commence à se défaire de son image de ville en guerre… C’est une ville qui bouge, qui cultive son ambivalence entre Orient et Occident, une ville à la mode qui fait parler d’elle. Jusqu’en 2005, il régnait au Liban un semblant d’insouciance. Je précise un « semblant » parce que les Libanais me donnaient l’impression de ne pas être dupes de cette paix retrouvée. On sentait chez eux une frénésie, une urgence. Il fallait être heureux, s’amuser, profiter coûte que coûte tant qu’il en était encore temps. Beyrouth était à fleur de peau, joyeuse, hyperactive mais aussi tendue et anxieuse… Tout cela donnait une énergie particulière à la ville. C’est cette énergie que j’ai tenté de restituer dans mon roman.

- L’intrigue témoigne d’une maîtrise profonde de la guerre civile libanaise, ses enjeux, son déroulement… Comment avez-vous acquis ces connaissances sur ce chapitre sombre et assez mal documenté de l’histoire du Liban ?

D’abord je voudrais préciser que Palace Café n’est pas un roman sur la guerre civile libanaise. Bien sûr, elle est présente dans l’intrigue parce qu’il est impossible de situer un récit au Liban sans l’évoquer. Elle fait partie du roman mais elle est suggérée par petites touches à la fois factuelles et sensibles. Mon travail de recherche sur la guerre a été chaotique et désordonné. Il a commencé au Liban lorsque j’y vivais. Je ne me suis jamais privée de poser des questions. J’étais étrangère, extérieure au conflit, une sorte de « Candide » à qui l’on pouvait se confier. Ce qui m’intéressait ce n’était pas la guerre en soi mais le quotidien pendant le conflit, les anecdotes de vie, des détails parfois insignifiants mais qui en disaient long sur la peur, le chagrin. Ensuite, mes recherches se sont orientées vers des articles de journaux, vers la littérature comme Un Parfum de Paradis d’Elias Khoury, des images d’archives de l’INA, des films comme Incendies de Denis Villeneuve et surtout des documentaires, en particulier le bouleversant Chou Sar de De Gaulle Eid… Tous ces témoignages m’ont imprégnée et m’ont permis d’inventer une histoire personnelle. Ensuite il s’agissait de relier l’émotion, les sentiments à des évènements factuels et historiques.

- Beaucoup plus qu’un simple décor où se déroule l’action du roman, Beyrouth y participe, devient une sorte de personnage avec lequel le lecteur interagit. Pourquoi avez-vous choisi d’aborder la ville comme une entité vivante ?

Beyrouth est une ville expressive. Elle a une odeur, elle transpire, elle est bruyante, mouvante, un peu névrosée, très complexe. Elle a des sautes d’humeur et un caractère bien trempé. C’est un personnage avec lequel j’ai un rapport qui n’est pas du tout rationnel mais très sentimental. Je l’ai donc abordée comme je l’aurais fait pour une personne que j’aime vraiment avec une affection lucide et sincère. C’est un beau personnage de roman, sa mélancolie au cœur du chaos est très inspirante.

- Si vous deviez présenter Palace Café en une phrase, que diriez-vous ?

L’histoire de deux frères défile dans un travelling sur Beyrouth embrumée par les mystères du passé, par la mélancolie du présent. 


- Racontez-nous votre historique avec le Liban ; qu’est-ce qui vous a conduit à y situer votre premier roman ?

En 2002 mon mari a été muté au Liban, nous avons donc quitté la France et nous nous sommes installés à Beyrouth avec nos deux petites filles. Nous habitions à Achrafieh dans un nid suspendu au-dessus du jardin de Sioufi. J’ai découvert Beyrouth à pied, j’ai beaucoup marché. On ne peut aimer Beyrouth qu’à pied. En voiture, la ville est improbable et grossière mais si on lui accorde du temps, du souffle et de l’attention, elle est bouleversante. Ma promenade dans Beyrouth a pris fin en 2006 suite à la guerre avec Israël. Je n’ai pas oublié le jour où j’ai quitté le Liban. Un matin, dans un taxi qui nous menait à l’aéroport, je regardais la ville défiler par la fenêtre. Je me souviens très bien du regard que j’ai posé sur elle à ce moment-là… En écrivant Palace Café, j’ai refait la route en arrière et je suis rentrée à Beyrouth. C’est une chance d’aimer écrire… Avec les mots tous les retours, tous les voyages sont possibles.

- Comment avez-vous vécu cette première aventure d’écriture romanesque ? Comptez-vous la renouveler ?

Écrire c’est un peu comme pratiquer la méditation : on est à la fois totalement absent du réel mais en pleine conscience. C’est une activité qu’il est difficile de concilier avec un travail et trois enfants parce que cela demande beaucoup de temps et un total abandon de l’esprit. Mais lorsqu’on y parvient, c’est un plaisir précieux. J’ai deux nouveaux projets d’écriture : un roman écrit il y a quelques années que je souhaiterais remanier et une toute nouvelle histoire dont j’ai écrit une cinquantaine de pages et qui me tient beaucoup à cœur.

- Votre parcours dans le domaine du journalisme vous sert ou vous dessert-il dans l’écriture romanesque ?

Pour moi, l’écriture journalistique et l’écriture romanesque sont complémentaires. J’utilise l’écriture romanesque pour aller chercher l’émotion et j’utilise l’écriture journalistique pour corriger les débordements, les verbiages inutiles.

- Quel goût vous a laissé Beyrouth ?

Celui du citron doux, laymoun helo. C’est un fruit que l’on trouve au Liban : plus sucré que le citron, plus acide que l’orange. Beyrouth est ainsi : pas vraiment ceci, pas vraiment cela, à mi-chemin entre un mélange de tout et de son contraire, sans identité propre et tant à la fois ; un goût unique, surprenant.

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