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Quatre grands écrivains coréens contemporains à découvrir

So-i Lim By So-i Lim Published on November 29, 2017
This article was updated on December 5, 2017

En Corée, la nouvelle et la poésie sont des genres aussi populaires que le roman. Il n’est pas rare de voir un recueil de nouvelles ou de poèmes sur la liste des meilleures ventes. Le plus souvent, les auteurs coréens débutent leur carrière d’écrivain en publiant une nouvelle ou plusieurs poèmes qui remportent l’un des concours organisés par la presse ou des maisons d’édition. Toujours est-il que la plupart des écrivains coréens se consacrent davantage à l’écriture de nouvelles plutôt qu’à celle de romans, ce qui explique en partie la rareté de la production littéraire dans des genres tels que le polar ou la science-fiction. On comprend ainsi pourquoi ils soient si peu connus en France, où l’on préfère traduire des romans.

Parmi les auteurs traduits en français, j’ai sélectionné quatre grands auteurs pour vous faire découvrir les différentes saveurs de la littérature coréenne.

Ko Un, le poète chaman

Auteur de plus de 150 ouvrages (tout genre confondu), Ko Un, né en 1933, est considéré aujourd’hui comme le plus grand poète coréen. Il a gagné une reconnaissance internationale dont témoigne son invitation au Sommet du Millénaire des Nations Unies en août 2000.

Poète chaman, il a sillonné tout le continent du chamanisme, de l’Asie centrale à la Sibérie et de la Mongolie à la Corée, et a ainsi dessiné un portrait marqué par l’errance, l’humilité d’une vie simple au service d’une poésie oraculaire qui cherche l’illumination dans le zen et l’alcool. Ancien moine bouddhiste, poète militant, Ko Un connaît une vie aussi tumultueuse que le destin de la Corée, et toutes ses œuvres sont le fruit de ce vécu plein de péripéties et de vicissitudes. Autrement dit, sa vie n’est autre que la poésie elle-même.

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Tous ses poèmes sont fortement inspirés du bouddhisme et s'inscrivent dans l'histoire de la Corée et du monde. Mais comparés à l’abondance de sa création, ses livres traduits en France ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan.

Découvrez son univers poétique original, singulier et unique en son genre en commençant par Qu’est-ce ?, un recueil rassemblant 84 courts poèmes zen ; Ko Un y parle du monde dans sa simplicité, sa profondeur et sa beauté, et décrit des instants vécus de la vie quotidienne, comme le résume son éditeur : 

« Le poète fait ici dialoguer la Chine ancienne et la Corée contemporaine en proposant de petits paradoxes énigmatiques pour dévoiler la vraie réalité en questionnant les apparences qui nous environnent. Ainsi le détail insignifiant renvoie à un ordre cosmique et permet de découvrir le sens profond de l'expérience futile. »

Lisez également La Première personne est triste où sont réunis des poèmes que le poète a sélectionnés parmi ceux qu’il a écrits après l’an 2000. Ce recueil, qui propose une poésie plus intimiste et démultiplie l’identité et la mémoire du poète, est un bon moyen de le découvrir mieux et d’accéder à son univers.

Hwang Sok-yong, l'écrivain engagé

Hwang Sok-yong (né en 1943) est sûrement l’un des écrivains coréens les plus lus dans son pays et les mieux connus à l’étranger. Écrivain engagé, il a combattu contre la dictature, pour la démocratie, et milite constamment pour la liberté d’expression et la liberté tout court ; son engagement lui a valu l’exil et la prison. Sa vie pleine de péripéties, au cours de laquelle il s’est intéressé à de nombreux sujets comme les relations avec la Corée du Nord, la situation politique et sociale de son pays et les conditions de vie des travailleurs – des sujets qui lui tiennent particulièrement à cœur –, constituent les ingrédients essentiels de son œuvre littéraire qu’il mêle avec talent à l’imaginaire culturel coréen. Je vous recommande notamment deux romans pour découvrir la plume puissante de ce romancier hors norme.

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Avec Shim Chong, fille vendue, il signe un roman épique et bouleversant. Dans un petit village de Corée, Shim Chong, quinze ans, va quitter la maison familiale et faire commerce de son corps pour survivre. À mesure qu'elle se forme au plaisir des hommes, son corps devient un instrument de pouvoir, et elle prend conscience du sort de toutes les filles vendues. Femme fière, insoumise et courageuse, elle saura gravir les échelons de la société grâce à sa beauté et à sa persévérance. Prenant comme décor la Corée et l’Asie en pleine ébullition de la fin du XIXème siècle, Hwang Sok-yong nous livre un roman érotique, inspiré d’un conte populaire coréen, parfois politique.

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Princesse Bari est aussi un récit inspiré d’une légende coréenne que Hwang transpose pour mettre en scène les épreuves du présent, celles de l’immigration, des confrontations culturelles et religieuses, de la misère et de l’exploitation. La jeune héroïne Bari, née en Corée du Nord, fuit le pays et se réfugie en Chine. Puis au terme de multiples péripéties, elle se retrouve dans un Londres clandestin où se côtoient toutes les langues et religions. Dans cette grande ville hostile, Bari travaille comme masseuse, mais elle ne soigne pas seulement les corps, elle console aussi les âmes grâce aux dons de voyance qu’elle a hérités de sa grand-mère, lui permettant de voyager dans les rêves et de lire les cauchemars dont souffrent les autres. C’est aussi grâce à ce don que cette jeune fille frêle mais courageuse tente d’affronter seule les terribles épreuves qui ponctuent son chemin… Ce roman aux multiples rebondissements dépeint avec beaucoup de réalisme les conditions désastreuses des réfugiés et des immigrants au XXIème siècle.

Yi Mun-yol, le conteur

Yi Mun-yol (né en 1948) n’est pas un écrivain qu’on qualifierait de «militant ou engagé » comme Ko et Hwang, mais ses œuvres sont elles aussi fortement marquées par l’histoire de la Corée. Fin observateur des mœurs de ses contemporains, il a toujours défendu les libertés. Ses récits qui tournent souvent autour des interrogations existentielles sont très réalistes et parfois autobiographiques. Il excelle aussi bien dans le roman-fleuve que dans les nouvelles et les romans courts ; la beauté de ses textes et son talent de conteur font de lui un des romanciers les plus populaires dans son pays et lui valent une renommée internationale. En France, il a publié plusieurs romans et recueils de nouvelles chez Actes Sud.

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Dans son roman Le Poète, l’auteur retrace, sous forme de biographie fictive, la vie du célèbre poète coréen Kim Sakkat, fils d’une famille brutalement déchue de son rang : le grand-père du héros est exécuté pour crime de haute trahison. Le récit se déroule vers la fin de la dynastie Joseon. Dégoûté d'être privé d'une vie dorée, dès son jeune âge, Kim va faire preuve d’acharnement pour rendre à sa famille l’honneur perdu, grâce à la force talentueuse de sa poésie. Hélas, ce qui l’attend n’est qu’un chemin de souffrance et d’errance, il n’a aucune chance de s’élever socialement. Le seul salut qu’il pourra trouver sera la communion parfaite de sa poésie avec la nature. 

L’histoire de ce héros se superpose en partie à celle de Yi Mun-yol dans le sens où tous les deux sont rejetés à cause des actes de leurs aïeux, Yi ayant aussi été considéré comme « fils de traître » et subi l’ostracisme de ses compatriotes pour avoir un père qui a rejoint le Nord communiste. Mais contrairement à son héros, Yi réussit à être reconnu et libéré par sa littérature. C’est un roman fascinant et instructif qui permet de comprendre la société coréenne d’une époque profondément ancrée dans le confucianisme.

Yi Chong-jun ou le fantôme de la culpabilité

Yi Chong-jun (1939-2008) est sans aucun doute une des grandes figures de la littérature coréenne contemporaine. Auteur de plus de 100 nouvelles et de 13 romans, il aborde des sujets très variés, aussi bien politiques qu’existentiels et métaphysiques. Ses nouvelles traitent souvent de la liberté d’expression réprimée dans l'atmosphère idéologique de la société coréenne, de la tyrannie des systèmes politiques sur la langue, qui va jusqu'à s'intérioriser dans les psychés individuelles, ou encore le rôle de l’art en mettant en scène des artisans qui se dédient corps et âme à leur métier, au détriment des formes de bonheur «conventionnelles ».

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Si Yi Chong-jun, issu d’une famille pauvre, est devenu écrivain, c’est certainement grâce à sa mère qui, se sacrifiant pour qu’il s’instruise, l’a précocement placé face aux exigences de l’avenir. Sans doute grevé d’une dette morale envers sa mère et hanté par la figure maternelle douloureuse ou amère, absente ou inconsolable, l’auteur transcrit sa culpabilité dans ses récits.

Son recueil de nouvelles, L’Azalée blanche, paru en 2014 chez Actes Sud, en est un bon exemple. Ce livre qui réunit neuf nouvelles est consacré en grande partie à la mère de l'auteur, une vieille femme inculte, figée dans ses certitudes de paysanne, veuve, mais qui trouve quelque part la force de se séparer de son fils pour l'envoyer à la ville faire des études.

Dans les autres nouvelles, on reconnaît aussi l’écriture très particulière de cet écrivain qui suit les méandres de la conscience, la résurgence des souvenirs et la résistance que leur oppose l’obstination de ne pas rouvrir les cicatrices. Parmi ces textes, on notera particulièrement Miryang, histoire d’insectes, porté à l’écran en 2007 par Lee Chang-dong sous le titre Secret Sunshine

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Née en Corée du sud, Yeong-hee Lim vit en France depuis 1988. Elle est auteure, traductrice et éditrice. Elle a écrit plusieurs albums pour enfants dont la série Jinju, un livre bilingue ... Show More

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