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Positive Beyrouth

Tamyras Éditions By Tamyras Éditions Published on March 11, 2016

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Au salon du livre francophone de Beyrouth, le vendredi 30 octobre, les Éditions Tamyras ont proposé au public une conférence intitulée « Positive Beyrouth ». Sous la modération de la fondatrice de Tamyras Tania Hadjithomas Mehanna, l’ancien ministre de la Culture Tarek Miri, le maître d’œuvre de Beit Beirut Youssef Haidar, l’architecte et journaliste Joanne Farchakh Bajjaly, l’artiste Carla Sayad et Myriam Jamous, ont pu parler d’initiatives qui redonnent ses lettres de noblesse au Beyrouth d’aujourd’hui.

« Beyrouth est de toutes les histoires, note Tania Hadjithomas Mehanna en introduction, en citant tous les noms donnés, de Beroe à Barum, à celle qui serait, selon les auteurs anciens, la plus vieille cité de la côte levantine avec Byblos. Soumise aux fluctuations de l’histoire, Beyrouth avance pourtant avec détermination, telle une barque phénicienne vers un destin d’exception. » « Liberté », « traditions », « Hommes d’exception », « rage de vivre », autant de termes capables aujourd’hui de définir Beyrouth, malmenée entre les images que l’on se fait, ce en quoi on veut la tourner, alors qu’elle représente « une identité qui défie toute logique ». « Ce soir, je veux juste qu’on se réapproprie Beyrouth, ajoute l’éditrice. Qu’on lui donne beaucoup d’amour. » Et cela passe par l’hommage aux acteurs d’une société civile que jamais rien n’abat, malgré « une impression constante de faire le grand écart entre le courage, l’énergie et l’intelligence de la société civile et cette politique de l’absurde qu’on nous inflige ».

Ainsi, Tarek Mitri a pu présenter le Musée Sursock, qui a rouvert récemment : « Beyrouth est une ville résiliente mais aussi fragile, et fragilisée. Les gens se battent pour des projets et des idées et ils y arrivent, surtout en culture, poussant le Liban vers une meilleure vie. Certains sont nostalgiques du Beyrouth des années 60, mais d’autres veulent le réinventer ! Le Musée Sursock a été pensé dans cette logique, on n’a pas voulu rendre le Palais que les Beyrouthins connaissaient mais en faire quelque chose de nouveau. » Ainsi, 8000 m² peuvent accueillir 4 expositions simultanées et des séries d’activités gratuites pour engager le public. Une belle preuve qu’avec une équipe suffisamment motivée, tout est possible, même si les institutions publiques libanaises sont dysfonctionnelles : « Dans la société, il y a suffisamment d’énergie pour pouvoir créer. »

Dans le cas de Beit Beirut, témoin de plusieurs époques, il s’agit d’une initiative civile, la protection de l’immeuble Barakat par des activistes du patrimoine, devenue un projet de la Municipalité de Beyrouth, après l’expropriation du bâtiment. Le maître d’œuvre et conservateur des lieux, Youssef Haidar, a d’ailleurs tenu à souligner que l’agencement du projet s’est réalisé en accord avec les citoyens, notamment au travers de tables rondes, concertations et conférences. « Il s’agit d’une demande civile d’avoir un lieu de mémoire, explique-t-il. Ici, l’amnistie générale a mené à une amnésie générale ! Et, enfin, l’argent du citoyen va permettre de créer des lieux ouverts à la culture, à la recherche et à l’innovation, au travers des axes de la mémoire, de l’Histoire, de l’art et de l’urbanisme, ouverts à tous dès mi-2016. »

Au niveau associatif, Joanne Farchakh Bajjaly, fondatrice de l’ONG Biladi à destination des jeunes, s’attache depuis 10 ans à promouvoir le patrimoine, archéologique, urbaniste et naturel, auprès d’eux. « Nous avons développé nos propres outils pédagogiques car nous n’avions accès qu’à un matériel occidental éloigné de la réalité libanaise, détaille-t-elle. Nous faisons des visites du Musée, décrivons l’Histoire des objets jusqu’à ce que les écoliers arrivent à se les approprier, et leur expliquons le rôle du Musée national pendant la guerre. L’idée est que la guerre est possible à dépasser. Enfin, nous les amenons dans les vieilles ruelles de Beyrouth, où ils peuvent découvrir un patrimoine connu par leurs parents seulement. » Au travers d’ateliers d’art et de costumes, les enfants peuvent ainsi se construire une image positive de leur pays et garder un lien émotionnel avec celui-ci. « On a toujours le sentiment que les choses ne nous appartiennent pas, ajoute Tania Hadjithomas Mehanna. Surtout notre ville ! »

C’est peut-être pour ça que l’ouvrage In Beyrouth de Carla Sayad surprend autant les lecteurs, qui semblent découvrir pour la première fois leur ville. Un sentiment partagé par l’auteure : « C’est un carnet de voyage d’un an dans Beyrouth. J’ai commencé devant chez moi puis j’ai tourné dans les quartiers que je connaissais, c’était facile. Puis j’ai découvert des merveilles dans des quartiers où je n’avais jamais été ! Des ruines, des palais, j’ai été parfois chassée mais je revenais toujours car ces lieux m’appartiennent aussi, des fois j’étais seule, ou avec des amis, des fois je devais demander une autorisation de l’État pour peindre. Mais j’ai surtout ressenti de la honte face à mon ignorance de ces endroits. » Un autre aspect de son travail a été humain, avec la rencontre d’habitants chaleureux, ou de gardiens de maisons abandonnées, capables de raconter toutes les histoires du lieu. « Mais ce patrimoine est dévoré par des monstres, ajoute l’artiste. Ces vieilles maisons n’existent presque plus. J’espère que ce Beyrouth ne mourra pas. »

Enfin, Beyrouth, c’est aussi parfois une histoire de famille, de jeunesse, racontée pudiquement, tel le roman C’est ici ou la mer d’Albert Jamous, décédé avant la publication et donc représenté par sa fille Myriam, pour la première fois à Beyrouth. « Dans le livre de mon père, on voit des communautés heureuses, en bonne entente, on sent la douceur et la joie de vivre de la ville, raconte-t-elle. Venir de Paris jusqu’ici est un mini-choc, mais je sens cette douceur de vivre, je commence une nouvelle histoire ici. » Sa visite pousse beaucoup de personnes à venir lui parler des jours anciens, avec nostalgie et douleur, ce qui l’amène à voir le passé de son père d’un œil différent : « Mon père tait très pudique, et il parlait peu de cette période, au final douloureuse. Mais il s’entêtait à retrouver le Liban partout, surtout sous le soleil réunionnais ! Personnellement, j’ai eu un coup de foudre pour Beyrouth et je compte bien amener des gens en vacances ici. »

Florence Massena

Issues des valeurs de cette Méditerranée si riche, Tamyras Éditions vous offrent à découvrir les auteurs et les idées de ce côté-ci du monde. Francophonie, diversité, partage, transmission, ... Show More

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