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Pierre Astier : « Asli Erdogan est devenue la figure emblématique des purges en Turquie »

Emprisonnée depuis le 16 août dans le cadre de la vaste purge menée par le gouvernement turc, la romancière Asli Erdogan continue de mobiliser ses éditeurs internationaux, comme l’explique son agent littéraire, Pierre Astier. 


170 médias et une trentaine de maisons d’éditions fermés, près de 50 000 personnes arrêtées… Près de quatre mois après la tentative de coup d’Etat manqué, la Turquie s’enfonce dans la répression. Emprisonnée depuis le 16 août dernier dans la prison pour femmes de Bakirköy, la romancière Asli Erdogan, accusée de terrorisme pour avoir écrit dans un journal pro-kurde, est devenue une figure emblématique de la purge menée par le gouvernement Erdogan. Alors que des procureurs turcs demandent une peine de prison à perpétuité, son agent littéraire depuis sept ans, Pierre Astier, revient sur cet emprisonnement et sur la mobilisation qu’il suscite.


Ou en est-la situation actuellement ? 


Pierre Astier : Les procureurs ont requis la prison à perpétuité pour Asli et le tribunal a jusqu’au 25 novembre pour accepter ou rejeter cette demande. En attendant, elle est toujours dans la même cellule à la prison pour femmes de Bakirköy. Son état personnel n’est pas rassurant, elle se plaint des conditions d’incarcération et n’est pas en bonne santé.


Il faut lui reconnaître un énorme courage, transmettant messages et lettres à des visiteurs, parlant de procès kafkaïen et appelant le monde à ouvrir les yeux sur le régime totalitaire qui s’étend aux portes de l’Europe (Voir encadré). Même en prison, elle continue son combat, continue à prendre des risques. 


Que peut-on espérer à court terme ? 


PA : D’après notre principal contact sur place, l’un des avocats d’Asli, l’avenir ne peut pas être plus incertain et on ne peut jamais savoir ce qu’il va advenir : libération ou emprisonnement. Nous restons très prudent dans nos contacts, les courriers étant interceptés et les conversations téléphoniques surveillées. 


Entre pétitions et nombreux soutiens politique et institutionnels, Asli Erdogan est-elle devenue l’incarnation de la résistance en Turquie ? 


PA : Fruit de l’engagement de ses éditeurs, au premier rang desquels Actes Sud, la mobilisation à l’internationale est énorme, et a fait d’Asli la personnalité emblématique des purges, éclipsant presque les nombreux autres journalistes ou écrivains également détenus. Rien que ces derniers jours, l’Union internationale des éditeurs (UIE), le Syndicat national de l’édition (SNE) où encore le ministère de la Culture se sont encore exprimés sur ces atteintes à la liberté d’expression et aux droits de l’homme en Turquie. Les auteurs jetés en prison n’ont pas grand chose à se reprocher sinon d’avoir une parole libre. 


Ses éditeurs internationaux se disent prêt à publier un recueil d’articles. Ou en-est le projet ? 


PA : Le projet à commencé à la fin du mois de septembre, suite à une demande d’Asli depuis sa cellule. Le directeur de collection d’Actes Sud s’est alors rendu sur place et à commencer une sélection d’article, avant que les avocats ne s’y opposent car cette publication leur semblaient trop dangereuse. 


Depuis, toujours sous l’impulsion d’Actes Sud et car Asli nous a demandé de vendre les droits de ce livre partout dans le monde, le projet a repris et nous avançons, dans la difficulté. Le recueil devrait ainsi être publié au mois de janvier, d’abord chez Actes Sud, puis partout en Europe. Nous réfléchissons à une couverture commune pour tous les éditeurs, voir à un avant-propos commun, peut-être par le président du PEN international. C’est en tout cas dans des circonstances aussi dramatiques que les rôles d’éditeur et d’agent littéraire prennent tout leur sens. 



Bibliographie en français: 


  • La Ville dont la cape est rouge (Actes Sud, 2003) 
  • Le Mandarin miraculeux (Actes Sud, 2006) 
  • Les Oiseaux de bois (Actes Sud, 2009) 
  • Le Bâtiment de pierre(Actes Sud, 2013) 
  • A paraître en janvier 2017, recueil d’articles : Désormais le silence ne t’appartient plus (Actes Sud) 



L'appel d'Asli Erdogan en date du 3 novembre 2016



Chèr(e)s ami(e)s, collègues, journalistes et membres de la presse,
Je vous écris cette lettre depuis la prison de Bakırköy, au lendemain de l’opération policière à l’encontre du journal Cumhuriyet, un des journaux les plus anciens du pays, voix des sociaux-démocrates. Actuellement, plus de dix journalistes et collaborateurs de ce journal sont en garde à vue. Quatre personnes, dont Can Dündar, ancien rédacteur en chef, sont recherchées par la police. Même moi, je suis sous le choc.
Ceci démontre clairement que la Turquie a décidé de ne respecter aucune de ses lois, ni le droit. En ce moment, plus de 130 journalistes sont en prison. C’est un record mondial. En deux mois, 170 journaux, magazines, radios et télés ont été fermés. Notre gouvernement actuel veut monopoliser la “vérité” et la “réalité”, et toute opinion un tant soit peu différente de celle du pouvoir est réprimée avec violence : la violence policière, des jours et des nuits de garde à vue (jusqu’à 30 jours)…
Moi, j’ai été arrêtée seulement parce que j’étais une des conseillères d’Özgür Gündem, “journal kurde”. Bien que les conseillères n’aient aucune responsabilité sur le journal, selon l’article n°11 de la loi de la presse qui le notifie clairement, je n’ai pas encore été emmenée devant un tribunal qui a écouté mon histoire.
Dans ce procès kafkaïen, Necmiye Alpay, scientifique linguiste de 70 ans, est également arrêtée avec moi, et jugée pour terrorisme. Cette lettre est un appel d’urgence ! La situation est très grave, terrifiante et extrêmement inquiétante.
Je suis convaincue que le régime totalitaire en Turquie s’étendra inévitablement, également sur toute l’Europe. L’Europe est actuellement focalisée sur la “crise de réfugiés” et semble ne pas se rendre compte des dangers de la disparition de la démocratie en Turquie. Actuellement, nous – auteur(e)s, journalistes, Kurdes, Alévi(e)s, et bien sûr femmes - payons le prix lourd de la “crise de démocratie”.
L’Europe doit prendre ses responsabilités, en revenant vers les valeurs qu’elle avait définies, après des siècles de sang versé, et qui font que "l’Europe est l’Europe” : La démocratie, les droits humains, la liberté d’opinion et d’expression…
Nous avons besoin de votre soutien et de solidarité. Nous vous remercions pour tout ce que vous avez fait pour nous, jusqu’à maintenant.

Aslı Erdoğan

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