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Pièce de théâtre : "Cassandre", Friedrich Schiller (1802). Traduit de l'allemand par M.X Marmier.

Coralie Marly By Coralie Marly Published on July 26, 2017

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This article was updated on July 26, 2017


Passionnée par le mythe de Cassandre, j'ai découvert ce magnifique poème en prose en 2012, lors d'une avide recherche de textes consacrés à la devineresse (ne serait-ce qu'une seule apparition ou évocation de son nom...).

Pendant l'écriture de la mise en scène, j'ai soudainement réalisé l'incroyable parallèle inconscient entre celle-ci et notre monde actuel : la Cassandre des temps archaïques et la "flapper" du début du XXe siècle ont la prescience angoissante qu'un cycle se termine, à l'image de cette lycéenne que l'on côtoie tous les jours.

Évoquons les Dieux pour que le glaive suspendu au-dessus de nos têtes ne nous frappe jamais...




Trois actrices, trois Cassandre. La première est vêtue d’une longue robe blanche et porte une couronne de fleurs sur la tête. La seconde, est vêtue à la mode des années Folles, et la troisième, l’air juvénile, a le style d’une ado de notre époque, avec un cartable ou un sac de cours sur le dos.

Un tapis d'herbe synthétique recouvre la scène.

Chacune leur tour, une par une, elles interprètent les mots de l’auteur, pendant que les autres sont sur scène, sans bouger.


Voix (masculine ou féminine) : La joie régnait dans le palais de Troie avant la chute des hauts remparts de cette ville. On entendait résonner les chants de triomphe et les cordes des lyres d'or. (Musique : jusqu’à la seconde 35. https://www.youtube.com/watch?v=5sZMUReQqxs )Tous les bras se reposaient d'un douloureux combat, car le fils de Pélée demandait en mariage la fille de Priam.

Des groupes parés de laurier s'en vont solennellement vers la demeure des Dieux, vers l'autel d'Apollon. (Musique : la première minute https://www.youtube.com/watch?v=6yhmYbuIEPM) Dans les rues règne une folle joie : un seul être reste livré à sa douleur.

Seule et farouche, privée de toute joie, au milieu de la joie générale, Cassandre erre à l'écart dans le bois de laurier consacré à Apollon. Elle se retire au fond de la forêt et jette sur le sol son bandeau de prêtresse.

C. ANTIQUE « Tout est livré à la joie, dit-elle, tous les cœurs sont heureux, les vieux parents espèrent et ma sœur a revêtu sa parure. Moi seule je suis solitaire et triste ; car les doux pressentiments s'éloignent de moi, et je vois s'approcher de ces murs les ailes du malheur. 

C. ANNEES FOLLES « Je vois un flambeau qui brille ; mais ce n'est pas celui de l'hymen* ; je vois une fumée qui monte vers les nuages, mais ce n'est pas celle des sacrifices ; je vois des fêtes qui se préparent, et dans mon esprit plein de craintes, j'entends le pas du Dieu qui jettera dans ces fêtes la douleur lamentable.

C. CONTEMPORAINE « Et ils se raillent de mes plaintes, et ils rient de mon anxiété. Il faut que je porte dans le désert mon cœur plein d'angoisses. Ceux-ci me repoussent, ceux-là se moquent de moi. Tu m'as imposé une lourde destinée, ô Apollon, Dieu sévère.

C.ANTIQUE « Pourquoi m'as-tu chargée de proclamer tes oracles avec une pensée clairvoyante dans une ville aveugle ? Pourquoi me fais-tu voir ce que je ne puis détourner de nous ? Le sort qui nous menace doit s'accomplir, le malheur que je redoute doit arriver.

 C. ANNEES FOLLES « Faut-il soulever le voile qui cache une catastrophe prochaine ? L'erreur seule est la vie ; le savoir est la mort. Reprends, oh ! Reprends le don de divination sinistre que tu m'as fait. Pour une mortelle, il est affreux d'être le vase de la vérité.

C. CONTEMPORAINE « Rends-moi mon aveuglement ; rends-moi le bonheur de l'ignorance. Je n'ai plus chanté avec joie, depuis que tu as parlé par ma bouche. Tu m'as donné l'avenir, mais tu m'enlèves le présent, tu m'enlèves la félicité de l'heure qui s'écoule. Oh ! Reprends ta faveur trompeuse. 

C.ANTIQUE « Je n'ai plus porté sur mon front la guirlande des fiancées, depuis que sur ton triste autel je me suis vouée à ton service. Ma jeunesse s'est passée dans les pleurs, je n'ai connu que la souffrance, et chaque malheur des miens a pénétré au fond de mon âme.

C. ANNEES FOLLES « J'assiste aux jeux de mes compagnes ; autour de moi, tout aime, tout éprouve les doux plaisirs de la jeunesse ; mon cœur seul est affligé. En vain, je vois renaître le printemps qui pare la terre. Peut-il se réjouir de la vie celui qui a pénétré dans ses profondeurs ?

C. CONTEMPORAINE « Heureuse est Polyxène, dans l'ivresse de son illusion, car elle espère épouser le meilleur des Grecs. Elle marche avec fierté, elle contient à peine son bonheur et, dans ses rêves, elle ne vous envie rien, Divinités du ciel.

C.ANTIQUE « Et moi aussi je l'ai vu, celui que l'âme de la jeune fille désire ; ses beaux yeux sont animés par le feu de l'amour ; je voudrais m'en aller avec cet époux dans la demeure de son père, mais les ombres noires du Styx s'étendent entre lui et moi.

C. ANNEES FOLLES « Proserpine m'envoie ses pâles fantômes ; partout où je vais, partout où je m'arrête, les esprits sinistres sont auprès de moi. Je vois leur sombre cohorte dans les joies de la jeunesse. Épouvantable aspect ! Jamais je ne retrouverai le repos.

C. CONTEMPORAINE « Je vois se lever le dard mortel et étinceler l'œil du meurtrier. Ni d'un côté ni de l'autre, je ne puis échapper à mon effroi, je ne puis détourner mes regards ; il faut qu'en la contemplant, en la connaissant, j'aille accomplir ma destinée sur une terre étrangère. »

Voix (masculine ou féminine) :Sa voix résonne encore, quand tout à coup une rumeur confuse se fait entendre à la porte du temple. Le fils de Thétis est mort ; la Discorde agite ses vipères, (Musique (à partir de 15 secondes) : https://www.youtube.com/watch?v=jPAM6-09lyg)

tous les Dieux s'enfuient, et les nuages de la tempête planent sur Ilion.

(Musique de bataille (à partir de 3’16 jusqu’à la fin) : https://www.youtube.com/watch?v=Eh51m6glEHo)

 

* En vieux français, l'hymen était synonyme de mariage.


Mise en scène : Coralie Marly Avril 2017

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