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Photo : portrait de l'Iran d'aujourd'hui

Sabyl Ghoussoub By Sabyl Ghoussoub Published on September 21, 2017

La Silk Road Gallery a ouvert ses portes à Téhéran en 2001. Une galerie spécialisée en photo. La photographie en Iran n’avait jusque là pas de valeur marchande. Aucun collectionneur n’en achetait.

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Pourtant l'histoire de la photo en Iran ne date pas du siècle dernier. Elle a été introduite au milieu du XIXème sous le règne de Nâssereddin Shâh. Mécène passionné par cette technologie, il a été le premier Iranien à avoir été photographié. Nadar lui-même a tiré un portrait du roi (ci-contre).

Dans les années 1960, la photographie iranienne commence à se distinguer avec un photographe comme Ahmad Aali et ses premiers essais de montage. Mais paradoxalement, c'est avec l'arrivée de Khomeini qu'elle prend son envol. De la révolution de 79 à la guerre Iran-Irak, les images des photographes iraniens s'exportent. D'abord dans les journaux puis, des années plus tard, dans des musées, des centres d'art.

La photographie documentaire est rejointe par la photographie dite artistique. Montage, mise en scène, c'est un exutoire, une fuite dans un pays longtemps isolé du reste du monde. De nombreuses femmes s'emparent de ce medium pour exprimer leurs frustrations, les hommes aussi.

Anahita Ghabaian Etehadieh, directrice de la Silk Road Gallery, rassemble ce beau monde. Elle n'est pas la seule mais son travail marque les esprits. Une esthétique se crée, les messages se font entendre et les frontières s'ouvrent peu à peu.

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La nécessité d’inscrire les images de façon plus durable qu'une exposition ou un catalogue s'est imposée à elle et son équipe. Deux ouvrages ont vu le jour : La Photographie iranienne et Iran, année 38. Nous en avons extrait dix images, commentées par Anahita Ghabaian Etehadieh.


1. La guerre et la vie

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Gohar Dashti, série « La Vie moderne et la guerre », 2008

« Cette série de la photographe Gohar Dashti interroge la guerre et son héritage, qui imprègnent tous les aspects de la société contemporaine iranienne. La composition joue systématiquement sur deux registres dissonants : une scène de la vie de tous 
les jours, intime, transplantée dans un contexte meurtri portant les stigmates du conflit. Aujourd’hui encore, près de trente ans après la fin des hostilités, les plaies demeurent ouvertes et continuent
 de transparaître dans le travail de photographes qui pour certains n’ont pas directement vécu les huit ans de guerre en l'Iran et l'Irak. »


2. Des portraits comme autrefois

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Mohsen Rastani, Souvenirs de guerre, 2008

« En s’inspirant des portraits anciens pris en 
studio sur fond blanc, Mohsen Rastani photographie des groupes de personnes issues de différentes classes sociales. Cette série enregistre les changements sociaux intervenus au sein de la société iranienne après la révolution islamique de 1979. »


3. Armée sur canapé

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Saba Alizadeh, série « La Lumière et la Terre », 2011

« Saba Alizadeh projette des images documentaires
 de soldats iraniens, prises pendant la guerre Iran-Irak, sur des meubles à l’intérieur des maisons : une armée rassemblée sur un canapé, le cadavre d’un soldat sur une couverture, des corps de soldats couchés...
 La confrontation donne un sens nouveau à la mémoire visuelle iranienne de la guerre et rappelle que chaque soldat – devenu malgré lui une icône, voire matière à propagande – avait une vie, des ambitions, des idées mais aussi une maison, un endroit sûr où vivre. »


4. Feu sur les étudiants

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Azadeh Akhlaghi, 16 azar 1332 (7 décembre 1953), 
2012

« Azadeh Akhlaghi reconstitue à travers ses images
 la mort tragique et brutale de certaines grandes 
figures de son pays. Des politiciens, des journalistes
 et des intellectuels ont milité et combattu le
 régime souvent au prix de leur vie – des épisodes 
fréquemment occultés par l’histoire officielle.
 Le 7 décembre 1953, la police du Shah a ouvert
 le feu dans l’enceinte de l’université de Téhéran, 
tuant trois étudiants et en blessant plusieurs autres. 
Les étudiants voulaient manifester contre la visite 
du vice-président américain, Richard Nixon,
 en Iran. Cette date est aujourd’hui commémorée 
par la Journée des étudiants. »


5. La gifle donnée à Balal 

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Arash Khamooshi, Série « Geste de pardon », 2014

« Depuis 2005,
 Arash Khamooshi couvre des sujets sociaux et culturels, des catastrophes naturelles
 et des événements sportifs. Il remporte le prix World Press Photo en 2015. Il se concentre aujourd’hui sur des projets de photographie documentaire portant sur des problématiques sociales iraniennes comme dans cette série, « Geste de pardon ».

En Iran, les pendaisons ont généralement lieu en
 place publique. La famille d’une victime de meurtre
 peut participer à la mise à mort en poussant la chaise 
sur laquelle se tient le condamné. Le 15 avril 2014,
 un jeune homme a désigné un certain Balal comme 
l’auteur de l’assassinat d’Abdollah Hosseinzadeh, qu’il 
aurait poignardé à mort au cours d’une bagarre de rue.
 Présente à la pendaison, la mère de Hosseinzadeh, 
au lieu de pousser la chaise, asséna une gifle à Balal,
 un geste de pardon symbolique qui selon la tradition
 met fin à l’exécution. Les parents de la victime aident
 à desserrer le nœud et des membres de la famille de 
Balal s’étreignent après l’annulation de son exécution.»


6. Le mollah de Kalisham

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Sina Shiri, Mollah, Kalisham, province du Gilan, 2015

« Ahad Mohammadi, religieux âgé de 34 ans,
vit à Qom, une ville au centre de l’Iran. Chaque année avec le début du ramadan (neuvième mois 
du calendrier islamique), il se rend dans un village du Nord de l’Iran appelé Kalisham pour encourager les gens à suivre les règles de l’islam.

Des bassidjis aux mollahs, Sina Shiri, photographe indépendant, s'intéresse à la vie quotidienne des Iraniens. À travers son travail, il participe au large mouvement de réappropriation de l’espace public par la jeunesse iranienne tandis que le système politique, par choix ou sous la contrainte, lâche progressivement du lest. Année après année, l’écart entre le licite et l’illicite s’amenuise. »


7. La femme du lac d'Ourmia

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Solmaz Daryani, série « Les Yeux de la Terre », 2015

« Solmaz Daryani, photographe autodidacte, mène des projets expérimentaux sur la religion grâce entre autres au Magnum Emergency Fund reçu en 2016 mais c'est avec avec les Yeux de la terre, projet de longue haleine traitant des problèmes environnementaux en Iran, qu'elle a obtenu une reconnaissance internationale.

De tous les défis que doit relever l’Iran, celui de l’environnement reste l’un des plus prégnants. 
La sécheresse, causée par la surexploitation des
 eaux fluviales, lacustres et souterraines, gagne tout
 le pays. La diminution des précipitations et la hausse des températures accentuent le phénomène tandis que déforestation et désertification prennent des proportions alarmantes. Ces bouleversements modifient à tout jamais le paysage des villes et des provinces. Brutaux et spectaculaires, ils font prendre conscience aux Iraniens de la gravité de la situation.

Ici, une femme nage dans un étang peu 
profond, en fait ce qu’il reste du lac d’Ourmia. Tous les
 étés, elle marche chaque jour près de trois kilomètres, 
de l’ancienne plage au lac, pour se baigner dans l’eau
 naturellement salée. »


8. Le silence de l'Achoura

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Ebrahim Noroozi, série « En deuil », 2015

« Doté d’une sensibilité à fleur de peau, Ebrahim Noroozi a réalisé des séries sur l’environnement, sur une femme et sa fille victimes d’une agression à l’acide du mari
 et père, ou encore sur des scènes de pendaison et autres sujets sociaux.

Dans la série « En deuil », il s'intéresse aux cérémonies de l’Achoura qui
 commémorent la mort de l’imam Hossein et de
 ses compagnons et particulièrement au rituel de Chehel-Menbar à 
Khorramabad (province du Lorestan) qui rend hommage 
à Zaynab, fille de Hossein qui s’est enfuie après le 
massacre des siens. À cette occasion, des femmes
 voilées se déplacent en silence de maison en maison
 et allument quarante bougies, en signe de deuil. »


9. Le brouillard de Tabriz

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Azin Haghighi, Sans titre, 2016

« Des villes importantes comme Téhéran, Tabriz et Ispahan suffoquent sous un brouillard jaunâtre la majeure partie de l’hiver, avec pour conséquences des fermetures d’écoles, des restrictions de circulation et des problèmes de santé publique.

Né à Tabriz, Azin Haghihi dresse un portrait de sa ville à travers cette photographie. Photographe indépendant depuis 2014, il a appris à utiliser l'appareil photo grâce à son père, lui-même photographe. »


10. Le passé retrouvé

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Kaveh Kazemi, Téhéran, 12 février 1979

« Une femme en tchador noir brandissant un HK G3 lève la main vers l’appareil photo en signe de défi. 
Elle fait partie des forces révolutionnaires qui occupent l’université de Téhéran dès le lendemain de la victoire de la révolution islamique menée par l’ayatollah Rouhollah Khomeini. La photographie documentaire iranienne, jusque-là cantonnée à de très rares sujets de société, s’empare de la révolution de 1979 pour documenter et raconter l’histoire en mouvement du pays. Une partie de ces images a été diffusée à l’époque, tandis que d’autres clichés se dévoilent seulement aujourd’hui
 sous forme de livres et d’expositions. »

D'une mère née au Liban et d'un père au Ghana, Sabyl a grandi à Paris sous la coupe d'une mama capverdienne. Photographe et chroniqueur, il a été entre 2011 et 2015 directeur du festival du film ... Show More