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Photo : l'art du portrait de Seydou Keïta et Malick Sidibé

Sabyl Ghoussoub By Sabyl Ghoussoub Published on August 31, 2017
This article was updated on November 13, 2017

« Si j'aime une photo, si elle me trouble, je m'y attarde. Qu'est-ce que je fais, pendant tout le temps que je reste là devant elle ? Je la regarde, je la scrute, comme si je voulais en savoir plus sur la chose ou la personne qu'elle représente », écrit Roland Barthes dans La Chambre claire, sa note sur la photographie.

Le fond d'écran de mon iPhone n'a pas changé depuis des mois. Je suis et reste obnubilé par cette photo prise par Malick Sidibé. Je la regarde, la scrute, cherche ce qui « dans cette photo fait tilt en moi », ce punctum si cher au philosophe français. Le punctum d'une photo, c’est « la piqûre, le petit trou, la petite tache, la petite coupure [...], c'est ce hasard qui, en elle, me point (mais aussi me meurtrit, me poigne) ».

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Seydou KeïtaSans titre, 1948-1954, Courtesy CAAC - The Pigozzi Collection

Invités par Tati en 1997 à installer une tente-studio devant le magasin de Barbès, les photographes maliens Seydou Keïta et Malick Sidibé ont depuis exposé dans tout Paris. De la galerie du jour à Magnin-A, aux fondations Cartier et Louis Vuitton, j'ai parcouru toutes leurs expositions. Mais leurs photos ne sont pas constamment montrées dans la capitale et je ressens parfois le besoin de les voir, les revoir et tourner autour. Mon compte en banque ne me permettant pas d'acquérir un de leurs tirages, je me suis rabattu sur les ouvrages qui leur ont été consacrés.

Difficile d'évoquer Seydou Keïta et Malick Sidibé sans penser à Bamako, la capitale du Mali. Accompagnées de la chanson Mouso Teke Soma Ye de Boubacar Traoré, les images de la ville filmées dans le documentaire du livre-DVD Malick Sidibé, le partage m'ont transportées. Une larme a même coulé sur mon visage. Qu'elles sont belles ces secondes où je trouve un instant cet ailleurs que je recherche constamment.

En noir et blanc, la ville est montrée. On reconnaît l'atmosphère des photographies de Malick Sidibé. Leur douceur, leur mélancolie et ces regards qu'il a captés pendant des années dans les rues de Bamako ou dans son studio.

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Malick Sidibé, Nuit de Noël, 1963, Courtesy Galerie MAGNIN-A

« En d'autres temps et d'autres lieux, on aurait pu écrire "endimanchés" à Bamako. Ici l'envie mord d'écrire "enmalickés" : on ne se rend pas dans l'antre du maître sans avoir revêtu ses plus beaux atouts. Bien sûr, parce que Malick sait capter et sublimer la beauté. »

Dans son introduction, Gaël Teicher décrit l'œuvre du photographe comme « l'album souvenir du paradis perdu, sans aucune nostalgie ». Le documentaire montre le studio, la famille, et l'homme Malick, ce conteur, « Malick-la-science, Malick-l'artisan, Malick-le-savoir-faire, Malick l'homme-portrait ».

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Malick Sidibé, Portrait de Mlle Kante Sira, 1965, Courtesy Galerie MAGNIN-A

« La tension monte d’un cran. Une grosse lampe s’allume et nous ne savons que faire. Moi, j’étais tendu et j’avais le visage crispé. Mon ami reste tout naturel, comme si ce n’était pas sa première photo. Seydou baisse la tête dans son appareil, il la relève un instant et me dit : "Regarde l’appareil et ne bouge plus." Mes yeux commencent à clignoter 
de tous les côtés. Seydou me voit, il me dit encore : "Regarde l’appareil et ne bouge plus l’œil." J’entends le son de l’appareil qui fait "clic clac".»

À l'âge de 14 ans, le réalisateur Souleymane Cissé était pris en photo par Seydou Keïta. « Dans les années 1950, il y avait trois photographes à Bamako : Seydou Keïta 
à Bamako Coura, Malick Sidibé à Bagadadji
 et Sakaly, un jeune Marocain, à Médina Coura. Notre préférence était Seydou Keïta pour 
les photos de studio, Malick pour les photos de surprise-parties et Sakaly pour les photos d’identité. »

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Seydou Keïta, Sans titre, 1956-1957, Courtesy CAAC - The Pigozzi Collection

Les entretiens, récits et analyses de la monographie Seydou Keïta, sortie en 2016 à l'occasion de l'exposition au Grand palais du photographe, sont autant de clés permettant de mieux comprendre son travail. Considéré comme l'un des plus grands photographes africains du XXe siècle par André Magnin, l'homme par qui tout est arrivé, Seydou Keïta a, entre 1948 et 1962, immortalisé presque toute la société urbaine de Bamako.

« Il n’a jamais eu 
de maître. Il ne connaissait rien
 de la photographie occidentale, n’avait jamais vu d’images, peut-être les cartes postales de François-Edmond Fortier ou de Pierre Garnier en vente dans son magasin, jamais vu d’expositions et encore moins 
de livres de photographies [...] Intuitivement, Seydou Keïta a inventé un art du portrait. »

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Seydou Keïta, Sans titre, 1956-1959, Courtesy CAAC - The Pigozzi Collection

Être pris en portrait aujourd'hui par ces maîtres est impossible. Décédés l'un et l'autre, trois solutions s'ouvrent à nous. La première, utiliser le studio Malick Sidibé comme la chanteuse Inna Modja afin de réaliser soi-même son propre clip en mettant en scène les femmes de sa famille. Seul hic, elle avait un piston, Malick était un ami de ses parents. La seconde, se rendre au Studio Photo de la Rue de la photographe malienne Fatoumata Diabaté, nostalgique des années 50-60, et passer devant son objectif. Enfin la troisième, se faire une raison et apprécier les images déjà existantes de Malick et Seydou. En feuilletant ces livres, j'opte pour la dernière.


© Seydou Keïta / SKPEAC (photos 1, 4, 5)

© Malick Sidibé (photos 2 et 3)

D'une mère née au Liban et d'un père au Ghana, Sabyl a grandi à Paris sous la coupe d'une mama capverdienne. Photographe et chroniqueur, il a été entre 2011 et 2015 directeur du festival du film ... Show More

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