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Petite histoire des revues littéraires américaines

Camille fait la VF By Camille fait la VF Published on March 1, 2017

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Il existe aujourd’hui une incroyable variété de revues littéraires, qu’elles soient imprimées ou publiées en ligne. La plupart du temps, elles ne durent pas très longtemps et rencontrent des difficultés pour payer leurs rédacteurs (quand elles les payent). Cependant, il n'en a pas toujours été ainsi. L'histoire de ces magazines littéraires est riche, singulière et étonnante.

Au sein des colonies du nouveau monde, les premières revues, tous sujets confondus, font leur apparition en 1741. Andrew Bradford, originaire de Philadelphie, crée son American Magazine trois jours seulement avant que Benjamin Franklin ne publie un titre concurrent, le General Magazine. De nombreuses revues similaires voient le jour, surtout des publications d'intérêt général ou des recueils, mais la plupart d'entre elles ne durent que l'espace de quelques numéros.

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The Columbian Magazine, fondé en 1786 et qui durera six ans, est le premier magazine à se spécialiser dans la fiction. Le roman anonyme Amelia or the Faithless Briton et The Foresters de Jeremy Belknap, tous deux candidats au titre de tout premier roman américain, sont publiés dans le magazine sous forme de feuilletons. Charles Brocken Brown, premier romancier professionnel du pays, fait également ses débuts dans cette revue.

Des colons opposés à la fiction

Sous l'ère coloniale, la plupart des plus grands magazines, y compris le Columbian, sont publiés depuis Philadelphie et proposent des articles liés à la politique, aux événements d'actualité, à la géographie, au droit, aux problématiques sociales... 

À l'époque, les États-Unis sont encore en train de se construire en tant que nation et les Américains sont alors un peuple pragmatique, moins intéressé par les arts que par les affaires administratives en lien avec l'aménagement de villes, la formation d'un gouvernement, la promulgation de lois et l'élaboration d'une Constitution. Certains colons, profondément calvinistes, s'opposent même à la fiction.

Autre magazine littéraire de cette époque : The American Museum, qui publie Le Sens commun de Thomas Paine, ainsi que des œuvres de Thomas Jefferson, James Madison, Benjamin Franklin, George Washington, Benjamin Rush et Philip Freneau. Charles Brocken Brown fonde lui aussi plusieurs revues, dont The Monthly MagazineThe American ReviewLiterary JournalThe Literary Magazine, et American Register

Ce n'est que quelques années plus tard que des titres plus identifiables voient le jour, comme The Yale Review (1918) et la North American Review (1815), souvent considérée - à tort - comme le premier magazine littéraire du pays (The Columbian Magazine est créé bien plus tôt, évidemment). La North American Review ne peut même pas être qualifiée de plus vieux magazine existant, puisqu'elle fut fermée entre 1940 et 1964. Le Poet Lore (1889) est, quant à elle, la première publication entièrement consacrée à la poésie.

L'ovni The Dial

La publication littéraire prend un nouveau tournant au milieu du siècle. Harper’s est fondé en 1850 et The Atlantic sept ans plus tard. Tous deux donnent la priorité à la littérature, malgré une inclination pour la culture et la politique. 

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Le périodique le plus remarquable, étrange et passionnant de ce siècle, lors de cette troisième vague de création de magazines américains, est sans doute The Dial, lancé en 1840 par les membres du mouvement transcendantaliste de Boston. Ralph Waldo Emerson et Margaret Fuller, ses premiers éditeurs, publient une littérature influencée par les principes théologiques, philosophiques et esthétiques du transcendantalisme, un système de croyance inspiré de la spiritualité orientale et de l'individualisme occidental. 

La revue, fermée en 1844, est relancée quelques décennies plus tard sous la forme d'un magazine politique puis, en 1920, The Dial devient le défenseur de la littérature moderniste. Il est un précurseur des « petits magazines » (éditeurs d'œuvres d'avant-garde, non commerciales et à la marge) qui ont essaimé par la suite dans les années 1950-60.

Ulysse en feuilleton

Le magazine Poetry entre dans la danse en 1912 avec la publication de la première œuvre de T.S. Eliot, La Chanson d'amour de J. Alfred Prufrock

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D'autres titres prestigieux et innovants font leur apparition, comme The Sewanee Review, The Kenyon Review, The Southern Review, The Virginia Quarterly Review, Prairie Schooner, Modern Quarterly et Partisan Review. 

The Little Review publie Ulysse de James Joyce sous forme de feuilleton, avant d'être interdit par les tribunaux fédéraux et de faire faillite. 

Merlin et Transition sont deux petites revues américaines d'avant-garde basées à Paris. Finnegans Wake est publié en feuilleton dans Transition, un choix assez audacieux, puisque même les plus fervents partisans de Joyce doutaient alors de la valeur du roman... Quant à la revue Merlin, elle soutient André Breton et le surréalisme.

Le roman policier made in USA

Mais le magazine le plus fascinant et influent de l'époque est peut-être Black Mask, fondé par H.L. Mencken et George Jean Nathan en 1920. Ce titre a joué un grand tôle dans la naissance et le développement du genre policier réaliste, l'une des formes artistiques les plus durables, éminentes, originales et pourtant sous-estimées de la culture américaine. 

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Au début, Black Mask n'était pas destiné à se spécialiser dans le roman policier, mais (presque) tous les plus grands écrivains du genre ont publié dans le magazine, de Raymond Chandler à Dashiell Hammett, en passant par John D. MacDonald, Erle Stanley Gardner et, beaucoup plus tard, James Ellroy. Du côté des femmes, on compte Dorothy Dunn, Sally Dixon Wright et Marion O'Hearn. 

Black Mask ne se contente pas d'aider les États-Unis à créer leur propre forme de roman policier en le libérant de ses racines anglaises trop policées ; le magazine contribue également à cultiver l'équivalent cinématographique du polar réaliste, le film noir.

Papier glacé

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En 1931, la revue Story est lancée en Autriche, à Vienne, par Martha Foley et son mari Whit Burnett. Ils déménagent ensuite à New York et publient des nouvelles de Norman Mailer, Truman Capote, John Knowles, John Cheever, Carson McCullers, Tennessee Williams, Richard Wright, Joyce Carol Oates et Carol Shields. Whit Burnett est alors également le mentor de J.D. Salinger et Charles Bukowski et publie leurs premières nouvelles. 

Au cours de cette période, sont également créés plusieurs magazines imprimés sur papier glacé, qui rencontrent un certain succès. Qu'ils soient généralistes ou consacrés à la culture, ils accordent une place importante à la fiction. The Saturday Evening PostCollier’sScribner’sThe New YorkerEsquire et McClure’s figurent parmi les grands titres de l'époque. 

Si, aujourd'hui, la fiction sérieuse est cantonnée dans des revues spécialisées lues par un tout petit nombre d'adeptes, ces magazines sur papier glacé pouvaient payer plusieurs milliers de dollars par récit, ce qui correspond à la rétribution actuelle des auteurs sur les marchés les mieux rémunérés. Dans les années 1940 et 50, ce revenu représentait une vraie somme : Salinger, Fitzgerald et d'autres ont réussi à s'enrichir grâce à leurs nouvelles.

Explosion de la presse underground

Tout au long des années 50 et 60, les petits magazines sont dominés par la contre-culture, les idéologies et les politiques radicales. Les beatniks et les hippies, par exemple, disposent de leurs propres titres. Los Angeles, New York, Detroit et San Francisco assistent à l'explosion de la presse underground. The Floating Bear, dirigé par les auteurs Diane di Prima et Amiri Baraka, est géré depuis l'arrière-boutique d'une librairie de Manhattan. Parmi les magazines de contre-culture, on compte également des titres comme The Outsider, C : A Journal of Poetry, Measure, The Wormwood Review, Laugh Literary et Man the Humping Guns.

On retrouve également à cette époque, des revues comme The Paris Review, fondée par trois Américains à Paris, et The Black Mountain Review en Caroline du Nord, créée par un groupe de poètes expérimentaux qui enseignaient au Black Mountain College.

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À bien des égards, les années 1960 ressemblent aux années 1780. De nouveaux magazines naissent tous les jours et ne durent que quelques mois ou quelques années. Ils bénéficient d'une nouvelle technologie, le miméographe, qui permet de produire rapidement et à domicile de nombreux exemplaires à moindres frais, sur des machines semi-portables. La qualité n'est pas forcément au rendez-vous (de nombreux magazines imprimés au miméographe présentent alors des taches d'encre et des bavures), mais n'importe qui peut désormais imprimer un magazine chez lui.

L'heure des fanzines numériques

Dès le milieu des années 1970, la presse underground commence à battre de l'aile. Cependant, les plus grandes revues actuelles sont fondées à cette époque, comme Agni, The Missouri Review, Ploughshares et The Iowa Review

Tout comme la révolution du miméographe des années 60, la technologie transforme radicalement les revues littéraires. Dès les années 1990, Internet voit la naissance d'une nouvelle génération de magazines en ligne. De nombreux auteurs et lecteurs rejettent d'abord les fanzines numériques car ils les considèrent comme intrinsèquement inférieurs aux « vrais » journaux papier, mais ce préjugé disparaît peu à peu. Parmi les plus grands magazines en ligne, on retrouve Painted Bride Quarterly, Failbetter, le McSweeney's Internet Tendency et Blackbird.

Malgré l'évolution des formats et des procédés industriels, le magazine littéraire reste assez proche de ce qu'il était autrefois. Ces revues sont conçues et créées par des passionnés : des éditeurs qui veulent promouvoir les meilleures œuvres et des écrivains qui souhaitent bénéficier d'un espace pour leur propre travail et celui d'autres auteurs. Et c'est très beau - même quand ce sont des échecs.


La version originale de cet article a été publiée en anglais par Andrew Madigan.

Camille traduit et adapte en français certains articles publiés dans d'autres langues sur Bookwitty.

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