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Patineuse, lesbienne et auteure de BD : rencontre avec Tillie Walden

Camille fait la VF By Camille fait la VF Published on January 4, 2018

Dans son album autobiographique, Spinning, Tillie Walden raconte son enfance passée sur des patins. Tous les matins, elle se levait aux aurores pour s’entraîner et passait ses après-midis et ses soirées sur la glace. Les week-ends, elle enchaînait les spectacles et les compétitions. Sa vie entière tournait exclusivement autour du sport.

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Le fait est que Tillie n’est même pas sûre d’avoir aimé patiner. C’est juste une activité qu’elle a pratiquée toute sa vie. Cet album magnifiquement illustré raconte sa relation complexe au patinage. C’est aussi et surtout le récit du passage à l’âge adulte, de l’auteure prenant conscience de qui elle est vraiment – une jeune femme lesbienne – et prenant en main le cours de sa vie.

Tillie Walden nous a raconté la difficulté d’écrire et de dessiner Spinning, l’influence négative du patin à glace sur l’image du corps, et son prochain projet d’album. 

Il est clair que le patinage reste un sujet difficile pour vous. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’écrire sur cette période de votre vie ?

Quand j’étais à l’école (j’ai étudié au Center for Cartoon Studies), j’ai compris que j’avais des choses à régler avec le patinage. Et c’est un euphémisme. Jusque là, je faisais comme si je n’avais jamais patiné. J’avais carrément tout refoulé. Et puis j’ai atteint un stade où je ne voulais plus garder tout ça pour moi. J’ai écrit ce livre pour me soulager. 

J’aime beaucoup le recours au violet et au blanc comme seules couleurs de l’histoire, avec quelques taches ponctuelles de jaune. Pourquoi ce choix ? Qu'avez-vous voulu transmettre ?

Il se trouve que le justaucorps que je portais quand je patinais était violet et doré. Je réalise aujourd’hui que cela m’a beaucoup aidée à définir ma palette de couleurs. Mais je voulais aussi utiliser le jaune, comme une touche. Pour moi, il y a trop souvent une utilisation excessive de la couleur. Je crois que le pouvoir de la couleur se révèle souvent dans son absence. Le jaune apporte une touche émotionnelle supplémentaire.

Vous dites avoir eu des difficultés pour lire quand vous étiez enfant. Est-ce pour cette raison que vous vous êtes tournée vers la BD ?

Je crois, oui. Et puis j’ai un esprit très visuel. Les bandes dessinées me semblent toujours plus claires, et tellement plus intéressantes. J’ai en quelque sorte redécouvert le plaisir de lire de la prose depuis que je suis auteure de BD à temps plein, ce qui est assez drôle. 

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Spinning est un album très émouvant sur le passage à l’âge adulte, qui a pour cadre le patinage artistique (mais ce n’est pas un album sur le patinage artistique). Qu’avez ressenti en confrontant ces différentes émotions ?

C’était douloureux ! Je me suis parfois sentie submergée. Revenir sur son passé alors qu’on n’a pas encore atteint l’âge de tout comprendre est une épreuve difficile. Mais je crois que mes efforts m’ont permis de donner au livre une direction positive.

Combien de temps avez-vous mis pour finir l’album ? Certains passages ont-il été plus longs à réaliser que d’autres?

Pas si longtemps ! J’ai mis environ 3 mois pour écrire et faire le brouillon, puis 3 autres mois pour dessiner. Aucun passage n’a été plus long que d’autres ; je suis tyrannique envers moi-même. Les passages plus forts sur le plan émotionnel auraient pu me prendre plus longtemps, mais je me le suis interdit. Je me suis assise, et j’ai fait le travail. 

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Vous abordez brièvement le fait de ne pas porter de sous-vêtements sous votre tenue (parce que les juges pourraient le voir) et de porter ou non un soutien-gorge. Vous racontez également l’importance de l’image dans le patinage synchronisé – la moindre petite tache sur les collants d’une patineuse peut ruiner sa tenue. Croyez-vous que l’image du patinage, très liée à la compétition, a un effet négatif sur l’image du corps des jeunes femmes ?

Oh oui. Merci de le mentionner, je n’ai jamais l’occasion de m’exprimer sur ce sujet. Les jeunes filles dans le patinage apprennent dès le plus jeune âge que sur la glace, il faut s’habiller d’une certaine manière. Je me souviens qu’on m’ait dit que ce qui comptait, ce n’était pas la façon dont je me servais de mes jambes sur la glace, mais leur apparence. Que je devais être plus maquillée que les autres filles car je portais des lunettes, et qu’elles étaient gênantes. 

Qu’est-ce que c’est que ce message ? C’est un SPORT ! On ne devrait parler que de nos performances, de qui nous sommes sur la glace. Pas de notre look. Ce n’est pas du rouge à lèvres qui vous permet de faire un double axel. Je n’ai jamais fait de compétition en pantalon. Je crois que le patinage sexualise les jeunes filles, et si les gens pensent que les patineuses n’en ont pas conscience, ils se trompent. À 7 ans, je voyais déjà comment les juges et le public regardaient mon corps. Je n’étais pas moi-même, j’étais un prix. 

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Quel genre d’obstacles avez-vous dû affronter en tant que patineuse lesbienne, que les médias ou l’image publique du patinage artistique devraient mieux refléter ?

J’aimerais qu’il y ait plus d’honnêteté. J’aimerais que les médias spécialisés dans le patinage artistique se concentrent sur les personnes LGBTQ et les personnes de couleur. L’image du patinage est trop liée à cette idée à la con de « tu en rêves, tu le fais ». Personne ne parle de tout l’argent qu’il faut pour pratiquer ce sport. Personne ne parle des coiffures imposées dans le patinage, qui ne tiennent compte que des cheveux des filles blanches. On ne prête pas attention aux patineuses de couleur qui ont des cheveux d’une nature différente. Je pourrais continuer comme ça pendant des heures. Vous savez, je n’ai rien à perdre. Je ne patine plus, je n’ai aucun problème pour parler des failles de ce sport et de cette culture.

Quels sont vos prochains projets ?

Eh bien, ça y est, je crois que je peux enfin en parler ! La version papier de mon webcomic On a Sunbeam va paraître l’année prochaine. C’est une grande épopée spatiale gay, et ça promet d’être un beau livre. 


La version originale de cet article a été publiée en anglais par Swapna Krishna.

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Camille traduit et adapte en français certains articles publiés dans d'autres langues sur Bookwitty.

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