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Panaït Istrati, le Robin des Bois du Danube

Sidonie Mézaize By Sidonie Mézaize Published on April 12, 2017
This article was updated on July 11, 2017

Le 3 janvier 1921, dans le jardin Albert Ier à Nice, un homme est retrouvé la gorge tranchée, agonisant. Il est conduit de toute urgence à l’hôpital où un chirurgien bien avisé sauve sa vie in extremis. Dans sa veste, on retrouve une lettre destinée à Romain Rolland, déjà Prix Nobel de littérature. Cette tentative de suicide vaut à Panaït Istrati de sortir de l’anonymat : pour la première fois, son nom est publié dans la presse. 

Trois ans plus tard, la presse salue unanimement son premier livre Kyra Kyralina et on parle de lui jusqu’à Bucarest. C’est la naissance d’un écrivain inclassable, ardent et pétri d’idéaux, révélé au monde dans une langue qui n’est pas la sienne.

Fresque épique

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Panaït Istrati (DR)

Né une première fois le 10 août 1884 à Braïla en Roumanie, d’une mère blanchisseuse et d’un père contrebandier grec, Panaït Istrati grandit au rythme du Danube, de travaux en tout genre, de voyages en Égypte et de ses amitiés - chez lui, elles dominent toute autre passion. 

En 1916, dans une Europe ravagée par la guerre, il rejoint la Suisse où il se lance avec ferveur dans l’apprentissage du français. Il recopie le dictionnaire et tapisse les murs de sa chambre de listes de vocabulaire. Le français sera la langue de son œuvre, il se doit de le maitriser parfaitement.

Avec le soutien de Romain Rolland qu’il finit par rencontrer, il se lance dans l’écriture des aventures d’Adrien Zograffi, son double romanesque. Ce qui ne devait être initialement qu’un récit d’une centaine de pages devient une fresque épique, inspirée du folklore et de la tradition orale de la poésie roumaine. 

Maître-conteur

Le français d’Istrati, appris en autodidacte et parsemé de mots roumains, traduit la nostalgie de sa Roumanie natale, restaurant comme par magie l’odeur des sarmale et de la mamaliga, la mélodie d’une doïna ou le rythme de la hora

Istrati, devenu maître-conteur, crée une galerie de personnages inspirés des légendes de son enfance et de sa propre histoire familiale. Figure la plus emblématique de son œuvre, le haïdouc, cousin roumain de Robin des Bois, vit dans les forêts, châtie les puissants et défend les plus vulnérables (tsiganes esclaves et paysans bafoués). Il incarne l’idéal de vie que nourrit Istrati, fait de liberté et d’insoumission. 

« Combattre pour une idée, combattre pour un sentiment, pour une passion ou pour une folie, mais croire en quelque chose et combattre, voilà la vie ! »

De son voyage en URSS en 1927 en tant qu’observateur, le sympathisant communiste Istrati, rebaptisé alors le « Gorki des Balkans », rapporte une critique sévère du régime soviétique. La publication des trois volumes de Vers l’autre flamme lui vaut de tomber en disgrâce, notamment aux yeux de Romain Rolland qui rompt avec lui. Istrati, se défendant d’être « un homme qui n’adhère à rien », est de nouveau seul, avec ses convictions pour seul réconfort. 

Remède au désespoir

Accablé et malade, il décide de trouver refuge en Roumanie où il meurt en 1935. Alors que le déracinement lui inspira l’écriture de son œuvre, c’est dans le pays qui l’a vu naître qu’Istrati choisit de faire son dernier voyage. L’éternel vagabond rentre mourir chez lui, parmi ses frères haïdoucs.

Du parcours atypique qu’est celui d’Istrati, on est frappé par l’authenticité, l’intégrité et la soif de vivre qui animèrent ce voyageur cosmopolite, porte-parole infatigable d’une liberté sans conditions. Mais ce n’est pas tout. De la lecture de son œuvre portée par une langue savoureuse qu’il a créée à la mesure de son monde, on sort grandis, bouleversés et animés de ce même sentiment de liberté. Istrati, sitôt qu’on le découvre, devient un compagnon de route fidèle dont la lecture est un remède puissant au désespoir et à l’amertume. Sa vocation n’est pas seulement un appel : c’est la définition même de son existence.


Quatre livres pour entrer dans l'œuvre de Panaït Istrati :

 

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Kyra Kyralina 

Kyra Kyralina introduit le premier tome des Récits d’Adrien Zograffi. Ce dernier y donne la parole à son ami Stavro qui a grandi dans le luxe et le confort, aux côtés de sa mère et de sa sœur Kyra, réputées pour leur beauté et leurs mœurs légères. Spectateur des frasques joyeuses des deux femmes, le jeune Stavro fut aussi la victime malheureuse des violences de son père et le témoin de la révolte de sa sœur qui prit la fuite avant d’être enlevée par un riche négociant turc. Kyralina disparue, princesse martyre digne des Mille et Une Nuits, devint dès lors pour le garçon l’objet d’une quête vaine et douloureuse à travers les harems ottomans. À la frontière du conte et du feuilleton romanesque, le récit de Stavro se poursuit dans les livres suivants (Oncle Anghel, Domnitza de Snagov) et rejoint celui d’autres personnages qui se relayent à la narration, comme au cours d’une veillée.


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Présentation des Haïdoucs

Istrati, enfant, faisait l’école buissonnière pour lire les aventures populaires des haïdoucs qui nourrirent par la suite son œuvre. Son héroïne, Floarea Codrilor, a épousé très jeune la cause des haïdoucs et pris la tête du clan, mettant la force de ses hommes au service des opprimés. Son plus grand souhait est d’éduquer le peuple à la révolte afin qu’il se défende par lui-même. « Ma mère : la forêt. Ma vie : la liberté », tel est le credo du haïdouc, cet « homme-écho » ainsi que le définit Istrati. Réunis autour du feu après une journée de combats, les haïdoucs racontent tour à tour dans cette Présentation le récit de leur vie tumultueuse et les raisons de leur engagement. Brigands au cœur d’or, ils portent en eux les prémisses des révolutions futures.


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Les Chardons du Baragan

À la veille de la révolution roumaine de 1907, le jeune Mataké est vendeur de poissons avec son père dans le Baragan, morne plaine de la Valachie danubienne où seuls poussent des chardons que le crivatz, un fort vent venu de Russie, vient balayer au mois de septembre. Rêvant d’une vie meilleure, Mataké, accompagné de son acolyte Brèche-Dent, part tenter sa chance à Bucarest. Mais leur voyage est vite interrompu par des gendarmes et les deux compères se retrouvent dans la famille de Costache, le frère de Brèche-Dent, à participer aux tâches domestiques et aux travaux des champs. C’est dans cet environnement rude et impitoyable que le jeune Mataké va assister aux soulèvements sanglants des paysans contre les boyards qui les condamnent à une vie de misère depuis des siècles. Les Chardons du Baragan est un roman social bouleversant, d’une portée universelle.


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Nerrantsoula

En plein drame passionnel, Istrati a écrit l’histoire de la belle Nerrantsoula en un mois. Semblable à la chanson grecque dont elle est inspirée, Nerrantsoula (littéralement « petite orange amère »), est légère et éphémère, courant sans crainte au-devant du destin. Symbole de l’enfance et de la féminité naissante, Nerrantsoula est partagée entre ses deux amours : Marco le Juif et Epimonda le Grec. Au choix de la raison, elle préfère celui de la liberté, défiant le malheur qui pourtant la guette, et nous invite à vivre comme on danse : passionnément, sans penser à l’avenir. 

Fondatrice de la librairie française de Bucarest, Kyralina, j'ai vécu six ans en Roumanie. Aujourd'hui je travaille à Bookwitty, à Paris.

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