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"Nostalgie du pays perdu" dans L’Orient Le Jour

Tamyras Éditions By Tamyras Éditions Published on March 11, 2016

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La communauté juive du Liban a déjà son romancier, en la personne de Sélim Nassib qui, on s'en souvient, racontait une enfance juive à Beyrouth dans son roman intitulé Clandestin et publié en 1998. C'est un peu la même ambiance que retrace le livre d'Albert Jamous, publié tout récemment aux éditions Tamyras. Mais C'est ici ou la mer n'est pas un roman, c'est plutôt une sorte de récit mémoriel, un texte où l'auteur écrit ses souvenirs d'enfance libanaise, longtemps après avoir quitté le Liban sans espoir de retour. C'est sa fille qui y reviendra, comme elle l'explique dans sa préface, et qui apportera avec elle ce texte nostalgique et délicat.

Le souci de mettre par écrit les souvenirs avant qu'ils ne se dissolvent avec l'âge et la mort rend précieux le texte de Jamous, sans compter que l'ouvrage est indubitablement écrit avec talent et humour, et avec un savoir-faire dans la manière de camper des personnages hauts en couleurs, ceux de la famille et de la communauté juives, les tantes incontournables, babillardes et marieuses professionnelles, les oncles bavards et qui ont des idées arrêtées sur tout et surtout sur la politique, le médecin de famille, le rabbin, tous croqués avec leurs tics, leurs manies et leurs lubies....

C'est à partir du regard d'un enfant puis d'un jeune homme que l'on découvre donc l'intérieur d'une famille juive et son exubérance. C'est à travers ce regard aussi que l'on voit la communauté dans son interaction avec le reste du pays et son puissant attachement au Liban. Jamous montre parfaitement comment ce dernier va en retour lentement rejeter les juifs puis provoquer doucement leur exil, au fur et à mesure que le panarabisme va gagner en puissance. D'ailleurs, Albert Jamous organise ses souvenirs et son livre autour des événements qui vont de 1956 à 1958 et qui ont marqué le début de la grande vague d'émigration. On y apprend la manière avec laquelle les juifs du Liban ont vécu les événements en Égypte et la montée du nassérisme et leurs divergences d'opinion sur la question, les uns, progressistes ou originaux, voyant là un grand chamboulement laïc et moderniste du monde arabe, les autres redoutant au contraire un retournement contre les juifs considérés comme des soutiens d'Israël. On voit aussi comment la question d'Israël va causer une véritable schizophrénie au sein de la conscience des juifs libanais. C'est là sans doute que le livre de Jamous est passionnant, et qu'il nous place face à une réalité qui n'aura pas été simple. Car si nombre de juifs se déclaraient exclusivement libanais, malgré la difficulté de plus en plus grande à assumer cette appartenance, certains ne rechignaient pas à dire, plus discrètement, leur appui à Israël. Jamous raconte par exemple sa participation rétive à des réunions de scouts pro-israéliens puis à celle d'une troupe dont le chef mène ses « louveteaux » à la découverte amoureuse des paysages libanais. Dans nombre de familles, cela dit, c'est l'appartenance libanaise qui prime et Jamous montre combien la perspective progressive de l'exil est dure à supporter, et combien l'idée d'aller en Israël restera pour la plupart quelque chose de difficile à avaler. 

Mais de manière plus immédiate, le livre d’Albert Jamous est un hymne à un pays perdu. L'auteur revient avec émotion et des moments d'écritures très réussis sur la neige tombée à Beyrouth en 1956, sur l'ambiance des souks et sur celle du quartier de Wadi Abou Jmil, sur son école et sa synagogue. Et l'on découvre aussi le degré d'intégration des juifs libanais à travers leurs coutumes culinaires, leurs modes de vie (le rabbin fumant son narguilé tous les après-midis est une image hautement symbolique et drôle) et surtout leur langue. C'est dans le plaisir de relever et d'inventorier le parler des juifs libanais que Jamous sent le passé se recondenser sous sa plume. C'est ici ou la mer est aussi un livre de dialectologie, émaillé de Yaani, Yalla, rouhi mitl el teyr, malla ‛iché (quelle vie  !), mazbout, bass ba’a et de phrases entières, bala neswen entou el rjeil day‛in ou hal walad noss eddéné. Et l'on s'aperçoit que les expressions et les tics de langues des juifs des années quarante et cinquante n'ont pas perdu une ride dans l'usage que nous en faisons encore aujourd'hui, preuve s'il en fallait de l'appartenance à part entière de ces hommes et ces femmes, au temps où ils étaient encore là, à la culture libanaise.

Bienvenue dans la sphère Tamyras.

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