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Nick Barley : “Les festivals du livre sont des laboratoires de bonheur”

Camille fait la VF By Camille fait la VF Published on February 22, 2017
This article was updated on March 20, 2017
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Nick Barley

Le festival du livre d'Édimbourg est l'un des plus grands festivals littéraires au monde. À son lancement en 1983, le festival était le théâtre d'une trentaine d'événements. Aujourd'hui, il en accueille plus de 700.

Nick Barley en est le directeur depuis 2009. Sa nomination avait fait sensation ; depuis, le festival du livre d'Édimbourg a continué à grandir et à prospérer sous son autorité.


Vous avez dit par le passé qu'un festival du livre devait être un espace de débat, « où l'on peut entendre d'autres voix que celles des hommes politiques ». Que pensez-vous que les festivals de littérature peuvent apporter, à cet égard ?

Je considère les festivals du livre comme des laboratoires du bonheur et de la connaissance. Mais je les vois tout autant comme des vecteurs de démocratie, car les romans et la poésie trouvent leur juste place parmi les essais et les autres formes de littérature et deviennent des outils qui nous aident à comprendre le monde qui nous entoure. 

C'est exactement pour cela que les histoires sont si importantes pour le développement des enfants. Les histoires sont des fragments de compréhension partagée à partir de laquelle nous construisons la société.

Les festivals égalitaires et dont la structure n'est pas fondée sur la hiérarchie donnent aux individus la possibilité d'exprimer leurs idées et d'écouter des écrivains formuler les leurs. Ils proposent un format très différent de la culture fragmentée et superficielle issue de la télévision et de la radio traditionnelles.


Quelles sont vos aspirations pour le festival sur le long terme ? 

Dans son domaine, le festival du livre d'Édimbourg est déjà l'un des événements les plus respectés au monde et il remporte un grand succès. Je veux faire en sorte que le public qui fait l'expérience de la magie de nos événements soit aussi diversifié que possible, qu'il vienne d'Écosse ou de l'étranger. À mon avis, le festival peut vraiment aider les participants à comprendre le monde et à jouer leur rôle dans la construction d'une société productive et prospère. Ce sont les Jeux olympiques de l'esprit.


En 2010, le festival du livre d'Édimbourg a créé la Word Alliance, un réseau de festivals littéraires. Quel a été son impact ?

La Word Alliance est un réseau dont l'objectif est de soutenir certains des festivals littéraires les plus intéressants et ambitieux au monde. Parmi eux, le Bookworm à Pékin, le festival littéraire de Melbourne, le Literaturfestival de Berlin, le Jaipur Lit Fest en Inde, Étonnants voyageurs à Saint-Malo, le PEN World Voices à New York et le festival international des auteurs à Toronto - sans parler de mon propre festival.

C'est un réseau qui fonctionne facilement, sans lourdeurs administratives, ce qui nous permet d'éviter tous frais superflus. Cette recette repose en grande partie sur l'amitié, la bonne volonté et le travail des directeurs.

Nous nous sommes entraidés afin d'améliorer la qualité de l'organisation, de la gestion des auteurs et des idées de programmation. Nous avons surtout ressenti les évolutions en coulisses : nos festivals ont progressé en qualité grâce à ce partenariat.

Nous avons aussi utilisé l'Alliance pour lever des fonds auprès de nos gouvernements respectifs, ce qui a permis de financer les voyages internationaux des auteurs. Grâce à la Word Alliance, par exemple, Irvine Welsh est apparu à New York et à Berlin, Louise Welsh et Michel Faber se sont rendus à Pékin, Ryan van Winkle a récité de la poésie à Melbourne, Ian Rankin, Kirstin Innes et Alan Bissett ont voyagé jusqu'à Toronto, et nous avons financé les voyages de Leila Aboulela, John Burnside et d'autres à Jaipur.

Parallèlement, des auteurs français se sont déplacés à Pékin et Toronto, des auteurs australiens se sont affichés à Édimbourg et Jaipur et des auteurs canadiens ont été présentés à Saint-Malo.

Nous avons mis sur pied des événements internationaux d'exception, comme un festival à Brazzaville, en République du Congo, dirigé par Alain Mabanckou. C'est une très belle initiative, qui continuera de se développer à mesure que nous intégrerons de nouveaux partenaires en Afrique et en Amérique latine.


Vous présidez en cette année 2017 le jury du Man Booker International Prize. Qu'attendez-vous des délibérations ?

Je suis très honoré de présider ce prix, mais surtout, je pense que cela donne une bonne image du festival du livre et du dynamisme de la scène littéraire écossaise.

Je crois que c'est grâce à ce dynamisme que nos événements liés à la traduction reçoivent un bon accueil du public et c'est pour cette raison que je peux en programmer beaucoup.

J'ai eu la chance de réussir à convaincre de me rejoindre un groupe de personnes exceptionnelles pour constituer le jury. J'ai hâte d'apprendre d'elles de nouvelles façons de percevoir le monde à travers la littérature.


Si vous deviez retenir un moment de votre expérience à la tête du festival du livre d'Édimbourg, quel serait-il ?

La standing ovation pour Eskenderella, le groupe de poètes et musiciens égyptiens qui s'est produit devant les foules de manifestants de la place Tahrir, sous les balles et les jets de cailloux, lors du printemps arabe en 2011. Ces artistes révolutionnaires incarnaient parfaitement l'espoir, l'éloquence et l'articulation visionnaire de la poésie et de la musique. J'étais fier de faire venir ce groupe inconnu à Édimbourg. Quiconque a assisté à cette représentation ce jour-là s'en souviendra toute sa vie.


Pour finir, pouvez-vous nous dire ce que vous lisez en ce moment ?

Je viens de finir Mort subite d'Alvaro Enrigue, Dertig dagen d'Annelies Verbeke, Heurs et malheurs du sous-majordome Minor de Patrick DeWitt et At Hawthorn Time de Melissa Harrison.

En ce moment, je lis La ira de México, un livre de journalisme mexicain incroyable inspiré de débats que nous avons accueillis au festival du livre en 2015. Il a été publié par la merveilleuse maison d'édition MacLehose Press.


La version originale de cet article a été publiée en anglais par Marc McEntegart.

Camille traduit et adapte en français certains articles publiés dans d'autres langues sur Bookwitty.