We think that you are in United States and that you would prefer to view Bookwitty in English.
We will display prices in United States Dollar (USD).
Have a cookie!
Bookwitty uses cookies to personalize content and make the site easier to use. We also share some information with third parties to gather statistics about visits.

Are you Witty?

Sign in or register to share your ideas

Sign In Register

"Mon père déteste la guerre" : la Syrie dans le journal d'un enfant

Sabyl Ghoussoub By Sabyl Ghoussoub Published on April 10, 2017
This article was updated on October 16, 2017

Lorsqu'on entend Damas en 2017 résonnent les mots bombardements, attaque chimique, frappes aériennes, morts, guerre. 

Et pourtant cette ville a longtemps été un prêtre kurde, un garagiste grec, un marchand d'épices iranien et un maraîcher juif, un luthier espagnol et un pâtissier italien. Un grand homme maigre qui traînait depuis des années avec son moineau. Un fou qui réduisait un imam au silence. Des lectures dans les marcs de café. Des vitres cassées par les enfants jouant au foot. Le mois d'août torride ou la température atteint parfois 42 degrés et la saison de l'automne, "l'époque où Damas est la plus belle".

Le fils du boulanger

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f43c0cf58 503a 47a0 83cb baac55440e5a inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Pour nous le rappeler, Rafik Schami, auteur d'Une poignée d'étoiles paru la première fois en 1987 et réédité en 2016 en français par l'Ecole des loisirs. Ecrivain de langue allemande né à Damas, il a édité et coécrit pendant trois ans un journal mural avant de quitter le pays en 1970 pour fuir le régime de Hafez Al-Assad, père de Bachar.

Connaissez-vous le point commun entre Arabes, Juifs et Turcs ? L'anémie méditerranéenne congénitale ! Une banale maladie du sang qui ne touche que ces trois peuples.

Des anecdotes comme celle-là, on en retrouve des dizaines dans le journal du narrateur, un fils de boulanger ayant grandi dans un vieux quartier de la capitale syrienne. Lui n'a qu'une ambition : devenir journaliste. Un profession que l'oncle Salim, son ami âgé de soixante-quinze ans, définit comme celui de "quelqu'un de courageux [...] toujours à la recherche de la vérité [...] un homme libre, comme un cocher" et que son père décrit ainsi : "un métier de bon à rien" qui passe son temps dans des cafés et ne raconte que des mensonges.

"Je ne veux plus pleurer"

La vérité doit se trouver dans l'entre-deux. Comme souvent. Un journaliste ne serait-il pas un homme à la recherche de la vérité qui passe son temps dans un café ? Ou peut-être un menteur ? Le narrateur ne sait plus. "Mais le mensonge est le frère jumeau de la vérité. Dès que l'un entre en scène, on aperçoit l'autre à la suite. Il suffit d'avoir de bons yeux", lui explique l'oncle Salim.

La route est longue pour devenir journaliste. Lire et encore lire, apprendre à raconter en tenant un journal quotidien, essayer de publier ses premiers poèmes, convaincre son père qu'écrire est un métier mais aussi se remettre en question : "Comment faire un journal sans être censuré par le gouvernement ? De nombreux partis impriment en cachette des bulletins d'information que des sympathisants distribuent de la main à la main. On m'en a donné à plusieurs reprises. En général, ils sont ennuyeux à mourir. Vaut-il vraiment la peine de risquer sa vie pour des feuilles de chou sans intérêt ?" 

Parfois le narrateur pense fuir sa famille pour Alep - à l'époque, la ville était encore un refuge : 

"J'irai à Alep. Très loin de la main de mon père et des larmes de ma mère. Je ne ne veux plus pleurer. Je veux rire, et vivre comme il me plaît. Là-bas, à Alep, la plus grande ville du Nord."

"Journal chaussette"

L'enfant découvre peu à peu le métier à travers des rencontres, des ébauches d'article et sa première expérience dans "un journal chaussette". Vendu au marché et tenu par un certain Habib, un opposant au régime Assad, il s'y fait la main et publie ses premiers papiers jusqu'au jour ou l'un des chroniqueurs prend à part le gouvernement dans un numéro : "Le lait et le pain ne sont pas les seules denrées devenus introuvables. Les danseuses orientales, elles aussi, ne sont plus qu'un souvenir. Dans les boîtes de nuit, les danseuses du ventre sont toutes américaines. Sais-tu où toutes ces bonnes choses ont disparu ? Demande-le au nouveau gouvernement." Habib est arrêté. La BBC parle de son arrestation, Le Monde aussi. Le journal gouvernemental le décrit comme "un malade mental [...] qui fabriquait un journal rempli d'inepties" et a été interné dans un asile. Face à cette injustice, le narrateur doit prendre position.

Comment continuer à écrire aujourd'hui sur Damas et la Syrie ? Sur la guerre et le régime Assad ? Comment les raconter aux adolescents ? Mais aussi aux adultes ? Peut-être la meilleure manière d'en parler serait d'ouvrir le journal quotidien d'un enfant où nous pourrions lire à haute voix sans pouffer de rire : 

"La radio ne parle que de guerre. Mon père déteste la guerre. Il dit qu'un homme n'a pas le droit de tuer ses semblables."

En 1987, Rafik Schami avait déjà réussi ce pari.

D'une mère née au Liban et d'un père au Ghana, Sabyl a grandi à Paris sous la coupe d'une mama capverdienne. Photographe et chroniqueur, il a été entre 2011 et 2015 directeur du festival du film ... Show More

0 Comments

Please log in or sign up to join the discussion

5 Related Posts