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Mais pourquoi n'a-t-on pas plus de livres arabes traduits en français ?

Pierre Georges By Pierre Georges Published on January 27, 2017

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This article was updated on April 3, 2017
"Il est difficile de convaincre un éditeur non-spécialisé d’accepter de se lancer sur un projet en arabe : on me dit que le texte que je propose semble intéressant mais que personne ne lit l’arabe dans la maison d’édition et que celle-ci ne peut pas se faire d’elle-même une idée de l’original."

Le témoignage du traducteur Lofti Nia illustre les difficultés qu'ont les textes écrits en arabe pour s'imposer sur le marché éditorial francophone. 

Comme l'avait annoncé la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, lors du Salon du livre francophone de Beyrouth en novembre 2016 , le Centre national du livre (CNL) vient de lancer une aide exceptionnelle à la traduction d'ouvrages en langue arabe. 

Pour les projets examinés au cours de l'année 2017, le taux de subvention aux éditeurs pour la traduction d'ouvrages d'auteurs d'expression arabe en langue française doit passer de 40% environ à 70%, assure-t-on au CNL. Même chose dans l'autre sens, du français vers de l'arabe.

L'essor du "livre islamique"

Si ce n'est pas la première fois que le CNL met en place ce type d'aide à la traduction (la Corée du Sud ou le Brésil en ont déjà bénéficié), le geste veut booster l'activité de traduction entre les deux langues, toujours aussi timide.

"Economiquement parlant, traduire de l'arabe relève du sacerdoce, regrette Lofti Nia. Alors que les traducteurs de l'anglais ou de l'espagnol peuvent traduire trois ou quatre livres par an, il est difficile d'envisager qu'on puisse vous confier trois projets conséquents dans l'année en arabe."
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Richard Jacquemond (DR)

Un avis partagé par Richard Jacquemond, professeur de langue et de littérature arabes modernes à l'université d'Aix-Marseille, qui pense que la légère augmentation du nombre de traduction de l'arabe vers le français sur ces dix dernières années est biaisée : 

"Je suspecte que l'augmentation des traductions profite davantage aux livres religieux (la majorité des musulmans de France ne lisent pas l'arabe), il y a un marché de niche pour le "livre islamique" en France, qui s'est pas mal développé dans les 20 dernières années." 

Surtout des romans 

La rareté des traductions n'est pas un simple problème quantitatif. Des pans entiers de la production édioriale sont laissés de côté, insiste Lofti Nia. 

"D’une part, les écrivains maghrébins d’expression arabe ne sont presque pas traduits – ce sont principalement des auteurs d’Egypte et du Machrek qui sont traduits en français. D’autre part, il faut noter la prédominance du genre roman, et le fait que l’essai écrit en arabe est très peu traduit. Pour caricaturer, on dit souvent que l’édition française s’intéresse davantage aux sentiments des arabes qu’à leur pensée." 

En 2016, le CNL indique n'avoir aidé que 10 projets de traduction vers l'arabe, après 11 en 2015. De l'arabe vers le français, le chiffre ne s'élève qu'à 7 dossiers en 2016 (3 en 2015). Pour l'essentiel, les traductions de l'arabe en France paraissent chez un seul éditeur : Sindbad/Actes Sud. 

De plus en plus d'auteurs arabes écrivent en français 

Autre explication à ce manque : de plus en plus d'auteurs arabes écrivent directement en français à l'instar de Leïla Slimani ou de Tahar Ben Jelloun, tous deux prix Goncourt, voire en anglais, comme Rabih Alameddine, un écrivain libanais qui écrit en anglais, dernier récipiendaire du prix Médicis étranger. Pour Richard Jacquemond,

"En conséquence, les éditeurs n'ont pas besoin de se tourner vers ceux qui écrivent en arabe pour avoir à leur catalogue des romans ou des essais qui parlent des Arabes et des sociétés arabes."

Avant d'ajouter : 

"Si les écrivains arabes s'exportent mal, c'est aussi en bonne partie du fait du retard de l'édition arabe, qui reste très artisanale et qui n'a pas le savoir-faire à l'exportation qu'ont tous les grands éditeurs européens ou anglo-saxons."
Pierre est journaliste, basé à Paris.

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