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Ma vie d'expat

Camille fait la VF By Camille fait la VF Published on August 25, 2017
This article was updated on October 10, 2017
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Souvenir du Honduras

« Tu es un expatrié. Tu as perdu contact avec le sol [...] Tu te tues à force de boire. Tu te laisses obséder par le sexe. Tu passes ton temps à parler au lieu de travailler...» Ce tableau, signé Ernest Hemingway (dans Le Soleil se lève aussi), était peut-être vrai pour les écrivains américains de la Génération perdue (Hemingway, donc, mais aussi Francis Scott Fitzgerald, John Dos Passos, Gertrude Stein et T.S. Eliot), qui partirent en Europe après la Première Guerre Mondiale.

Ce n’est pas du tout le profil des expats que j’ai rencontrés. Mon mari travaille pour les Nations Unies. Au cours des treize dernières années, nous avons donc été amenés à vivre au Liban, au Honduras et en Équateur, ce qui m’a permis de découvrir les habitants et la culture de ces pays. Des expatriés venus des quatre coins du monde sont devenus ma nouvelle famille.

Nous formons une tribu

Oui, il existe des expats caricaturaux à la tête de banques ou de compagnies pétrolières, et des écrivains vagabonds comme Hemingway (qu’on appelle aujourd’hui des « nomades digitaux »). Mais il y a aussi le personnel de l’Onu et des ambassades, des employés du secteur tertiaire et des ouvriers… Qu’on les appelle expats ou immigrés, les travailleurs internationaux sont aujourd’hui de différentes couleurs et de nationalités multiples.

Malgré cette diversité, nous formons une tribu. Nous partageons la même expérience d’être à cheval sur plusieurs lieux et cultures, et notre esprit d’aventure est toujours empreint de nostalgie car, quel que soit l’endroit où nous nous trouvons, nous y laissons des morceaux de nous-mêmes.

Dans L’Homme global, son autobiographie, Pico Iyer décrit les membres de notre tribu comme des « habitants de nulle part ». Né en Angleterre de parents indiens, il a grandi aux États-Unis et vivait au Japon au moment où il a écrit cette autobiographie.

Pico Iyer est « l’enfant de la troisième culture » par excellence : il a grandi hors de son pays d’origine et a évolué entre plusieurs cultures. (Pour ceux qui s’intéressent à la façon dont ce mode de vie forge l’esprit des enfants, je les invite à lire Third Culture Kids, le best-seller de David C. Pollock et Ruth E. Van Reken).

L'occasion de se réinventer

Des livres comme celui d’Erin Meyer, La Carte des différences culturelles, nous guident à travers les différentes normes culturelles. Mais la carte qui aidera les expats à naviguer sur les eaux mouvantes de leur vie émotionnelle reste à écrire.

Certains expats s’accrochent à la personne qu’ils étaient dans leur pays d’origine, mais beaucoup d’autres prennent la vie à l’étranger comme l’occasion de faire le point sur qui ils sont profondément, et de se réinventer.

Janice Y.K. Lee explore quelques-unes de ces réinventions dans son roman The Expatriates qui raconte l’histoire de trois Américaines vivant à Hong Kong. 

« Chaque ville ne contient-elle pas une version de nous-mêmes ? » 

C’est la question que pose Margaret, l’une des trois protagonistes. D’âges et d’origines différents, ces femmes se lient d’amitié en partageant leur expérience d’expatriée.

Alors que le cliché de l’expat est celui de l’Occidental blanc, Jhumpa Lahiri renverse les stéréotypes et modifie notre façon de voir dans L’Interprète des maladies, un recueil de nouvelles sur les expatriés, les immigrés et leurs enfants, citoyens américains de première génération , qui luttent, comme de nombreux expats, avec le paradoxe de vouloir à la fois s’adapter, étreindre une nouvelle culture, et conserver leurs traditions. Dans la dernière histoire, la protagoniste décrit ainsi le pouvoir mystifiant de la vie d’expat : « Je suis parfois déconcertée par tous les kilomètres parcourus, tous les repas que j’ai pris, toutes les personnes que j’ai rencontrées, toutes les chambres où j’ai dormi.»

Comment trouver sa place ?

Dans Jasmine and Fire, un récit d’expatriation plus inattendu, inédit en français, Salma Abdelnour retourne à Beyrouth, la ville où elle est née, après une absence de plus de vingt ans. Étant moi-même expatriée à Beyrouth au moment où je lisais ce livre, certains obstacles auxquels Salma Abdelnour a dû faire face pour s’intégrer en tant qu’Américano-libanaise m’ont paru très éloignés de ma propre situation. J’ai alors pensé : « Salma, tu parles la langue ! Tu connais la culture ! Tu as de la famille et des amis d’enfance qui t’attendent ! Tu as un appartement familial à ta disposition ! C’était facile pour toi ! » 

Je redécouvre ce livre alors que je m’apprête à rentrer aux États-Unis après toutes ces années passées à l’étranger. Comment retrouver sa place chez soi, quand ce chez soi a changé et que nous-mêmes avons changé en vivant ailleurs ?

Une communauté globale d'amis

Je vais habiter près de New York, dans une ville où j’ai déjà vécu, et que j’ai aimée, mais qui n’est pas ma ville natale. La mairie vient de lancer un grand club de lecture dont les membres ont choisi comme premier titre Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie. Une autre histoire d’immigration et de navigation culturelle. Americanah relate l’histoire d’un jeune couple nigérian séparé par la force des choses. Ifemelu parvient à obtenir une bourse d’études aux États-Unis tandis qu’Obinze vit sans papiers en Angleterre. Sont-ils des expats ? Des immigrés ? Comment les notions de race et d’identité impactent leurs expériences ? En ce qui me concerne, je vais m’empresser de lire ce livre.

Vais-je rentrer aux États-Unis en tant qu’« habitante de nulle part », pour reprendre la formule de Pico Iyer ? Cela implique un vide. Je rentre au contraire riche des expériences que j’ai vécues à l’étranger, connectée à une communauté globale d’amis et de lieux qui, peut-être, ne m’appartiennent pas totalement mais font désormais partie de moi. 

Je suis une habitante de partout.


Vous avez vécu à l’étranger ? Des lectures vous ont aidé au cours de cette expérience ? Partagez vos conseils dans les commentaires ou envoyez un témoignage à mathieu.deslandes@bookwitty.com


La version originale de cet article a été publiée en anglais par Amy E. Robertson.

Camille traduit et adapte en français certains articles publiés dans d'autres langues sur Bookwitty.

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