We think that you are in United States and that you would prefer to view Bookwitty in English.
We will display prices in United States Dollar (USD).
Have a cookie!
Bookwitty uses cookies to personalize content and make the site easier to use. We also share some information with third parties to gather statistics about visits.

Are you Witty?

Sign in or register to share your ideas

Sign In Register

Ma mère, Mahmoud Darwich et les déracinés

Essra Siam By Essra Siam Published on August 14, 2017

Found this article relevant?

Rayan Siam found this witty
1

 Petite, j’avais l’habitude tous les matins d’entendre ma mère chanter en préparant son café. De mon lit, je pouvais sentir l’odeur du café arabe. Je n’ai jamais pu en apprécier le goût, trop fort, trop amer. Elle pouvait boire dix finjan par jour, sans qu’il n’y ait de conséquence sur son sommeil. Elle me disait, pour rire, que dans ses veines il y avait plus de café que de sang.

Elle fredonnait toujours les mêmes paroles. L’air de cette chanson pouvait me rester en tête toute la journée. Je me mettais moi-même à la chanter, par mimétisme. Un matin, elle me demanda si je comprenais vraiment ce que je chantais. Je lui répondis que non, enfin, pour moi c’était une chanson qui parlait de l’amour d’une mère.

Elle sourit et me corrigea : « C’est un poème écrit par Mahmoud Darwich, et ce n’est pas n’importe quelle mère, c’est la mère dans le sens de mère-patrie. » Elle me fit alors la traduction de chaque vers.

J’ai compris pourquoi elle tenait tant à son rituel du café, comme ce poète, ma mère se sentait arrachée de sa terre.

Je suis française d’origine palestinienne. J’ai réellement pris conscience du poids de mes origines, en passant la nuit à lire les poèmes de Mahmoud Darwich.

Evidemment, je connaissais l’histoire de mes parents, mais jamais elle ne m’avait été racontée de cette façon. De la tristesse de leur passé, s’est ajouté la beauté des mots.

Mahmoud Darwich, poète exilé palestinien, est un incontournable de la poésie contemporaine orientale. L’écho de chacun de ses poèmes dépasse les frontières du Moyen-Orient. Ils ont une résonnance particulière pour tous ceux qui ont quitté leur pays.

Dans la préface de son anthologie « La terre nous est étroite », l’auteur a tenu à se livrer. Il ne souhaitait pas être considéré comme « le poète de la Palestine », mais il avait conscience que ses vers précédaient sa volonté. Malgré lui, il fut l’image de tout un peuple en mal de liberté et d’humanité. Aujourd’hui encore, il demeure le représentant de toute une nation et de tous les déracinés.

La poésie est un art, mais pour Mahmoud Darwich c’est aussi l’expression d’une révolte, et pour les palestiniens, une preuve d’existence.

Il est mort en 2008, et il n’a jamais autant manqué au Monde Arabe. Qui mieux que Darwich, pour conter ce présent sans futur fait de douleur et de sang ?

Found this article relevant?

Rayan Siam found this witty
1

Related Books

Do you know any books that are similar to this one?

0 Comments

Please log in or sign up to join the discussion

0 Related Posts

Know what people should read next?