We think that you are in United States and that you would prefer to view Bookwitty in English.
We will display prices in United States Dollar (USD).
Have a cookie!
Bookwitty uses cookies to personalize content and make the site easier to use. We also share some information with third parties to gather statistics about visits.

Are you Witty?

Sign in or register to share your ideas

Sign In Register

Loubna Abidar, une femme libre

Pierre Georges By Pierre Georges Published on May 22, 2017
"J'ai peur de ce que tu vas devenir, lui lance son oncle alors qu'enfant, elle lui demande de regarder une cassette du Gendarme de Saint-Tropez qu'elle a négociée dans les rues de son quartier de Marrakech. 
- Pourquoi tu dis ça ?
- Tu ne seras pas une femme normale. Tu ne connais ni la peur ni la honte." 
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2ffb9bda52 e597 4509 b9c2 fe200597e8fd inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

La Dangereuse est la biographie de l'actrice marocaine Loubna Abidar, résultat d'une série d'entretiens réalisés avec la journaliste Marion Van Renterghem. L'histoire de celle qui, jugée trop libérée et trop franche, avait été menacée et agressée dans son pays en 2015, lors de la sortie du film Much loved de Nabil Ayouch, dans lequel elle jouait le rôle d'une prostituée.
On découvre dans ce livre une enfant subjuguée par la télévision, séchant les cours pour aller au cinéma, trafiquant des cassettes vidéos contre de la viande en bas de chez elle. Car à peine adolescente, elle rêve de devenir "une pute". C'est ainsi que son entourage qualifie les filles qui apparaissent sur les écrans, si bien qu'elle n'apprendra que longtemps après l'intitulé exact de son rêve : actrice.
Cette enfance est d'abord faites de blessures. L'échec du mariage de ses parents sur fond de querelles ethniques et de conflits de classes. De la violence crue, de la drogue, des coups.

"Le voilà. J'entends la clé dans la serrure. Il ouvre la porte. Je me protège le visage, il me frappe. Il me suspend par les pieds. Cogne encore. Me brûle avec sa cigarette. Il a trop de haine. Assez de haine et de mépris pour me faire ce que tout ce que les hommes peuvent faire à leurs filles, à leurs nièces."

A l'âge de 13 ans, Loubna utilisera toute sa haine accumulée pour virer son père de sa propre maison. Puis pour faire subvenir sa famille en lançant un commerce de sandwichs pour les ouvriers du quartier. 

Loubna Abidar raconte aussi son improbable rencontre avec un des rois de la nuit parisienne, le DJ Claude Challe, fondateur du Buddha Bar. S'ensuivra une liaison des plus improbables. Il la traîne de pays en pays, de soirées en soirées. Il a alors 61 ans, elle en a 16.

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f6abe10f8 7f00 40ab 9af3 c71f6ad268a1 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Débrouillarde, elle entame alors une carrière de danseuse, puis d'actrice. Jusqu'à la sortie de Much Loved. Loubna Abidar en décrit le tournage, notamment cette scène relatant une vraie soirée, à laquelle elle assiste, entre de riches Saoudiens et des prostituées marocaines de 13 à 18 ans.
Puis, très vite après la sortie du film, viennent les premières confrontations avec les journalistes marocains lors du festival de Cannes 2015. Puis cet incroyable engrenage de haine et d'insultes. Un déchainement de violence qui s'étendra bien au delà de son pays.

"Au réveil, ma vie bascule, j'ouvre ma page Facebook et c'est un choc. Un torrent d'insultes. Des menaces de mort. Une vidéo montrant des centaines de personnes manifestant à Rabat contre le film, Nabil, et moi. [...] Abidar khatar (Abidar la dangereuse) : l'expression enflamme aussitôt les réseaux sociaux. Loin d'éteindre l'incendie, je le rallume chaque fois que l'occasion m'est offerte : oui je suis dangereuse, je fais peur aux Marocains, je fais peur aux Arabes, je fais peur aux journalistes..."

Jusqu'à l'agression dans les rues de Casablanca. Les cliniques refusent de la soigner, les policiers rejettent ses plaintes. Elle choisit l'exil.

"Je suis retournée au Maroc et le Maroc n'a pas voulu de moi. Il ne veut pas de la femme que je suis et de ma liberté à l'affirmer. Je suis maintenant réfugiée en France où l'on m'accueille comme jamais aucun pays ne m'a accueillie, où l'on me célèbre comme jamais je n'ai été célébrée. Mon Maroc me manque. Mais entre lui et moi, ça n'a pas marché."
Pierre est journaliste, basé à Paris.