We think that you are in United States and that you would prefer to view Bookwitty in English.
We will display prices in United States Dollar (USD).
Have a cookie!
Bookwitty uses cookies to personalize content and make the site easier to use. We also share some information with third parties to gather statistics about visits.

Are you Witty?

Sign in or register to share your ideas

Sign In Register

L’irrésistible déchéance de Lila Beaulieu

Adeline Fleury By Adeline Fleury Published on July 24, 2017

Found this article relevant?

3
This article was updated on November 17, 2017

Catherine Locandro a le regard noir. La romancière et scénariste préfère, pour raconter la vie d’une femme, partir de la mort. La mort dans ce qu’elle a de plus redoutable, la mort solitaire, la mort démunie. La pourriture du corps. La pourriture du corps féminin, ce que l’on montre et décrit encore moins. « L’odeur que dégage un cadavre humain va bien au-delà de la pestilence. Il y a dans cette exhalaison quelque chose d’inacceptable. La promesse de notre propre mort à venir. » Pour que rien ne s’efface débute ainsi, abruptement.

« La Garbo française »

Une femme de soixante-cinq ans est retrouvée morte dans un studio parisien. Tout est tragique dans cette mort : les cadavres de bouteille autour du corps de la morte, les photos et les magazines éparpillés sur le sol… 

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f559f5432 977c 4074 b37a 1eae382c5116 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Tragique car sur les clichés la jeune femme représentée est éclatante de beauté. Tragique car ce corps en décomposition est celui de celle qui un jour fut en couverture de Jour de France avec le titre prometteur « La Garbo française », rien que cela ! Oui, mais voilà, Lila Beaulieu n’est jamais devenue une star, à trop vouloir griller les étapes, elle s’est brûlé les ailes.

Kaléidoscope

Pour donner vie à son actrice de papier, la romancière aguerrie (c’est son septième livre) a recours au kaléidoscope : douze voix, douze personnages, dont Lila Beaulieu elle-même pour comprendre comment celle qui avait tout a pu s’abîmer, et terminer sa vie dans le plus grand dénuement, pas que matériel, mais affectif aussi.

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f5a6204da 1d97 479e 888b ba92bf522688 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

« Sa disparition a commencé il y a longtemps. Dès cette image fantôme qui s’est ancrée dans les inconscients, la figeant dans le temps et les mémoires. Une extinction lente aux allures de fondu au noir qui l’a menée jusqu’à cette pièce, derrière cette porte où on l’a oubliée. Dans un instant, certains se souviendront d’elle. La porte s’ouvre. Le long silence prend fin. Dans un instant, ils sauront qu’elle est morte. »

Inventé et tellement vrai

Quelle image laissons-nous aux autres ? Telle est la question que pose Catherine Locandro persuadée, à raison, que nous ne donnons pas à chacun le même visage de soi. Mais la prouesse de ce roman choral est de jouer constamment avec la réalité, de troubler le lecteur qui, tout au long du roman, se demande si cette Lila Beaulieu a bel et bien existé, tellement elle est palpable au fil des pages. Tout est inventé, tellement c’est vrai.


Photos extraites du film La Chambre obscure (1969), de Tony Richardson, avec Anna Karina et Nicol Williamson, d'après le roman de Nabokov. 

Adeline Fleury est l'auteure du "Petit éloge de la jouissance féminine" (éd. François Bourin), de "Rien que des mots" (éd. François Bourin) et de "Femme absolument" (JC Lattès).

Found this article relevant?

3