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Les poèmes de Richard Brautigan ne servent à rien (mais ils sont indispensables)

Thomas Vinau By Thomas Vinau Published on March 13, 2017
This article was updated on April 3, 2017

Les poèmes de Richard Brautigan (1935-1984) ne résoudront rien à la crise de la spéculation sur les matières premières. Les poèmes de Richard Brautigan ne joueront pas non plus un rôle déterminant contre le réchauffement climatique. Et pour tout vous avouer il est fort probable que ni la fréquence de votre découvert bancaire ni la permanence de cette satanée fuite d'eau dans l'évier de la salle de bain ne trouvent une issue acceptable grâce aux poèmes de Richard Brautigan. 

Dans une certaine mesure proche du raisonnable on pourrait dire que les poèmes de Richard Brautigan ne servent à rien, comme on peut le dire parfois d'une fleur de liseron, d'un poisson-chat ou d'une vieille chanson obsédante qui traîne au fond de la caboche sans savoir pourquoi. 

Ça tombe bien me direz-vous et je répondrai de toutes les micro-rides de mes yeux par la positive puisque la poésie n'est pas là pour servir à quelque chose. L'annuaire sert à quelque chose, le jeu de clefs à pipe dans le coffre de la voiture sert à quelque chose et les bas à varices servent à quelque chose mais la poésie n'est pas là pour ça et encore moins celle de Richard Brautigan. 

Pourquoi alors me demanderez-vous, vous qui êtes décidément d'une pertinence quasi effrayante, cette sublime anthologie des poèmes de Richard Brautigan par notre facétieux Castor Astral doit-elle absolument déferler comme une vague de pétales de cerisier sur le jardin japonais du monde ? Pourquoi serait-elle indispensable puisqu'elle ne sert à rien ? Je vous l'ai déjà dit, elle est indispensable parce que justement elle ne sert à rien, mais comme je suis gentil et que vous m'êtes sympathique je vais essayer de vous expliquer ça autrement. 

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Imaginons que vous êtes seul, un tout petit peu trop seul (ça arrive) et que vous marchez d'un pas un tout petit peu trop lourd dans une rue un tout petit peu trop grise (ça arrive également). Il ne se passe rien et c'est bien dommage mais c'est ainsi, la vie n'est pas toujours une tartine au chocolat sinon personne n'aimerait le chocolat. 

Il ne se passe rien donc, aucune princesse ne vous tombe dans les bras, vous ne marchez pas non plus dans une crotte de chien en or, et pas l'ombre d'un extra-terrestre pour vous concocter un petit voyage intersidéral, rien de fameux, du genre à répondre à la question « Comment ça va ? » par un poussif « Comme un lundi quoi ». 

Et puis à un moment je ne sais pas (des fois on ne sais pas et c'est très bien comme ça) vous êtes toujours tout seul à mettre un pas devant l'autre dans le terne du bitume mais c'est un tout à coup comme si l'air invisible vous serrait doucement la main et c'est tout à coup comme si le vent portait une odeur de cheveux mouillés de fille ou comme si le pigeon boiteux là aux pattes rongées par l'urine vous décochait un des fameux sourires du chat du Cheshire. Et on pourrait même croire que les deux poubelles pleines au coin de la rue viennent d'être surprises à se faire un bisou. 

Alors mine de rien, et toujours sans savoir le pourquoi du comment (on s'en fout), la vie avance cahin-caha dans le ventre en ciment d'un pas un tout petit peu moins lourd. Et du coup (c'est con mais c'est comme ça) vous vous dites soudain que vous vous payeriez bien le courage d'aller proposer une crêpe à la jolie vendeuse en bas de chez vous. Et nous savons tous les deux le champ (chant ?) des possibles d'une telle proposition. Le monde s'est construit insidieusement à travers l'indifférence des astres grâce à ce genre de proposition. Bref, le Castor Astral vient de faire un sacré beau boulot, ce serait dommage de s'en passer non ?

Né en 1978 à Toulouse. Habite dans le Luberon avec sa petite famille. Ecrit des textes courts et des livres petits. S'intéresse aux choses sans importance et aux trucs qui ne poussent pas droit. ... Show More

1 Comments

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izafee
Je vous conseille de lire Mayonnaise d'Éric Plamondon, sur Richard Brautigan. Un superbe roman québécois à découvrir.

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