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Les classiques japonais : dix chefs d'œuvre à découvrir

Flora Nicol By Flora Nicol Published on March 13, 2017
This article was updated on May 8, 2017
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Mori Ogai en 1911 (DR)

Ecrivain de l'ère Meiji, Mori Ogai (1862-1922) est fasciné par la culture occidentale. Il veut en soumettre les valeurs et les idées à ses compatriotes, raison pour laquelle les autorités le censurent à plusieurs reprises. 

Mori Ogai met en scène, dans L'Oie sauvage, deux amants en puissance. Un jeune étudiant, Okada, croise sur son chemin quotidien le regard d'une femme, maîtresse d'un prêteur sur gages. Se rencontreront-ils ? Sans révéler l’intrigue et son dénouement, disons tout de même que le ton est résolument humoristique. 

Natsume Sôseki (1867-1916) signe un chef d'œuvre d'humour avec Je suis un chat. Il décrit le monde à travers les yeux d'un petit félin. Cet être innocent, non initié, porte un regard vierge sur la société ; c’est ainsi que la candeur le dispute à la sagacité dans le débinage en règle qu’il lui applique. 

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Ichiyô Higuchi (DR)

Le pertinent matou, qui ne manque jamais d'arguments, s'étonne ainsi que l'être humain puisse se marier, ne pas choisir sa manière de mourir, ou faire grand cas de la gentillesse quand lui n'y voit que des actes « remplis de conscience de soi-même à un point étonnant ». Il observe aussi que « la civilisation occidentale (…) est faite par des gens qui passent leur vie dans l’insatisfaction ».

Seule femme parmi les dix plus grands auteurs classiques, Ichiyô Higuchi (1872-1896), morte seulement à 24 ans, nous plonge, avec son roman Qui est le plus grand ?, dans un Tokyo interlope. Dans le quartier des plaisirs, Yoshiwara, on suit les péripéties d’un groupe d'adolescents aux prises avec leurs premiers émois, quand ils ne se bagarrent pas avec d'autres gangs de jeunes. C'est une œuvre capitale. 

Naoya Shiga (1883-1971) est l'un des premiers, au Japon, à incorporer des éléments autobiographiques dans ses récits, heurtant la légendaire pudeur japonaise. Son unique roman, Errances dans la nuit, est considéré comme un chef d'œuvre. On s'étonne de s'attacher à Kenzaku, jeune homme immature dont la fortune lui permet d'envisager une carrière littéraire. On l’accompagne tout au long d’une vie de flâneries à travers un Japon qui n’a rien d’insouciant, affrontant de terribles secrets de famille, dont la mort de son enfant, cherchant éperdument quel sens donner à la vie. Une quête désespérée qui confère à Kenzaku un réel pouvoir d’inspiration.

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Junichirô Tanizaki (DR)

Junichirô Tanizaki (1886-1965) a donné du fil à retordre à la censure japonaise veillant aux bonnes mœurs : sadomasochisme, homosexualité, fétichisme, scatologie... C'est la perversité qui révèle l'homme. Dans La Clef, qui fit scandale au Japon, Tanizaki fouille les procédés par lesquels un couple d'âge mûr tente de redonner un souffle à sa sexualité. 

Le jeu commence par la lecture des journaux intimes, chacun lisant celui de l'autre tout en prétendant une insolente innocence, et s’achève en raffinements sulfureux et transgressifs, dans des jeux sexuels que l'on n’aurait jamais osé imaginer.

C’est un recueil de nouvelles qui valut à Ryûnosuke Akutagawa (1892-1927) la reconnaissance littéraire. Ses deux nouvelles les plus connues sont Rashomon et Dans le fourré, cette dernière ayant été adaptée au cinéma par Kurosawa (qui a, étrangement, intitulé son film Rashomon...). Il met en scène un fait divers raconté par ses protagonistes de façon antagoniste, affirmant par là-même qu’il n'existe de vérité que dans l'œil de celui qui la voit, qu’il y a autant de réalités que d'individus. Un autre réalisateur, Jim Jarmush, fait référence à Rashomon dans son film culte Ghost Dog, dans lequel Forest Whitaker prête ce recueil à une petite fille. Akutagawa s'est suicidé - ce qui lui aurait valu le respect du chat de Sôzeki. Quelques années plus tard, il a donné son nom au prix littéraire le plus prestigieux du Japon.

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Yasunari Kawabata en 1938 (DR)

Lire Yasunari Kawabata (1899-1968) c'est un voyage au Japon sans les douze heures de vol. Premier écrivain japonais à décrocher le prix Nobel, sa plume s'empare du Pays du soleil levant. Son testament littéraire (l'auteur aurait lui aussi gagné le respect du chat de Sôseki), Tristesse et Beauté, montre que lorsqu'on est dans la griffe de la première, il nous reste toujours la seconde. Un trio amoureux se forme entre un homme et deux femmes : une jeune fille et une peintre célèbre. La tension dramatique monte quand l'ardente élève décide de venger sa maîtresse et culmine en une fin tragique.

Osamu Dazai (1909-1948), lui, raconte dans La Déchéance d'un homme la fascinante histoire d'un anti-héros, de ceux qui n'arrivent pas à rejoindre la marche d’une société tiraillée entre les traditions japonaises et les nouvelles influences occidentales. Sous la plume de Dazai, on se passionne pour celui auquel on aurait à peine jeté un œil dans la vie. Le roman est en partie autobiographique, notamment lorsque le héros survit, seul, à un suicide par noyade avec sa maîtresse.

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Yukio Mishima en 1956 (DR) 

L'œuvre la plus romanesque de Yukio Mishima (1925-1970), le plus international des écrivains japonais, est sa propre mort : à 45 ans, il tente un coup d'Etat à la tête d'une modeste armée puis se donne la mort par hara-kiri avant qu'un de ses disciples ne le décapite. 

Dans le domaine fictionnel, on cite souvent, parmi l'œuvre tentaculaire de l'enfant terrible des lettres japonaises, Le Pavillon d'or. En reprenant à son compte un fait divers qui a traumatisé sa patrie – l'incendie volontaire du plus beau temple de Kyoto – l'auteur explore, en évitant les savants pièges du manichéisme et à l'aide d'une analyse psychologique pointue, les raisons qui poussent son héros à agir.

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Kenzaburô Oé en 2012 (Thesupermat/Wikimedia Commons)

Enfin, le Japon peut s'enorgueillir d'un deuxième prix Nobel : Kenzaburô Oé, né en 1935. Ecrivain tourmenté, il s’aide d’alcool et de tranquillisants pour se pencher sur notre condition et cite Céline comme sa principale influence. 

Majeurs dans la vaste thématique du monde d’Oé, l'amour et la souffrance pour son fils handicapé font exploser sa plume. Ce drame lui inspire Une affaire personnelle : Bird, jeune homme, est précipité dans un cauchemar fait de honte, de vice et de sexe à la naissance de son fils handicapé, envisageant même de le tuer. Et puis c'est la rédemption. Bird trouve finalement une raison d’être à la vie qui nous détruit.

Formée à Sciences Po Paris, Flora Nicol est journaliste et serial travelleuse. Elle lit systématiquement la littérature des pays qu'elle visite.

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