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Les classiques chiliens : poésie, poésie et poésie

Flora Nicol By Flora Nicol Published on March 13, 2017
This article was updated on April 12, 2017
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Pablo Neruda en 1966 (DR)

Quelle littérature peut bien engendrer une bande de terre du bout du monde, coincée entre l'immense océan Pacifique et la majestueuse cordillère des Andes ? Territoire des extrêmes, le Chili s'est imposé sur la scène littéraire mondiale avec deux prix Nobel, dont Pablo Neruda en 1971 (1904-1973), bien sûr, qui écrivait que celui qui ne lit pas meurt lentement. 

N'est pas Chilien celui qui ne pourrait vous citer des passages de son Chant Général ("Je prends congé, je rentre chez moi, dans mes rêves, je retourne en Patagonie où le vent frappe les étables, où l'océan disperse la glace") ou de ses Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée ("et au lieu où respirent les œillets, nous fonderons un habit qui supporte, l'éternité d'un baiser victorieux").

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Gabriela Mistral (DR)

Plusieurs années avant Neruda, le Chili se voyait déjà couronné d'un Nobel de littérature. Et déjà pour la poésie ! Gabriela Mistral (1889-1957) fut la première des auteurs sud-américains à recevoir la prestigieuse distinction en 1945. Outre l'amour et la mort, ses thèmes favoris, le plus souvent empreints de tristesse, tiennent à l'admiration du pays natal et à la célébration de la nature andine. Pionnière méconnue du féminisme, Gabriela Mistral ne jouit pas d'une grande reconnaissance en Europe ; mais elle est vénérée au Chili.

Au panthéon des écrivains chiliens, on trouve un nombre impressionnant de poètes. Neruda et Mistral font partie des quatre grands de la poésie nationale avec Pablo de Rokha et Vicente Huidobro. Ce dernier (1893-1948) est surtout connu pour son recueil Altaigle, écrit sur douze ans. Ces chants sont si différents les uns des autres qu'il est impossible de ne pas en trouver un à votre goût.

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Vicente Huidobro (DR)

Huibdobro, dont la vie est digne d'un roman, passe du lyrisme typique du début du siècle :

"Ouvrez la bouche pour recevoir l'hostie de la parole blessée / L'hostie brûlante et angoissée qui naît en moi je ne sais où"

...à des vers totalement délirants :

"Lalila / Rimbibolam lam lam / Uiya zollonaire / lalila."

Pablo de Rokha (1895-1968) est considéré comme le quatrième pilier de la poésie chilienne. Son style, lyrique et aux accents d'épopée, reste marqué par une difficulté d'être dont il explore les arcanes avec de singulières fulgurances. On le ressent dans cette Complainte du vieux mâle, sorte de testament quelque temps avant sa disparition, où il décrit l'essence de sa poésie : 

"Toute mon œuvre, toute, absolument toute est tragique et dionysiaque, volcanique et insulaire, dramatique et océanique, comme le continent américain."
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Maria Luisa Bombal (DR)

Maria Luisa Bombal (1910-1980), considérée comme la première, en Amérique latine, à convoquer des thèmes surréalistes, a donné un souffle nouveau à la littérature chilienne. Sa principale œuvre est La femme au linceul : avant de mourir, Ana Maria voit toute sa vie défiler devant ses yeux. Ce sont des histoires d'amour poignantes qu'elle se remémore, les siennes et celles de ses enfants. Maria Luisa Bombal fit lire son manuscrit à Borges, qui s'enthousiasma en un après-midi : "Livre de magie triste, délibérément suranné (...) livre que notre Amérique n'oubliera jamais". Le lecteur est en effet facilement happé par cet univers onirique et passionnel.

Francisco Coloane (1910-2002), lui, est avant tout un aventurier chilien. Une sorte de Jack London d'Amérique du Sud. Lorsqu'il découvre le Grand Sud, c'est un choc : 

"On dirait la naissance ou la limite d’une planète inconnue." 

De toutes ses expéditions extrêmes, il tire des romans, dont le fameux Tierra del Fuego. Sa lecture est un voyage au bout du monde, peuplé de personnages sortis d'un rêve – cowboys, soldats, chercheurs d'or, chasseurs de baleines – et de paysages rudes et envoûtants.

Le Chili rime définitivement avec poésie. Car au palmarès des classiques nationaux, on trouve également Nicanor Parra (né en 1914 et toujours vivant !). Ce grand poète se définit comme un antipoète : il veut désacraliser la poésie et la rapprocher de la vie et de la langue parlée. Il faut maîtriser la langue de Cervantes pour goûter à son ouvrage le plus connu, Poemas y Antipoemas, qui révolutionne la poésie chilienne et latino-américaine, mais reste hélas non traduit en français. Il en appelle constamment au rire et à l'absurde. Ainsi s'en dégage une énergie et une force impétueuse et rajeunissante.

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Isabel Allende en 2015 (Lesekreis/Wikimedia Commons)

Isabel Allende n'est peut-être pas un auteur classique au sens strict du terme, c'est-à-dire enseigné à l'école, mais sa Maison aux esprits a connu un succès mondial et a été adapté au cinéma. Saga familiale, avec pour toile de fond l'histoire de Chili des années 70, le roman est un véritable page turner. Sur quatre générations, la famille Trueba connait l'amour, la mort, la magie, et des révolutions politiques.

Luis Sepulveda (né en 1949) a enchanté le monde avec son oeuvre Le Vieux qui lisait des romans d'amour, traduite en 38 langues. Cette fable écologique commence comme un polar, en Amazonie : deux corps sont retrouvés sur une pirogue. Seul le vieux Antonio José Bolivar, qui s'est déjà réfugié dans la littérature pour faire face aux vicissitudes de son destin, permet de disculper les Indiens et de reconnaître la signature d'un fauve, à la rencontre duquel il va devoir partir. Voici un conte, où la littérature est salvatrice, et dont la part de magie vous laisse une empreinte à vie.

Le dernier à avoir rejoint le clan des classiques chiliens est Roberto Bolaño (1953-2003). Les Détectives sauvages est son œuvre majeure. 

Si vous aimez les livres à la chronologie classique, passez votre chemin. Si vous cherchez l'aventure littéraire, plongez dans l'épopée de trois poètes underground, sur vingt ans, qui s'abandonnent au « Partez sur les routes » d'André Breton, fuyant un maquereau, recherchant une poétesse mystérieuse, écumant tous les continents du monde et voulant avant tout vivre poétiquement : ce roman a quelque chose de Joyce mais il rappelle aussi Borges. 

Si Roberto Bolaño est perçu comme un romancier, lui se considérait en poète. Puisqu'on vous dit qu'au Chili, tous les chemins mènent à la poésie...

Formée à Sciences Po Paris, Flora Nicol est journaliste et serial travelleuse. Elle lit systématiquement la littérature des pays qu'elle visite.

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