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Chic, le roman policier arabe est de retour !

Camille fait la VF By Camille fait la VF Published on February 28, 2017
This article was updated on June 19, 2017

Si on avait établi une liste des best-sellers en Egypte au début du vingtième siècle, on y aurait certainement trouvé des romans policiers de grande qualité. À l'époque, les traductions des enquêtes de Sherlock Holmes et d'Arsène Lupin étaient très populaires - c'était aussi le cas d'œuvres originales, présentées comme des traductions afin d'accroître leur attrait.

Pour le chroniqueur Jonathan Guyer, la période qui s'étend de 1890 aux années 1960a été un « âge d'or de la traduction de romans policiers [en arabe] ». 

Un voleur récidiviste auteur de 22 polars

L'universitaire Samah Selim rappelle d'ailleurs que « L'intégralité des 10 000 exemplaires du roman [de cape et d'épée de 1900] Les Pardaillan de Michel Zévaco s'est écoulée en trois mois. Dix mille exemplaires... Des chiffres de vente dont on n'ose même pas rêver aujourd'hui ! »

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Nombre de grands auteurs adoraient ce genre : Naguib Mahfouz, lauréat du prix Nobel de littérature, a déclaré que son auteur préféré lorsqu'il était enfant était Hafiz Najib, un voleur récidiviste également auteur de 22 romans policiers. Naguib Mahfouz lui-même s'est essayé au genre policier dans le roman Le Voleur et les chiens, paru en 1961.

Cependant, par la suite, les écrivains arabes se sont consacrés au réalisme social et ont travaillé autour du thème du renouveau des nationalismes arabes. Puis beaucoup d'entre eux ont privilégié les romans autobiographiques et les expérimentations linguistiques. Dans la majeure partie de cette région du monde, le genre policier est alors tombé en sommeil.

Tradition égyptienne

Au festival des arts contemporains du Caire de 2016 (D-CAF), l’auteur de polars M.M. Tawfik a expliqué pourquoi il souhaitait ramener le roman policier sur le devant de la scène :

« J'ai commencé à écrire mon premier roman policier à la fin des années 1990. Il faut se rappeler ce qu'était la scène littéraire à cette époque : une génération d'écrivains qui se consacraient à des équations presque incompréhensibles sur des sujets extrêmement personnels... et terriblement ennuyeux ! J'avais le sentiment que cela contredisait la tradition égyptienne, inaugurée un siècle plus tôt, et il était important de ramener un style d'écriture destiné non pas uniquement à exprimer les tourments intérieurs de l'auteur, mais également à contenter le lecteur. Et quel meilleur moyen d'y parvenir que le roman policier ? »

Grande figure de la renaissance du polar arabe, l’Egyptien Ahmed Mourad était lui aussi invité au D-CAF. Il s'est fait connaître avec le roman policier Vertigo et a gagné en notoriété grâce à son thriller psychologique L'Éléphant bleu, qui a été adapté au cinéma.

Le Maghreb a repris le flambeau

Soyons précis : la tradition du polar ne s'était pas éteinte partout. Les pays du Maghreb ont peu à peu repris le flambeau. Même si ce genre est dominé par les hommes dans cette région, en Algérie, quelques femmes auteurs de polars ont remporté un certain succès. C'est le cas de Nassima Bouloufa, dont le roman Nabadhate akher aleïl, paru en 2015, tourne autour d'un protagoniste féminin.

Dans la presse arabe, les critiques apprécient de plus en plus le roman policier, tout en perpétuant l'idée que les romans de genre ne sont pas tout à fait sérieux... Beaucoup ont d'ailleurs été surpris de voir que L'Éléphant bleu d'Ahmed Mourad, puis Mawlanâ d'Ibrahim Eissa ont été finalistes du prix international de la fiction arabe en 2013. Mais pour M.M. Tawfik, les romans policiers peuvent être aussi sérieux que les romans dits réalistes :

« Un roman policier est un parfait format pour intégrer des pans d'Histoire. Et ce parce que ce genre est fondamentalement tourné vers la découverte de la vérité. Lorsqu'on se concentre sur la découverte de la vérité, on peut avoir de nombreuses discussions intéressantes sur ce qu'est la vérité. »

Une Agatha Christie arabe ?

Au festival de littérature des Émirats arabes unis, en 2011, l'universitaire égyptien Kamal Abdel Malek et l'auteur de polars gallois Matt Rees ont donné une conférence intitulée : « Une Agatha Christie peut-elle émerger dans le monde arabe ? » Dans un récent échange d'e-mails, Abdel Malek nous expliquait :

« Je me souviens de Matt Rees déclarant que la figure du détective privé ne pouvait fonctionner que dans une démocratie, et que c'était la raison pour laquelle il était possible de la faire vivre en Occident, mais pas dans le monde arabe, où toutes les facettes du pouvoir sont concentrées entre les mains du gouvernement. »

Pourtant, le personnage du Vertigo d'Ahmed Mourad est une sorte de détective privé : un photographe qui tombe sur un meurtre et a toutes les peines du monde à exposer ce qu'il a découvert au public, et non à la police. De même, dans Mawlanâ d'Ibrahim Eissa, c'est un télévangéliste qui mène l'enquête...


La version originale de cet article a été publiée en anglais par M Lynx Qualey.

Camille traduit et adapte en français certains articles publiés dans d'autres langues sur Bookwitty.