We think that you are in United States and that you would prefer to view Bookwitty in English.
We will display prices in United States Dollar (USD).
Have a cookie!
Bookwitty uses cookies to personalize content and make the site easier to use. We also share some information with third parties to gather statistics about visits.

Are you Witty?

Sign in or register to share your ideas

Sign In Register

Le photographe aux 18 000 portraits d'écrivains

Sabyl Ghoussoub By Sabyl Ghoussoub Published on April 19, 2017
This article was updated on May 18, 2017
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f651b6056 db29 4571 bd53 0253e7c6f360 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Autoportrait de Louis Monier

À 74 ans, Louis Monier compte derrière lui 48 ans de carrière et un million de clichés dont 18 000 portraits d'écrivains. Né à Ménilmontant, il a reçu à treize ans son premier appareil, un Ultraflex. "Mon père était notaire mais il adorait la photo. Je le voyais développer ses pellicules et je voulais faire comme lui. J'ai commencé à prendre des paysages mais aussi ma grand-mère et les gens que j'aimais." Un an après, son père meurt et le jeune homme s'accroche à la photographie. Il achète un Weberfex puis un Pentax et part étudier un an en Suisse. "Il y avait des curés qui y faisaient de la photo, de magnifiques images qui m'ont énormément influencé." 

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fd51a872a c628 483d afb3 f63c41c6f375 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

En terminale, il feuillette un Lagarde & Michard : des portraits de Julien Green, Joyce et Beckett pris par Gisèle Freund illustrent le livre. Il a trouvé sa voie : il sera portraitiste. De la Beat Generation à Mohammed Dib en passant par René Char, Amélie Nothomb et Edouard Limonov, Louis Monier a photographié des milliers d’écrivains, connus et inconnus : "Les grands écrivains ne m'ont jamais posé de problème mais les petits, beaucoup, ceux qui pensent que leur portrait changera leur carrière, leur destinée”, et qui voudraient choisir quelle photo sera publiée. "Je ne dis pas à l'écrivain comment il doit écrire son livre”, peste -t-il.

Sa carrière ne s'est pas cantonnée qu'aux auteurs mais il garde une passion démesurée pour la littérature et les auteurs. Il dit : 

“Un écrivain, c'est pas quelqu'un d'habituel. Ce travail demande tellement de soi, cela transforme un homme." 

Pour Bookwitty, celui qu'Abdelkader Djemaï a surnommé "le pickpocket de l'âme” commente quelques unes de ses images.


"L'Inadmissible Romain Gary"

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fcb0d5ebe 049c 4536 a5c6 ba0d092c0d6b inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

"J'étais installé au Select avec mon ami Paul Sigaud qui me dit : "Tiens, Romain Gary vient de passer." Je ne sais pas pourquoi, je me lève, le poursuis et l'interpelle : "Monsieur Gary, il me faut un rendez-vous avec vous demain pour vous prendre en photo et réaliser une interview." Je propose de lui montrer ma carte de presse mais il refuse, il n'en a pas besoin, il voit tout de suite que je suis un vrai professionnel. Le lendemain je vais chez Romain Gary, et trouve sur sa table Les Nouvelles littéraires avec ce titre : "L'Inadmissible Romain Gary". Il avait fait poser Jean Seberg à poil dans une cage à oiseaux. Je lui fais porter le journal devant son poitrail et le prends en photo. J'emmène ce portrait à André Bourin, rédacteur en chef des Nouvelles littéraires qui adore et me demande si je ne veux pas en réaliser d'autres. Voilà comment ma carrière a débuté, sur un coup de bluff.  Je n'avais évidemment pas de carte de presse."


"La couleur disperse"

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fa91137dc d0c7 4a37 bad4 c14191836752 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

"Passionné par la peinture et la sculpture, j'ai appris mon métier de photographe en me baladant, notamment dans les vernissages, comme ici avec William Burroughs, parce que regarder un tableau reste la meilleure des leçons. Le noir et blanc m'a paru comme une évidence et j'assume entièrement ce choix. Cela concentre l'attention. La couleur disperse." 


"Capturer l'âme"

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f4ecc0d4d 1bcd 48a8 bb2c bffc45cfa9ae inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

 "J'ai loué un 70 mètres carré au 12 rue Martel à Paris et installé un studio, un labo, un bureau et des archives. Parfois les auteurs venaient chez moi, parfois l'inverse. En moyenne, une séance durait une heure. Le temps d'installer l'éclairage, discuter un peu puis prendre la photo, "capturer l'âme" de l'écrivain, comme disait Gisèle Freund. Parfois les gens venaient au studio pour que je les prenne en photo et j'avais oublié qu'ils étaient déjà venus. Cela m'est arrivé avec Andreï Makine."


"Beckett, c'est dans un quart d'heure"

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2ffcc52531 cac7 4afc ba4a 2d74ad1b16ea inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

"Des maisons d'édition aux revues, je travaillais pour tout le monde même si je n'avais qu'un seul homme en tête. Je voyais souvent Jérôme Lindon, directeur des éditions de Minuit à qui je répétais : "J'aimerais bien rencontrer Beckett". Mais on ne rencontre pas le dramaturge irlandais si facilement. Il fallait attendre, attendre et encore attendre puis un jour, assis au café de Flore, Jérôme Lindon m'a annoncé : "Beckett, c'est dans un quart d'heure". Avoir Beckett dans sa photothèque, c'est comme avoir Borgès, c'est extraordinaire. Ce sont des personnages dingues. Je me rappelle encore avoir pleuré avec Jérôme au Salon du Livre deux mois après la mort de l'écrivain."


Au Bois de Boulogne

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fa6a64291 2587 4075 a4aa 0337114b028f inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

"Passant d'un shooting à l'autre, j'ai circulé 33 ans à Paris en moto. Un jour, longeant le Bois de Boulogne, je croise Jean d'Ormesson qui était en voiture. Nous étions très amis alors on s'est arrêtés quinze minutes pour parler et je l'ai pris en photo. C'est un des écrivains que j'ai beaucoup photographiés, plus de dix fois."


Le bon vin et les bistrots

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f6f9ce3a9 1da7 41eb 9a2c d258fc869f34 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

"Certaines de ces rencontres ont abouti à de longues amitiés. Jacques Perret aimait le bon vin et les bistrots. On se retrouvait souvent rue Daguerre. J'y ai côtoyé Agnès Varda et Claude Nori. J'ai aussi travaillé avec Bernard Pivot : j'étais photographe de plateau à Apostrophes. Je prenais en photo les écrivains avant que l'émission ne commence. J'y gagnais bien ma vie."


Houellebecq et le lumbago

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f185e1dd8 b946 4e1f 9c8e 20d8a52291d7 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

 "J'avais rendez-vous un jour avec Michel Houellebecq mais atteint d'un lumbago, ma femme a dû annuler la séance. Lorsque qu'elle lui a dit : "Je le laisse seul", Michel a décidé de venir passer la journée avec moi pour me distraire." 


"Quand tu frappes à la porte..."

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f6d5ec3d8 0ef6 4da4 94e8 715e827a7c19 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

"Une fois, alors que je devais prendre Antoine Blondin en photo chez lui, il m'avait précisé : "Quand tu frappes à la porte, tu dis bien que c'est pas l'huissier pour que je t'ouvre." Il me faisait toujours rire."

D'une mère née au Liban et d'un père au Ghana, Sabyl a grandi à Paris sous la coupe d'une mama capverdienne. Photographe et chroniqueur, il a été entre 2011 et 2015 directeur du festival du film ... Show More

0 Comments

Please log in or sign up to join the discussion

4 Related Posts