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Laurent Nunez : les incipits explicités en toute majesté

Olivier QUELIER By Olivier QUELIER Published on October 1, 2017

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Ah, l’incipit ! Ce fameux incipit qui pique et qui pète et plaque les pupilles du lecteur au lustre de l’impatience (oui, on a les métaphores qu’on peut…). Cette phrase de quatre (« Aujourd’hui maman est morte ») ou quatre cents mots, qui révèle ou recèle, garde sa part d’obscurité quoiqu’il s’écrive ensuite.

Laurent Nunez, dans un ouvrage à l’élégance savante, s’attaque au mystère de certaines premières phrases, plus ou moins célèbres, de la littérature française. Il rappelle que Marcel Proust a mis trois ans pour trouver : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ». Et Céline a transformé « Ça a commencé comme ça », sur le manuscrit envoyé à l’éditeur en « Ça a débuté comme ça », sur les épreuves destinées à l’imprimeur. « Ceux qui ne voient pas la différence, conclut Nunez, sont des sauvages ».


Prenons le temps, c’est important


Parce qu' »on lit toujours trop vite », Laurent Nunez nous invite à prendre le temps et à étudier chaque incipit mot après mot. Aux paresseux qui prétendent que « poésie et commentaire ne vont pas ensemble », il pose la question : « Est-ce que lire [le texte] vous suffit ? ». Son analyse de Chantre, le plus court poème de la langue française, écrit par Apollinaire, est un concentré de finesse et de talent.

Chantre, c’est ce monostiche sur lequel nul ne s’accorde tant les interprétations sont nombreuses :

Et l’unique cordeau des trompettes marines

La pertinence de l’analyse de Laurent Nunez est bluffante. Chaque mot est étudié, mis à nu. Trop ? Certainement pas. « On ne décode jamais assez, affirme Nunez, et c’est bien pourquoi la littérature existe. Lire, c’est toujours lire entre les lignes. L’interprétation est vitale à l’homo sapiens qui chasse, cueille et pêche depuis toujours, même au sein du langage. Dès lors, il ne faut pas dire que les œuvres littéraires ne s’expliquent pas, mais que c’est par l’explication seule que la littérature existe. »


Prenons encore un peu de temps, c’est passionnant


Nunez le démontre, face aux incipits de Proust, Queneau, Zola, Aragon et bien d’autres. Et démontre que l’on peut encore dire « des choses neuves sur des textes classiques », nous incitant, nous invitant à relire les chefs-d’œuvre. A les relire, vraiment, même s’il mesure avec dérision ce que ses « microlectures ont d’hystérique ».

Ah, les lectures érudites et passionnées de Laurent Nunez ! « Elles croient que chaque phrase est un coffre, dont les clefs seraient forgées par la grammaire, l’étymologie, les figures de rhétorique. Mais elles prouvent surtout qu’un texte littéraire est illisible, parce que personne ne peut réfléchir ainsi sur 200 ou 300 pages. »

Prenons le temps de nous laisser gagner par l’hystérie de lecture de Laurent Nunez.


Olivier Quelier


L’énigme de premières phrases, de Laurent Nunez, Grasset, 198p. 13€.

Journaliste-enseignant. Formateur, consultant. Ateliers d'écriture. Eveilleur d'aurore, dans les bons jours.

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