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La bibliothèque idéale de Théo-Mario Coppola, curateur d’art

Arnaud Idelon By Arnaud Idelon Published on January 15, 2018

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En 2016, une revue d’art contemporain m’a convié à convier un curateur qui convierait lui-même un artiste pour construire ensemble une exposition. C’est ainsi que je fis la connaissance de Théo-Mario Coppola.

À la fois curateur et critique, fasciné par la littérature décadente, Théo-Mario Coppola conçoit sa pratique comme celle d’un écrivain – couplée à celle d’un insatiable lecteur.

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Clin d’œil à Huysmans avec l’exposition Là-bas présentée à Glassbox (Paris) ou référence à Goethe et Marlowe avec Les Secrets du Docteur F. à l’Under Construction Gallery (Paris), chacune des propositions curatoriales de Théo-Mario Coppola fleure bon l’intrigue et l’imaginaire que déploient les mots. Ceux-ci ancrent les œuvres présentées dans un continuum de références qui tissent entre les siècles et les arts des affinités qui paraissent à nos yeux comme allant de soi, légitimées et enchantées par la joie et la fureur de partager, de montrer, de provoquer la rencontre.

C’est donc tout naturellement que j’ai pensé à lui pour qu’il m’ouvre les portes de ses bibliothèques, entre Lille, Paris et Naples.

C’est l’envie d’écrire qui vous anime. Quel genre d’auteur seriez-vous ?

Le curateur est un praticien et un auteur. C’est un des enjeux significatifs du métier. Faire agir le texte est une aspiration personnelle forte. Si la littérature ne permet pas de créer des liens, d’activer une dimension collective, elle échoue. Je suis contre l’usage autoréférentiel d’un texte. Et si j’ai plusieurs projets d’écriture, je ne ressens aucune urgence.

Ayant été élevé dans un environnement favorable à la création, je n’ai aucun mérite de ce point de vue. Ce que l’on m’a transmis pendant l’enfance, je veux à mon tour le partager avec les artistes et les amis qui m’entourent. Mais je déteste voir le savoir écraser l’autre, le malmener. La connaissance peut être un outil de domination. La culture est dangereuse car elle est potentiellement clivante. Il faut prendre soin de n’écarter personne. Être curateur, c’est faire communauté.

Quelles sont vos influences littéraires ?

J’ai lu, très jeune, Les Mots de Jean-Paul Sartre et d’autres livres que ma mère me mettait entre les mains. Avec Sartre, écrire et lire sont devenus des évidences. Sartre formulait pour lui-même ce que je ressentais dans la relation au texte. Dans mon adolescence, j’ai ainsi lu les classiques, avec une prédilection pour les romans fleuves. Aujourd’hui, Fiodor Dostoïevski et Thomas Mann occupent une place significative chez moi. Mann a exploré avec une telle finesse les traumas de l’héritage familial, la sexualité, la politique, l’art et ses aspirations...

Un ami mexicain m’a fait découvrir la science-fiction avec Orson Scott Card et Isaac Asimov, et puis il y a eu la littérature américaine, notamment Truman Capote, et les littératures européennes aussi, au premier rang desquelles la littérature italienne, avec les auteurs les plus contemporains et les plus classiques, mais aussi des essais politiques comme ceux de Gramsci. Oh, et j’allais oublier la Russie : une longue obsession entre 10 et 14 ans.

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Avec le temps, j’ai découvert d’autres pays, d’autres époques, d’autres manières d’écrire. En ce moment, je lis essentiellement des auteurs sud-américains, avec une prédilection pour les écrivains brésiliens. Je suis traversé par un chapitre, un paragraphe ou une phrase, un personnage ou une description mais aucune œuvre n’est assez forte pour écarter toutes les autres.

Pour qu’une œuvre littéraire puisse être le point de départ d’un projet d’exposition, et donc une influence littéraire, il faut qu’elle fasse écho à une réalité sociale, à une question de société. Certains curateurs s’intéressent à la littérature mais cela ne doit pas être un choix par défaut. Sinon, sans écho avec le réel, la transposition devient un exercice de style littéral et ce n’est pas la dimension que je souhaite donner à la présence de l’œuvre dans la construction de l’exposition. Le point de départ est donc le livre, mais il est aussi un prétexte, une méthodologie personnelle.

Le livre qui convertirait le plus réac' des réacs à l’art contemporain ?

Aucun livre ne le peut. C’est aux artistes que revient cette force. Il y a eu ces dernières années tant de livres dont l’ambition consistait à démonter les détracteurs de l’art contemporain. Le monde de l’art a ses limites. Il n’est ni en deçà, ni au-dessus des autres. Mais rien ne remplace la rencontre avec l’œuvre ou l’inattendu que provoquent les idées d’un artiste. Sans relation, l’art se fane. Il doit être incarné pour survivre à lui-même. D’où la beauté d’être un passeur.

Partout dans vos expos se ressent la présence de la littérature. À titre d’exemple, l’exposition Là-bas est une référence directe à Huysmans. Comment envisagez-vous ce jeu de dialogue avec la littérature ?

Avec cette exposition, j’ai pensé la possibilité de créer un lien entre les conditions de la révélation de Huysmans, accompagné par l’abbé Mugnier, et le basculement de l’œuvre dans des formes de révélation. Elle a d’abord eu lieu à Montreuil dans deux ateliers collectifs puis à Paris chez Glassbox et à la galerie dix9.

Cela a été également le cas avec Le Paradis, un peu plus loin. Le titre de l’exposition est une référence à l’œuvre de Mario Vargas Llosa. L’auteur fait dialoguer deux vies. Flora Tristan. Et son petit-fils, Paul Gauguin. Comment l’héritage peut-il se renverser ? Que disent les enfants, les petits-enfants des récits qui leur sont transmis en famille ? Peuvent-ils, en se faisant passeurs, sauver celui qui a souffert ?

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Installation "Le Paradis un peu plus loin" (© Courtesy Galerie Dix9 Hélène Lacharmoise)

Je parle au quotidien avec les artistes. Certaines relations sont des amitiés littéraires. Avec Karine Hoffman, je parle de Bruno Schulz. Avec François Durif, je parle de Kafka et de Joseph Joubert dont il vient de m’offrir les carnets. Avec Marinella Senatore, nous parlons de la poésie de Warsan Shire. Avec Boris Lehman, de Georges Perec ou de Victor Hugo.

Vos tips en littérature décadente ?

Si je ne devais en citer qu’un seul, Romantisme Noir de Mario Praz. J’ai signé une exposition du même nom, en référence à ce livre, à la galerie EXPRMNTL à Toulouse, avec Yasmina Benabderrahmane et Vincent Lemaire. Mais je ne peux pas résister à citer Huysmans qui occupe une place cruciale. Et bien sûr Les Diaboliques de Jules Barbey d’Aurevilly.

Vos coups de cœur en littérature érotique ?

La littérature érotique est un genre. Je préfère voir l’érotisme par surprise dans un livre. Les pires scènes érotiques sont souvent dans les livres qui prétendent s’y consacrer totalement. C’est la même chose en peinture. Je pense par exemple à Eugène Boudin. Je trouve ça assez épouvantable. Tout s’accumule pour arriver à l’acmé, ce grand moment de déception. Alors que l’érotisme qui émane de l’atmosphère névrotique de la Montagne Magique ou des Destinées Sentimentales de Jacques Chardonne n’est pas liée au désir fou du présent, ou à la représentation de l’érotisme (donc à sa réduction) mais à la quête perpétuelle, à l’envie, à la peine, à la contemplation de l’autre, à l’impossibilité de s’en approcher. Tout ce qui se livre se délite, tout ce qui se donne déçoit. La tension est un moteur plus beau et plus fin aussi.

Je vous sais grand lecteur, d’essais en particulier. S’il fallait n’en retenir qu’un ?

S’il fallait ne retenir qu’un essai, ce serait à la défaveur de tous les autres. S’il fallait n’en citer qu’un pour qu’il soit lu et cité davantage, alors disons Les Damnés de la Terre de Franz Fanon. C’est un texte qui appelle à la résistance, à la conscience de l’histoire de l’autre. Et c’est donc un texte crucial pour l’art. J’entends trop souvent des cris de désolation quand un artiste ou un curateur parle de politique mais où a-t-on vu que la politique pouvait ne pas avoir sa place ? Où a-t-on lu que l’art n’était pas politique ? L’art, la politique et le réel se confondent. On y retrouve les mêmes causes parce que l’art n’échappe pas à ses conditions d’existence. Il est un espace de domination et de compétition, un monde de valeurs primaires signifiantes pour faire communauté et de valeurs secondaires, appelées à devenir primordiales. Chacun lutte pour imposer une vision. En accord ou en désaccord avec les règles établies.

Je vous rencontre souvent à l’occasion des vernissages, et plus généralement en visitant des expositions. Est-ce que les catalogues sont votre truc ? Quelle importance leur attachez-vous ?

Sans doute moins souvent ces derniers mois (rire). Le vernissage est ce petit moment sacré de perpétuation de l’entre soi. La communauté se célèbre elle-même en même temps qu’elle baptise la proposition de l’artiste. En dehors de ce moment-là, rencontrer l’artiste, prendre le temps de voir agir sur soi l’œuvre est une expérience d’une plus grande densité d’un point de vue individuel, car finalement, le vernissage appelle à la consécration de la communauté tandis que la visite en dehors de ce moment permet d’enrichir son rapport individuel au travail. Entre la communauté et l’intériorité, le catalogue est essentiel. C’est plus qu’un truc. Avec lui, l’exposition commence et se prolonge. L’on comprend comment l’exposition naît, comment elle a pu se réaliser.

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Il y a des catalogues importants pour moi. Pour citer ceux compulsés le plus récemment dans ma propre bibliothèque : Martin Kippenberger, Psychobuildings ; Robert Smithson, Hotel Palenque ; Tacita Dean, Buon Fresco, et Seth Siegelaub CARL ANDRE ROBERT BARRY DOUGLAS HUEBLER JOSEPH KOSUTH SOL LEWITT ROBERT MORRIS LAWRENCE WEINER (The Xerox Book).

La meilleure définition de l’art, vous la trouvez sous la plume de qui ?

Je la cherche encore.

Le roman auquel vous aimeriez dédier une exposition.

Le roman ne peut pas être illustré. La relation littérature-exposition est une question non définitive. Plus qu’une exposition, je pense à un projet sur les dernières explorations glacières autour de La Montagne Magique de Thomas Mann. Mon seul impératif, c’est que le projet ait lieu avec la fonte des glaces…

Vos origines vous rattachent à Naples et la côte amalfitaine, quels sont les livres qui évoquent bien cet univers ?

C’est certainement un des sujets sur lesquels j’ai le plus lu. La côte amalfitaine, la cité Partenope, les îles de la baie de Naples… Alors je livre quelques titres : d’abord, La Peau de Curzio Malaparte, ensuite Le Livre de San Michele d'Axel Munthe, évidemment Porporino ou Les Mystères de Naples de Dominique Fernandez, Le Jour avant le bonheur d’Erri de Luca, La Dormeuse de Naples d’Adrien Goetz. 

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Naples est une des grandes capitales de l’Europe. Je connais peu de villes capables de rivaliser avec Naples et la Campanie. Et je ne le dis pas que parce que je suis napolitain. Le San Carlo est le premier opéra de l’histoire, le Musée Archéologique que l’on appelle Il Museo comme s’il n’y en avait qu’un à Naples est un des plus importants au monde. Et puis, il y a Paestum, Herculanum et Pompéi, la maison de Poppée, seconde épouse de Néron. Naples et ses hauteurs avec San Martino. Naples et ses souterrains qui témoignent de l’histoire pluriséculaire de la ville, de l’Antiquité à la Seconde Guerre mondiale. Les églises, n’en parlons pas. C’est la deuxième ville après Rome. Et l’architecture ! Vanvitelli, qui est un maître ! La Reggia di Caserte, à faire pâlir Versailles. Les jardins de la Villa de Tibère à Capri, la Villa Malaparte, la villa San Michele. La liste est infinie. Goethe, Stendhal, Nietzsche, Sartre ont tous parlé de Naples. Et combien d’artistes sont passés par là...

Si vous deviez ne garder qu’un seul livre, ce serait lequel ?

La Montagne Magique de Thomas Mann que je relis régulièrement, par fragments ou par brides. Mais c’est sans tristesse si un livre a déjà été lu au moins une fois. Non, si on m’empêchait d’en lire de nouveaux, alors là, oui, quel drame !

Quels sont vos livres de chevet ?

J’ai de chaque côté de mon lit, plusieurs piles de livres. Deux chevets donc. Il y a là un pêle-mêle de catalogues d’exposition, de romans, de recueils de poésies, d’essais politiques, de livres d’artistes. Il y a aussi des revues de mode, des dictionnaires de cuisine. En français, en anglais, en italien. Dans d’autres langues aussi.

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En ce moment sur le haut de la pile il y a Avenida Paulista, le catalogue de l’exposition au MASP l’an dernier à São Paulo, Imagine Brazil, un autre catalogue sur la scène brésilienne, acheté au Astrup Fearnley à Oslo, les Écrits politiques de Gramsci, que je relisais en partie pour une recherche personnelle, un recueil de poésie de Harry Burke avec qui j’avais participé à une soirée poésie à Paris dans un appartement. Il y avait aussi Amalia Ulman et Jasper Spicero. Chacun d’entre nous lisait des poèmes. Si je dois continuer la liste, il y a aussi des essais de Quentin Meillassoux, le dernier essai de Nicolas Bourriaud. Puis quatre revues auxquelles je suis abonné depuis plusieurs années, Frieze, ArtForum, Mousse, Spike.

Et votre must have du moment ?

La Vie des Plantes d’Emanuele Coccia. Son troisième livre après Le Bien dans les choses et La Vie sensible. À chaque fois, il explore avec une intelligence peu commune un nouveau sujet. Il est pour moi un des penseurs les plus singuliers de notre époque.

Vous avez travaillé sur la mondanité – pouvez-vous nous en dire plus ? Un livre qui vous vient à l’esprit à ce sujet ?

Je m’éloigne désormais de ce sujet que j’avais abordé dans un mémoire de recherche, mobilisant désormais d’autres notions pour analyser la vie sociale de l’art. Pour moi l’œuvre ne s’oppose pas à la vie de l’art. Il n’y a pas d’un côté l’œuvre comme vérité et la vie sociale comme une trahison. L’œuvre et la vie sociale, c’est-à-dire les conditions d’existence de l’art coexistent.

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Il y aurait tant de livres à citer, je pense notamment à Un jeune homme chic d’Alain Pacadis qui éclaire avec une grande personnalité un temps désormais révolu de la vie nocturne parisienne. Et le journal de l’abbé Mugnier est lui aussi un texte singulier, dans un autre registre. Arthur Mugnier a été pendant plusieurs décennies le confident des écrivains au rang desquels Jean Cocteau, qui lui écrivait depuis le front, pendant la guerre, Marcel Proust, la Princesse Bibesco, ou encore Huysmans. Mugnier était un ami de Cosima Wagner et a soutenu l’œuvre du compositeur en France. Il fréquentait ce que l’on appelait encore le Tout-Paris. Ghislain de Diesbach, biographe de Marcel Proust, lui a consacré un livre. Mais, Mugnier n’était pas une pâle figure, un falot qui n’aurait été qu’un compagnon de table. Il passait d’un dîner au Ritz à une mansarde pour donner l’extrême onction à un mourant. Quand j’ai déménagé de la rive droite à la rive gauche, j’avais dans l’idée de me rapprocher du 7 rue Méchain, l’adresse qu’il occupa jusqu’à la fin de sa vie. Et en effet, je n’habite pas très loin.

Y a-t-il un livre qui guide votre pratique de curateur ?

Non. En art comme en voyage, je n’emporte aucun guide. Avec le guide, vient la fascination pour l’auteur du guide. Je n’ai pas d’idole.

Pourriez-vous être éditeur ? Quel serait votre livre idéal ?

Je viens de rejoindre les éditions Dânesh, c’est un nouveau projet qui suppose un autre rapport au texte. J’y dirige une collection sous le nom La Main et l’Esprit. J’ai proposé à Parand Danesh, fondatrice des éditions et de la revue Demain, Dès l’Aube à laquelle je collabore, d’inviter un artiste et un théoricien à se rencontrer. Ceux-ci ne doivent pas se connaître. La première rencontre est une conversation dans un lieu préalablement défini par eux. Et je n’y assiste pas. Ils se rencontrent, échangent. S’ils le décident, cette conversation prend la forme d’un ouvrage. Je les accompagne ensuite pour rendre cela possible. Je crois beaucoup à la force des outils, et à la rencontre.

L’éditeur est un facilitateur, tout comme le curateur. Il crée les conditions d’une situation. Le livre idéal est ici une manière d’éviter les rendez-vous manqués.



Photo : Théo-Mario Coppola


Couverture : « Romantisme Noir », Galerie EXPRMNTL, Toulouse, Yasmina Benabderrahmane et Vincent Lemaire, cura. Théo-Mario Coppola, 30 novembre 2016 - 30 février 2017

(visuel de l'exposition / courtesy Yasmina Benabderrahmane & courtesy Vincent Lemaire)

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Commissaire d'exposition et cofondateur du collectif BLBC, Arnaud Idelon est avant tout un grand passionné de lecture à la recherche de la moindre pépite, culte ou méconnue.

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