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La bibliothèque idéale de Marie Ouazzani & Nicolas Carrier, artistes plasticiens

Arnaud Idelon By Arnaud Idelon Published on August 25, 2017
This article was updated on October 10, 2017

Marie Ouazzani et Nicolas Carrier forment un duo d’artistes, ainsi qu'un couple dans la vie civile. Leur travail, mêlant vidéo et installation explore les rapports complexes de l’homme à son environnement, les notions de paysage, et les mutations qui affectent les territoires en développement.

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Qu’ils s’inspirent de l’histoire d’une ancienne école coréenne pendant la colonisation japonaise, du motif de la ruine à travers les restes des expositions passées d’un lieu d’art à Amman (Jordanie), ou qu’ils fassent déambuler un chat dans les réserves du Fonds régional d’art contemporain à Marseille, les motifs de l’urbain, des lieux et de leurs génies, des processus d’abandon, de transformation et de ruines sont au centre de leur œuvre. 

Ils convoquent le médium vidéo comme matière brute et, à partir d’une grande variété de matériaux (caisses, plantes, terre, mauvaises herbes, déchets, photographies…), recréent des mondes à part, régis par leurs lois propres.

Familiers de l’Asie du Sud-Est grâce à de nombreuses résidences, ils envisagent à présent un projet au long cours sur les villes de petite couronne, dans le cadre du projet urbain et politique du Grand Paris.

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Je connaissais leur relation privilégiée aux livres et à la lecture, notamment du fait de leur collaboration avec la librairie Colophon, dédiée à la micro-édition, et notamment au travers de Sand Plants, livre dédié à un travail vidéo du même nom. Livre et vidéo témoignent des conséquences d’un urbanisme débridé sur l'île chinoise de Xiamen, ancienne base militaire durant la guerre froide, au large de Taïwan. L’île, aujourd’hui devenue une station balnéaire prisée, reste parsemée de bunkers camouflés par de fausses pierres en trompe l’œil et une abondante végétation. Autant de motifs qui parcourent l’œuvre de Ouazzani & Carrier.

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Je me suis rendu dans leur atelier d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) pour discuter avec eux des livres qui les nourrissent. Autour de quelques bières et biscuits apéritif, ils me confient ne pas avoir de rapport de propriété à l’objet livre et les abandonner sans mal au prochain lors de leurs résidences. Nicolas lit aussi fréquemment sur une Kobo (sans être totalement convaincu). Ils me racontent qu’ils se partagent souvent les lectures à l’amorce d’un projet ; ensuite, en période de production, tous leurs livres restent fermés. À défaut d’un livre, c’est d’un carnet qu’ils sont accompagnés tout le temps, eux qui compilent impressions, détails concrets, notes de lecture, citations et bouts de concepts sur des pages et des pages de Moleskine. Mais il est temps d’explorer leur bibliothèque idéale.

Quel est le le livre qui vous a donné envie de devenir artistes?

Marie : Pour moi peut-être L’Œuvre ouverte de Umberto Eco. C’est un livre qui parle surtout de poésie mais en le lisant je l’ai interprété par le prisme de mon expérience de spectatrice d’art. Je pense que ça m’a, à l’époque, pas mal décidée à franchir le pas. Umberto Eco a une explication très triangulaire de l’œuvre d’art, cette donnée invisible à mi-chemin entre ce que renvoie la pièce et ce que projette le regardeur.

Y a-t-il un livre qui vous a donné envie de fonctionner en duo?

Nicolas : Avant que l’on forme un duo, Marie m’a offert pour mon anniversaire un livre de Pasolini, Adulte ? Jamais. Le titre du livre m’a donné envie de travailler avec elle.

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Pouvez-vous citer le livre d’un plasticien que vous admirez ?

Nicolas : Aby Warburg n’est pas vraiment un artiste même si aujourd’hui son Atlas Mnémosye peut être complètement considéré comme une œuvre d’art. C’est un livre qui propose une étude de l’histoire de l’art uniquement par l’image.

Pouvez-vous citer un livre théorique qui guide votre pratique ?

Marie : Un livre qui m’a marquée, c’est Nous n’avons jamais été modernes de Bruno Latour. Ce livre déconstruit l’idée de la modernité et nos rapports aux objets et choses. Dans notre travail nous essayons de traiter sur un même plan les minéraux, les végétaux, les objets et les humains.

Quel est le catalogue d’exposition qui vous suit partout ?

Marie : On jette régulièrement des coups d’œil au catalogue d’exposition du centre Pompidou de Pierre Huyghe. Ce catalogue met en avant des documents préparatoires de pièces potentielles de Pierre Huyghe. En tant qu’artiste, c’est très utile de pouvoir avoir accès à ce genre de documents car il permet de comprendre une façon de travailler et de s’organiser dans la création.

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Difficile de passer à côté de Georges Didi-Hubermann quand, comme vous, on travaille sur l’image, sa surface, sa fragilité et les potentiels de disparition/apparition qu’elle offre. Quel est son meilleur bouquin selon vous ?

Marie : Le dernier livre que j’ai lu de lui c’est Peuples exposés, peuples figurants, mais je ne sais pas si c’est le meilleur. Dans ce livre, il fait le parallèle entre l’industrie du cinéma et la lutte des classes en parlant des figurants au cinéma.

Nicolas : Ce qui résume assez bien l’évolution récente du cinéma.

Vous avez beaucoup travaillé en Asie, et notamment en Chine. Quel livre d’artiste chinois nous conseilleriez-vous ?

Nicolas : Sans hésiter le livre Prévisions météo de la super artiste Guan Xiao. C’est l’artiste coup de cœur de notre séjour en Chine, surtout son travail vidéo où dans des triptyques d’écrans elle explore le monde à travers des montages de vidéos YouTube.

Il y a une autre édition d’artiste sur Pékin et la poésie chinoise mais cette fois-ci réalisée par une artiste française, Charlotte El Moussaed. L’édition s’appelle Recueil诗集, c’est un travail d’une extrême sensibilité.

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Et sur la pratique de la vidéo, avez-vous un ouvrage à conseiller ?

Marie : Il y a un recueil de textes sous la direction d’Érik Bullot Point ligne plan. Cinéma et art contemporain aux éditions Léo Scheer qui regroupe des écrits de critiques sur des œuvres vidéos et comment les frontières entre plasticiens et cinéastes sont en plein chamboulement.

Vos œuvres explorent l’imaginaire de la ruine, des espaces en friche, des lieux abandonnés. Est-ce qu’un livre vous inspire dans cet univers ?

Marie : Les Barrages de sable. Traité de castellogie littoral de Jean-Yves Jouannais est un livre de ruines et de plage. Dans ce livre il y a l’érudition très plaisante de Jean-Yves Jouannais mais aussi toutes ses angoisses et ses obsessions.

Pour finir, votre péché mignon. Les plantes vertes et les mauvaises herbes sont omniprésentes dans votre travail. Sur ce sujet, un livre vous inspire-t-il particulièrement ?

Nicolas : En ce moment, on travaille sur un très très gros projet, un peu énorme. On tourne un grand film à chapitres dont chaque chapitre sera réalisé dans une ville différente entourant Paris. Donc une vingtaine. On est très inspiré par Ruines-de-Rome de Pierre Senges, l’histoire d’un ancien membre du cadastre qui décide de faire une apocalypse végétale à Rome. On aime beaucoup cette idée de la résistance par les plantes.

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Illustrations extraites du site ouazzanicarrier.com

Couverture : Sand Plants, 2016, Glassbox, C-Platform, Mains d'Oeuvres, Festival OVNi, Saison Vidéo

1. Marie Ouazzani et Nicolas Carrier

2. Séance : Infusion, 2017, Centre d'art du 3 bis f, Ateliers d'Artistes Icade

3. Idem

4. Sand Plants, 2016, Glassbox, C-Platform, Mains d'Oeuvres, Festival OVNi, Saison Vidéo

5. A Library as a Film Set, 2015, Darat al Funun

6. Cloud Cover, 2016, Ooh la Art, Bazaar Compatible Program, Salon de Montrouge

7. Sand Plants, 2016, Glassbox, C-Platform, Mains d'Oeuvres, Festival OVNi, Saison Vidéo

Commissaire d'exposition et cofondateur du collectif BLBC, Arnaud Idelon est avant tout un grand passionné de lecture à la recherche de la moindre pépite, culte ou méconnue.

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