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John Berger, d’autres vies que la sienne

Edwin By Edwin Published on January 29, 2018

« Le nombre des vies qui pénètrent la nôtre est incalculable. » Cette phrase qui ouvre le dernier chapitre de Here is Where We Meet (curieusement traduit par D’ici là) apparaît comme une grille de lecture possible de ce livre et d’une grande part de l’œuvre de John Berger (1926-2017). L’écrivain anglais rend ici hommage à quelques-unes des nombreuses vies qui ont pénétré la sienne à travers des dialogues imaginaires avec ces êtres disparus qu’il rencontre dans des villes européennes. Ainsi, il retrouve sa mère à Lisbonne, son « passeur » à Cracovie, son instituteur à Madrid, une ancienne amante dans la banlieue de Londres… Au fil de leurs conversations se devine la relation qui les unissaient à Berger et le rôle qu’ils ont joué dans son éducation.


D’ici là est donc une sorte de roman d’apprentissage, une rêverie mêlant le passé et le présent, les vivants et les morts, le réel et l’imaginaire. Plus qu’une autobiographie, c’est un autoportrait que dessine Berger dans ce livre peuplé de personnes mais aussi d’objets familiers (un vieux baromètre, un gant de moto, un couteau artisanal…), d’aliments (une pâtisserie portugaise, un bocal de myrtilles, une soupe à l’oseille…), d’œuvres d’art (les aquarelles de Turner, les peintures rupestres de la Grotte Chauvet, Le cavalier polonais de Rembrandt…), de plantes, d’insectes, d’oiseaux, de poissons… A quatre-vingts ans, Berger compose un album-souvenir en forme d’herbier, d’Arche de Noé et de livre de recettes.


« La maison de Mirek ne ressemble à aucune autre. On doit pouvoir dire cela de toute maison que l’on connaît bien. » Rien n’est quelconque pour Berger, qui porte sur toute chose l’œil perçant du dessinateur. Il y a chez lui une attention extrême aux détails et aux sensations, ainsi qu’un désir de connaissance insatiable qui le rapprochent de Proust, comme dans ce passage qui rappelle Du côté de chez Swann :


« Il existait bien des choses que l’on ne pouvait nommer. Dans la pièce du bateau renversé, j’aimais me dire que le grain des murs vernis formait une sorte de carte géographique de tout ce qui n’avait pas de nom, et j’essayais de mémoriser cette carte au cas où elle s’avèrerait utile un jour. L’empire du sans-nom n’était pas sans forme. Il fallait que j’y retrouve mon chemin, comme dans une chambre remplie de meubles durs et d’objets pointus en pleine obscurité. Et de toute façon, presque tout ce que je savais, presque toutes mes intuitions étaient privées de nom – ou bien leur nom était aussi long que les livres entiers que je n’avais pas encore lus. »


Si vous n’avez pas encore lu de livre de John Berger, en voici un susceptible de vous convaincre d'entrer dans son œuvre immense et fascinante.

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