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Jacques Yonnet, sorcier des zincs parisiens

Sidonie Mézaize By Sidonie Mézaize Published on April 27, 2017

Pour beaucoup de libraires et de lecteurs passionnés, Jacques Yonnet (1915-1974) est l’auteur d’un livre : Rue des maléfices. Résistant de la première heure, Yonnet a arpenté le Paris occupé et ses bas-fonds, avec le souci d’en élucider ses mystères. Accompagné de son acolyte, le photographe Robert Doisneau, il a tendu l’oreille aux histoires les plus abracadabrantes, accoudé au comptoir et « vuidant des piots » aux côtés des brigands, des illuminés et des bougnats qui faisaient battre le cœur de la capitale aux heures les plus sombres. 

Sous la plume de Yonnet, c’est un Paris envoûtant et lieu de tous les sortilèges qui se révèle à nous. Il en est ainsi de cet ancien « bouge » de la rue Bièvre, dans le quartier de la Mouffe (Mouffetard), victime d’une malédiction depuis que le patron y a chassé un gitan, ou encore de cet horloger venu d’Orient qui construit des horloges au mécanisme inversé, permettant de rajeunir. Sublimé par les photos débordant d’humanisme de Doisneau, le Paris de Yonnet « a les nerfs en fleur de crasse » et, soixante ans plus tard, sa magie exerce toujours sur nous son étrange et fascinant pouvoir.

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Avec la récente parution des Troquets de Paris (compilation de chroniques hebdomadaires écrites sur le zinc pendant treize ans, illustrées par les propres dessins de Yonnet et initialement publiées dans L’Auvergnat de Paris), les éditions de L’Echappée prolongent notre plaisir. 

Voici une nouvelle occasion d’aller boire à la santé de ce grand sorcier vagabond, témoin précieux d’un passé révolu qui a magnifiquement incarné, tout au long de son parcours, la chaleur humaine. Embarquement pour une tournée des bistrots parisiens, à tout berzingue comme dirait l’ami Yonnet.


Les Halles

Quartier légendaire du Paris populaire, les Halles n’ont aucun secret pour Jacques Yonnet. Un verre à la main et des anecdotes plein la besace, il ressuscite les fantômes du cimetière des Innocents et convoque les marginaux, nous rappelant à juste titre que l’étymologie du mot « clochard » vient des cloches qui sonnaient autrefois pour annoncer la fin des Halles, moment auquel les mendiants pouvaient venir récupérer les invendus. Critique impitoyable de ses contemporains, il évoque De Gaulle et, non sans bienveillance, les mésaventures de Françoise Sagan avec un gitan auquel elle aurait acheté une malheureuse biquette de cirque. Il se remémore aussi, le sourire aux lèvres, comment, coincé aux Halles le soir où fut déclarée l’Occupation, il a réussi à rejoindre la brasserie Lipp rive gauche, bravant tous les barrages, à bord… d’un rouleau compresseur !

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La Cité

Au Tabac d’Arcole, Yonnet raconte les frasques du célèbre bandit Cartouche qui, en 1715, rendit un fier service à un malheureux endetté sur le point de se jeter dans la Seine, et nous émeut avec la fable des deux colombes du tailleur de pierre de Notre-Dame, devenues symbole de l’amour conjugal. Au Café Pignol, notre écrivain-arpenteur urbain narguait autrefois les SS en faisant la bringue avec les artistes de l’époque, à volets fermés. Des années plus tard, il y révèle au peintre Marc Chagall, ébahi, la légende qui entoure sa maison, dite « du violon qui vole ».


Les Buttes-Chaumont

C’est depuis le chic Pavillon du Lac que Yonnet se souvient du temps où la Villette était le terrain des escorcheurs et les champs de Chaumont, celui des pendaisons. Deux options s’offraient alors aux condamnés pour avoir la vie sauve : que la corde rompe ou qu’une femme de l’assistance les réclame comme époux. D’où l’expression « avoir la corde au cou ». Dans une autre chronique, Yonnet, en apprenti sociologue du nord-est parisien, renvoie la bienséance collective au placard, signalant que dans ce soi-disant « haut-lieu de la pègre », il n’a jamais rencontré que des braves ouvriers. Et de rappeler avec malice que les malfrats fréquentent plus volontiers les palaces que les milieux populaires.

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Montparnasse

Aujourd’hui réputé comme le plus breton de tous les quartiers parisiens, Montparnasse aurait été fondé par les Auvergnats. Jacques Yonnet a bien connu Le Dôme et La Coupole à l’époque où les fréquentaient Picasso, Chagall et Max Jacob. Il évoque son amitié avec l’artiste Ben qu’il a rencontré au Père Tranquille, véritable institution de l’avenue du Maine, et raconte la naissance de La Rotonde où fut révélé le peintre Modigliani quand celui-ci, à l’instar de nombreux artistes affamés, réglait encore son ardoise avec ses dessins. À travers cette histoire revisitée de Montparnasse, Yonnet nous rappelle que les troquets, en tant qu’espaces propices à la créativité et aux rencontres, sont pionniers en matière de cohésion sociale et de ce que l’on appelle aujourd’hui communément le « vivre ensemble ».


Montmartre

S’il est bien un lieu qui a chéri ses artistes, c’est Montmartre et son célèbre Bateau-Lavoir où s’établirent dès 1904 de nombreux peintres, parmi lesquels Picasso et le Douanier Rousseau. Rien de bien étonnant à ce que la butte tout entière se soit alors peuplée de repaires bohèmes (Au Lapin Agile et Le Chat noir en sont les plus renommés) et autre guinguette en tout genre. Ces mêmes guinguettes qui, selon Yonnet, auraient injustement souffert d’une mauvaise définition étymologique, alors qu’elles sont le fruit de la féminisation du nom de leur fondateur, un certain Pierre Guinguet, « notable vigneron de Ménilmontant ». Avec son sens de l’exactitude dans l’anecdote comme dans l’amitié, Yonnet finit de nous convaincre que « verres en mains c’est là seulement qu’on est sincère »

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Fondatrice de la librairie française de Bucarest, Kyralina, j'ai vécu six ans en Roumanie. Aujourd'hui je travaille à Bookwitty, à Paris.

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