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« House of Cards » : vous avez aimé la série, vous allez adorer les livres

Arthur de Boutiny By Arthur de Boutiny Published on August 29, 2017

The Handmaid’s Tale, Game of Thrones, Sherlock… La littérature s’avère une mine d’inspiration pour les séries télévisées. Mais saviez-vous que la série de Netflix House of Cards était à l’origine une saga de thrillers politiques britanniques, écrites par un ponte du parti conservateur ? Et que leur lecture s’avère aussi riche, voire davantage, que la série ?

Michael Dobbs (né en 1948), l’auteur de House of Cards, est devenu conseiller de Margaret Thatcher, alors chef de l’opposition, dès 1977, une fois son doctorat en défense nucléaire en poche. De 1981 à 1987, il est conseiller spécial du gouvernement ; c'est l'époque de la guerre des Malouines, de la lutte contre l'IRA, des privatisations, du muselage des syndicats, des grèves monstres ; homme de l'ombre, Dobbs n'en est pas moins l’un des hommes-clé du gouvernement.

Chef d'état-major du Parti conservateur, il prépare la réélection haut la main de Thatcher à un troisième mandat en 1987, un record au Royaume-Uni ; le Guardian le surnomme « le tueur à gages au visage poupin de Westminster ». S’il s’éloigne un peu pour se consacrer à l’écriture, il sera encore chef adjoint des conservateurs en 1994, sous John Major ; en 2010, une fois David Cameron au pouvoir, il est nommé pour le restant de ses jours à la Chambre des Lords.

Initiales F.U.

Si Michael Dobbs a délaissé les arcanes de la politique pour la plume, il n’est pas le seul homme politique anglais à l’avoir fait : sans remonter aux œuvres de Winston Churchill (qui lui valurent le Prix Nobel de Littérature), mentionnons la publication du journal intime d’Alan Clark (1928-1999), un autre homme-clé du gouvernement Thatcher. En 1993, sa parution en trois volumes a été une source de scandales, du fait de son ironie mordante et de son regard sans concession sur la machine politique, y compris sur la chute de Margaret Thatcher en 1990.

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L’idée de House of Cards, paru en trois tomes de 1990 à 1995, est venue à Michael Dobbs lors d’une beuverie qui a suivi une rencontre particulièrement houleuse avec Margaret Thatcher : son idée était de créer un personnage dont les initiales seraient F.U. (« Fuck you », soit « va te faire foutre »). Francis Urquhart était né ; ces initiales transparentes se retrouvent chez Frank Underwood, le président des États-Unis campé par Kevin Spacey dans le remake américain.

Faire passer Thatcher pour une dangereuse trotskiste

Frank Underwood est un démocrate venu du sud des États-Unis, issu d’un milieu modeste, diplômé d’une académie militaire et de Harvard. Francis Urquhart, lui, vient d’une vieille famille aristocratique écossaise, et était professeur d’histoire de la Renaissance à Oxford, spécialiste des Médicis et de Machiavel (tout un symbole). Élu de longue date dans le Hampshire, il est « chief whip » (soit le coordinateur du groupe parlementaire) conservateur à la Chambre des Communes au début du premier livre ; fonction qu’occupe également Frank Underwood à la Chambre des Représentants au début de la série.

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Frank Underwood, politiquement centriste, est une machine à phrases choc, contenant à grand peine sa rage et pourchassé par les souvenirs de ses exactions passées. Or, Urquhart, lui, n’a aucun regret vis-à-vis de ses meurtres, et n’y pense même plus. Les romans sont parcourus d’une ironie mordante vis-à-vis de la suffisance du milieu dans lequel il évolue. Urquhart gratifie le lecteur de ses bons mots avec un flegme tout britannique. Et surtout, il est partisan d’une politique qui ferait passer Thatcher pour une dangereuse trotskiste : en faveur de la conscription, il est opposé à la Sécurité sociale, aux subventions culturelles, à la mendicité, à l’État-providence et à l’Union européenne.

« You might very well think that... »

Si son épouse, Elizabeth, est moins présente que Claire Underwood, se contentant d’un rôle de Lady Macbeth très en retrait, sa relation avec la journaliste Mattie Storin est bien plus perverse que celle entre Underwood et Zoe Barnes, remplie de sous-entendus incestueux. Contrairement à Underwood, qui est mû par une ambition avide, Francis Urquhart s’amuse dans sa quête du pouvoir, tout en adoptant son image de vieil homme affable, à l’anglais parfait et raffiné.

Personnage shakespearien (à la sauce Richard III ou Macbeth), Francis Urquhart a marqué le paysage politique britannique. Sa phrase-clé « You might very well think that ; I couldn't possibly comment » (« Vous pouvez tout à fait le penser, mais je ne peux faire aucun commentaire »), perdu dans la mer des répliques choc de Frank Underwood, est devenu une phrase culte en Grande-Bretagne, utilisée dans la pop culture comme par les vrais députés britanniques.

Palais de Westminster

[Avertissement : la suite de cette chronique est émaillée de spoilers.] La première saison de la série de Netflix suit quasiment point pour point l’intrigue du premier livre : Urquhart est absent du gouvernement du nouveau Premier ministre, le falot Henry Collingridge. Se sentant trompé, avec l’aide de son épouse Elizabeth, il orchestre sa vengeance : aidé par sa maîtresse, Mattie Storin, et d’un consultant cocaïnomane, Roger O’Neill, qu’il assassine, il élimine peu à peu ses ennemis, à coups de scandales, voire d’assassinats. Il finit par prendre la succession de Collingridge et s’installe au 10 Downing Street ; mais confronté par Storin sur ses crimes, il se suicide en se jetant du haut du palais de Westminster.

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Enfin, c’était la fin du premier tome jusqu’à ce qu’il soit adapté à la télévision par la BBC, où Urquhart se voyait incarné avec pondération et froideur par l’acteur de théâtre shakespearien Ian Richardson. Dans la série, Urquhart précipitait son amante du haut de Westminster, un rebondissement qui serait utilisé dans le remake américain. Michael Dobbs attendra 2013 pour changer la fin de son premier tome, mais ça ne l’empêchera pas, flairant la poule aux yeux d’or, de rédiger deux autres tomes.

Caricature du Prince Charles

S’il faut deux saisons à Frank Underwood pour accéder au Bureau Ovale, la loi britannique permet à Urquhart, un obscur parlementaire, de se voir élire Premier ministre par ses pairs du Parti conservateur dès la première saison. Plus tard, alors que Frank Underwood doit composer avec les contre-pouvoirs prévus par la Constitution et la situation internationale, rien n’arrête le Premier ministre assassin.

Dans le deuxième tome, Francis Urquhart devra affronter le nouveau roi d’Angleterre (une caricature assez cruelle du Prince Charles) ; dans le troisième, obsédé par l’idée de casser le record de longévité de Margaret Thatcher, Urquhart ira jusqu’au bout pour laisser son empreinte sur l’histoire, se retrouvant mêlé à une crise internationale et rattrapé par son propre passé.

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L’adaptation de Netflix a dû abandonner une bonne partie des complexités du jeu politique anglais, qui font la saveur de House of Cards, a fortiori racontées par un homme qui était réellement au centre de ces tractations ; les critiques et les experts politiques pointent d’ailleurs l’irréalisme de plus en plus croissant des tribulations de Frank Underwood. Si vous n’êtes toujours pas convaincus, sachez que les petites phrases vénéneuses d’Urquhart, dignes d’un Hannibal Lecter en costume trois pièces, sont aussi un plaisir à lire.

Préférer le livre à la série, est-ce du snobisme ? Vous pouvez tout à fait le penser, mais je ne peux faire aucun commentaire.


Images extraites de la série House of cards, créée par Beau Willimon.

Aspirant romancier, journaliste, Arthur est capable de se nourrir exclusivement de livres, de films, de musique, de voyages, d'histoire et d'écriture. Son nutritionniste est désespéré.

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