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Gloire aux pétroleuses des seventies !

Elisabeth Philippe By Elisabeth Philippe Published on April 25, 2017
This article was updated on May 30, 2017

Pattes d’eph’ pour uniforme et soutien-gorge à la poubelle. Dans les années 1970, la deuxième vague féministe déferle sur les Etats-Unis avec son lot d’actions militantes mémorables telle l’élection d’une brebis au titre de Miss Amérique. Un mouvement qui s’accompagne d’une « percée spectaculaire » des femmes (moins des brebis) dans le champ littéraire, comme le souligne la romancière Joyce Carol Oates dans un article pour le New York Times en 1977. 

Ce sont surtout des voix singulières, inclassables et allègrement désarçonnantes qui commencent à se faire entendre. Pas toujours suffisamment, hélas. Mais parce que les bons livres ont toujours droit à une seconde chance, les œuvres de ces écrivaines américaines uniques en leur genre connaissent une nouvelle vie en français. Passage en revue de ces iconoclastes qui dépotent.


Lucia Berlin

Sa première cigarette, elle l’a tapée au prince Ali Khan sur un yacht. C’est du moins ce qu’elle raconte dans Lavomatic Angel’s, la nouvelle qui ouvre le recueil au titre génialement intriguant : Manuel à l’usage des femmes de ménage (Grasset). Les textes réunis dans ce livre, écrits entre les années 60 et 80, s’inspirent tous de la vie riche et chaotique de Lucia Berlin. 

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Morte en 2004, cette reine de la forme courte, avec ses yeux délavés et ses airs de star hollywoodienne fatiguée, a connu l’opulence et la dèche, la vie facile au Chili et la bohème aux Etats-Unis. Famille dysfonctionnelle, deuil, maladie, alcoolisme, centres de désintox, mille petits boulots… toutes ces expériences nourrissent l’écriture de Berlin. Sordide ? Ses nouvelles sont au contraire des concentrés de vie, vifs, inattendus, saisissants, avec une surprise au détour de chaque phrase - des images détonantes mais ô combien évocatrices telle cette comparaison : 

« Je frissonnais comme si j’avais touché par inadvertance un chat mort au pelage feutré.» 

Ou un simple détail qui fait basculer la scène la plus glauque dans une autre dimension, comme ce foulard rose que noue la narratrice autour de son cou histoire d’égayer son pyjama d’hôpital. Le talent de Lucia Berlin tient dans ce morceau d’étoffe rose, petit pan de soie qui sublime la réalité sans l’édulcorer.


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Renata Adler

La narration éparpillée façon puzzle. Journaliste pour le New Yorker, critique ciné aux jugements acérés pour le New York Times, Renata Adler, 79 ans aujourd’hui, est l’auteure de livres hors normes qui déconcertent par leur forme éclatée et leur tonalité composite. 

En France, c’est grâce à sa traductrice, Céline Leroy, que l’on a pu découvrir il y a trois ans le style à nul autre pareil de cette auteure iconique dont l’allure ultramoderne fut immortalisée par le photographe Richard Avedon. En 2014 a en effet paru Hors-bord (L’Olivier), son premier roman publié aux Etats-Unis en 1976. Soit une compilation de scènes de la vie de Jen Fain, une journaliste qui s’intéresse autant à la guerre au Biafra qu’à son tailleur Chanel. 

Vient tout juste de sortir Nuit noire (Pitch Dark en VO), toujours aux éditions de L’Olivier. L’argument en est simple - l’histoire d’amour entre Kate, la narratrice, et un homme marié - mais le traitement qu’en fait Renata Adler transforme ce lieu commun en terra incognita, comme vu à travers un kaléidoscope. Certaines phrases sont répétées à la façon de mantra, petits refrains entêtants qui sont autant de balises dans les eaux troubles du flux de conscience. Ici, tout tourne autour de ces quelques mots : 

« Il sut qu’elle l’avait quitté le jour où elle se remit à fumer. » 

La formule revient, motif récurrent dans une trame qui ne semble suivre aucune logique si ce n’est celle de la subjectivité et des souvenirs. C’est tout l’art d’en découdre de Renata Adler.


Gail Parent

C’est la grand-mère spirituelle de Lena Dunham. Comme la créatrice de la série Girls, Gail Parent a connu la gloire grâce à la télévision (elle est notamment la scénariste des cultissimes Golden Girls) et a mis en scène une héroïne sans tabou ni « thigh gap » dans un roman irrésistible paru en 1972 : Sheila Levine est morte et vit à New York (Rivages poche). 

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Sheila Levine, l’héroïne juive new-yorkaise de cette comédie foldingue, c’est la Carrie Bradshaw de Sex and the City. Mais sans le sexe. Ni le job glamour. Depuis sa plus tendre enfance, elle va de râteau en plans foireux. Arrivée à la trentaine, elle qui a toujours rêvé de se marier – comme toute bonne New-Yorkaise – a perdu définitivement l’espoir de se transformer en meringue pour le plus beau jour de sa vie et d’arborer une alliance à son annulaire boudiné. Elle décide alors de se suicider, même si... 

« Le suicide, c’est vraiment pas casher. » 

Livre en forme de désopilante lettre d’adieux, Sheila Levine... karchérise en riant les normes sociales et les injonctions faites aux femmes. Le moins drôle dans tout ça, c’est que cette critique est toujours pertinente en 2017…


Eve Babitz

Totalement nue, le visage caché par une mèche de cheveu, la jeune femme assise devant un jeu d’échecs semble réfléchir à son prochain coup. En face d’elle, son adversaire porte des lunettes et un costume sombre : c’est Marcel Duchamp. La joueuse en tenue d’Eve s’appelle… Eve Babitz. Prise en 1963, la photo a contribué à façonner le mythe Babitz, hybride improbable de Joan Didion et de Paris Hilton. It-girl californienne aujourd’hui recluse, elle pique-niquait enfant avec Greta Garbo, elle fut l’amante de Jim Morrison, Ed Rusha ou Harrison Ford, mais elle s’est aussi fait connaître comme écrivaine, admirée entre autres, par Bret Easton Ellis. 

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Auteure de cinq romans, on a pu (re)découvrir sa plume légère et alerte en 2016 avec la traduction en français de Jours tranquilles, brèves rencontres (Gallmeister), livre paru aux Etats-Unis en 1974 : une plongée glam et épicurienne dans un Los Angeles sexy, série d’instantanés comme autant de Polaroids pris dans des fêtes, sur des plages ou dans des bars. Faussement superficiel, sacrément sensuel, libre et spirituel.


Lydia Davis

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« C’est Proust en version courte », dit d’elle le romancier Jonathan Franzen, l’un de ses admirateurs au côté de Dave Eggers ou de David Foster Wallace. Lydia Davis est assurément la reine de la nouvelle, une extraordinaire miniaturiste. Deux lignes peuvent lui suffire à raconter une histoire, en y injectant sens du style et du détail. Issue d’une famille d’intellectuels, traductrice de Blanchot, Flaubert ou… Proust, Lydia Davis a commencé à écrire alors qu’elle partageait la vie de l’écrivain Paul Auster. En 1976, elle publie son premier recueil de nouvelles The Thirteenth Woman and Other Stories dans lequel s’impose déjà sa maîtrise du mot juste. Plusieurs de ses recueils ont été traduits en français : Ce qu’elle savait (Phébus), Kafka aux fourneaux (Phébus) et l’an dernier Histoire réversible (Christian Bourgois). Passé au tamis méticuleux de Lydia Davis, le quotidien le plus banal devient une pépite de loufoquerie et d’étrangeté. Ainsi, ce texte en forme de lettre adressée à un fabricant de petits pois surgelés ou encore cet autre qui pointe le malaise sous-estimé que peut provoquer une boîte de chocolats. Brillant.

Née sous Giscard (fin de septennat), elle partage très tôt avec le président-académicien (auteur de l’inoubliable "Mathilda") un vif amour de la littérature, vouant une passion immodérée à Toto ... Show More