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Génération Spirou : ils ont réinventé le journal

Ralph Doumit By Ralph Doumit Published on July 17, 2017

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À partir des années 40 et pendant plusieurs décennies, deux magazines de bandes dessinées se sont mené une joyeuse concurrence : Le Journal de Tintin et Le Journal de Spirou. Leurs sommaires étaient variés mais, en gros, Tintin, était plus porté vers la grande aventure, souvent historique, toujours pleine de souffle, tandis que le second, Spirou, était le temple de l’humour et de la gentille dérision.

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Tintin spécial Noël, 1948. 

C’est dans ces journaux que les grandes séries de l’âge d’or de la BD ont prospéré. Gaston, Les Schtroumpfs, Lucky Luke, Tif et Tondu, faisaient la joie des lecteurs de Spirou, tandis que Blake et Mortimer, Alix, Ric Hochet ou Corentin faisaient vibrer ceux de Tintin.

Chacun, également, dans les années 60 puis 70, a su faire preuve d’audace pour s’adapter à l’évolution de son lectorat : Tintin sous la houlette de son rédacteur en chef et scénariste prolifique Greg, qui amena toute une génération de nouveaux auteurs, de Hermann à Dany en passant par Turc et De Groot ; et Spirou, inspiré par l’énergie farfelue d’Yvan Delporte qui, anomalie éditoriale, réussit même à imposer un supplément pour adultes, Le Trombone Illustré, au centre de la revue Spirou.

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Spirou spécial Charlie Hebdo, 2015. 

Pourtant, dans les années 80, Tintin dépérit petit à petit, pour disparaître pour de bon en 1988. Si, de son côté, Spirou existe encore aujourd’hui, c’est peut-être parce que durant ces années 80, il a opéré une transition réussie, grâce à un groupe d’auteurs qui, bien qu’habités par la même passion et la même rigueur de leurs aînés, ont fait souffler un vent nouveau, tant dans les thématiques que dans le ton et l’approche visuelle de leurs histoires. Retour sur quelques figures de cette génération.

Frank Le Gall et sa série Théodore Poussin

Avec son crâne d’œuf tout juste surplombé par trois longs cheveux, Théodore n’a pas la tête de l’aventurier ordinaire. Agent du bureau de fret d’une compagnie maritime, condamné à voir de sa fenêtre des bateaux prendre le large sans lui, voilà qu’il saute sur la première occasion de prendre la mer, vers l’Extrême-Orient, sur les traces de son père, dans le premier album de la série, Capitaine Steene.

Suivront une douzaine d’autres aventures dans lesquelles le trait de Frank Le Gall évoluera sans cesse vers plus de réalisme. Il laissera aussi libre cours à un goût pour la littérature à laquelle il ne se prive pas de faire référence (et tant pis pour les non-initiés).

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Théodore Poussin, Capitaine Steene (Frank Le Gall/Dupuis)

Une narration riche, complexe, sans concession, des dialogues écrits avec un soin tout particulier, tout en ne perdant jamais le cap de l’accessibilité et du souffle de la grande aventure tout public.

Théodore Poussin, malgré son succès, reste une œuvre qui n’a peut-être pas encore été reçue à la mesure de son ambition, et méritera, un jour, qu’on la redécouvre dans toute sa richesse.

Frank Pé et Bom et leur série Broussaille

À l’instar de ses aînés René Hausmann et Raymond Macherot, Frank Pé a toujours eu un goût prononcé pour la représentation de la nature et pour la thématique écologique.

Avec son comparse Bom (au scénario), il anime dans Spirou une rubrique d’information sur la nature qui met en scène un personnage à la volumineuse touffe rousse et aux lunettes surdimensionnées répondant au joli nom de Broussaille.

Et voilà que le duo d’auteur se prend au jeu et décide d’animer Broussaille sous la forme d’aventures en bonne et due forme, et dont les thématiques tournent toujours autour de la nature. Le dessin foisonnant et rêveur de Frank Pé mène la série à des sommets esthétiques. Une scène marquante du premier album montre le jeune Broussaille vagabondant dans un décor urbain, très similaire à celui de Bruxelles, et transformant par l’imagination le moindre objet de la ville en élément aquatique.

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Broussaille, 1987 (Michel de Bom/Frank Pé/Dupuis)

De la préservation des baleines à la pollution des usines en campagne, la série sera sur tous les fronts de la cause écologique, appuyée par un dessin généreux et virtuose dans lequel le plaisir de la représentation des végétaux et des animaux est palpable.

Mais pour toute une génération, c’est peut-être le troisième album de la série qui restera gravé dans les cœurs. Dans La Nuit du chat, le lecteur est invité à suivre, sur 44 pages, la balade inquiète mais contemplative à la fois de Broussaille, de nuit, cherchant son chat perdu dans les rues de la ville, et faisant à l’occasion des rencontres fortes et étonnantes.

La passion pour les animaux et la nature, Frank Pé la mettra ensuite au service d’une histoire au graphisme plus réaliste dans la magistrale trilogie Zoo.

André Geerts et sa série Jojo

Rares sont aujourd’hui les séries sans concept, qui racontent « tout simplement » des épisodes divers de la vie d’un enfant, à la manière du Petit Nicolas de Sempé et Goscinny.

C’est d’ailleurs en grand admirateur de Sempé qu’André Geerts crée la tendre série Jojo. Son dessin, principalement dans les premiers albums, porte indéniablement l’influence du grand illustrateur avant de s’en démarquer petit à petit.

Jojo, avec sa tignasse blonde et son béret trop grand pour lui, est un écolier dont la facétie est toujours douce. Avec son ami Gros Louis, il vit des choses du quotidien. Et tout l’art d’André Geerts, au trait délicat et à l’aquarelle nostalgique, est de parler de sujets sensibles (l’hospitalisation, la vieillesse, la famille monoparentale…) avec un ton caressant qui met du baume au cœur.

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Jojo n°8, 1998 (André Geerts/Dupuis)

Fidèle à son personnage, il en dessinera dix-huit albums, parfois épaulé par Sergio Salma au scénario. Il est mort avant d’avoir pu achever un dernier album particulièrement touchant, Mamy Blues, auquel son collègue et ami Mauricet mit la touche finale.

Sans oublier…

A la fin des années 80, trois autres séries mémorables apparaissent dans le journal Spirou :

- la fascinante et troublante romance Bidouille et Violette de Bernard Hislaire (celui-là même qui créa, ensuite, l’emblématique série Sambre

Le Privé de Hollywood, écrit par Boquet et Rivière — des enquêtes dans le monde des studios de cinéma américains, illustrées par le trait élégant de Berthet.

- les mythiques Hauts de pages, commentaires acides dessinés dans les marges supérieures de la revue, de l’iconoclaste duo Yann et Conrad.

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Bidouille et Violette, Hislaire, Yann et Conrad, 1981 (Spirou n°2266)


Que sont-ils devenus ?

L’histoire de cette génération reste à écrire. Mais peut-être un peu plus tard car ses membres, pour la plupart, poursuivent une carrière riche, aux audaces renouvelées, et d’une qualité constante.

Après s’être éloigné de longues années de son personnage, Frank Le Gall revient avec une nouvelle aventure de Théodore Poussin, d’ores et déjà pré-publiée en fascicules par les éditions Dupuis — en attendant l’album.

De son côté, Frank Pé a livré en 2017, avec Zidrou au scénario, une somptueuse version revisitée du personnage de Spirou dans l’album La Lumière de Bornéo.

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La Lumière de Bornéo, Frank Pé (Frank Pé/Dupuis)

Hislaire, sous des variantes sans cesse nouvelles de son nom (Yslaire, Yslair, iSlaire…), a mené des aventures étonnantes, investissant le champ du dessin numérique dans Le XXe Ciel.com, et relançant aujourd’hui de nouveaux cycles de son emblématique saga familiale Sambre.

Philippe Berthet, sous l’écrin soigné d’une collection qui lui est exclusivement réservée aux éditions Dargaud, dessine à un rythme régulier des récits uniques de polars, s’adjuvant chaque fois les services d’un nouveau scénariste.

Quant à Conrad, après avoir poursuivi avec Yann une collaboration qui préserva le ton irrévérencieux de leur bande de Hauts de pages avec la série Les Innommables, il n’est aujourd’hui rien de moins que le repreneur du dessin d’Astérix, succédant à son créateur Uderzo.

Ralph Doumit vit au Liban. Il est illustrateur, chroniqueur culturel et professeur d'histoire de la bande dessinée à l'Académie libanaise des Beaux-Arts.

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