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Garnier, et le terrorisme anarchiste

Elias By Elias Published on July 27, 2016

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"J'ai écrit ce texte à la demande d'un ami, Nicolas Corato, qui me proposa de participer à un recueil de nouvelles qui présentaient certaines grandes figures criminelles de l'histoire de France. Mes affinités me portèrent très vite à choisir deux personnages haut en couleurs, héros emblématiques de la cause anarchiste : Ravachol et Bonnot.

J'avoue avoir pris plus de plaisir à écrire sur Bonnot et sa bande à partir des nombreux textes collectés, et notamment des Mémoires de Garnier, choisissant ce dernier comme narrateur de cette aventure extraordinaire qui défraya la chronique à la veille de la première guerre mondiale. Je suis parti d'extraits de ses mémoires que j'ai complétées en prenant la liberté de les modifier pour les fondre dans une écriture inspirée du parler "apache" de l'époque. Ma jubilation tint en grande partie au travail que je consacrais à imaginer cette langue riche et croustillante, n'ayant d'autres outils que deux dictionnaires d'argot."

Benoît Ladarre

La bande à Bonnot, et Garnier en particulier, représentent la révolte poussée à un point de non retour. Une révolte sans espoir qui intensifie la vie et détruit tout repère moral. Une course à un rythme trépidant qui ne pourra déboucher que sur la mort... et la gloire éventuellement. "Une ligne de fuite qui se transforme en ligne de mort" dirait Deleuze, le philosophe. "Vive la mort !" s'exclament les héros au milieu du récit. L'absence d'états d'âmes de Garnier à terrasser tous les hommes qui se trouvent par malheur sur son passage laisse entrevoir une subjectivité au-delà des limites qui inquiète. D'une part, par delà le bien et le mal, Garnier semble avoir reconquis sa dignité et sa puissance en choisissant de devenir l'ennemi de toute une société. Mais il s'est également transformé en "terrassier" (le surnom qui lui fut donné) par un étrange processus parallèle. Il n'est pas devenu un être froid et désaffecté pour autant. Ses mémoires rappellent que la révolte gronde en lui et le nourrit jusqu'à la fin. Et il la pousse jusqu'à son paroxysme en acceptant dés le départ sa propre mort. Dans ces conditions, plus il en emportera avec lui dans la tombe, plus sa revanche sera éclatante. Quand la mort se noue à l'absolu de son propre sacrifice, et qu'elle scelle un pacte d'amitié entre des hommes qui ont accepté de se battre ensemble, non plus par idéal, mais par simple défi, ils deviennent paradoxalement immortels. C'est du moins ce qu'ils croient. Est-ce un nihilisme vivifiant ? Un ressentiment exalté ? En tout cas, c'est une jouissance dérangeante qu'on tente toujours d'élucider.

Une composition explosive qui sévit aujourd'hui sous d'autres formes, et contre laquelle les condamnations et les discours moraux n'ont aucune prise.

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