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Finir un livre vous déprime ? C'est normal et plutôt bon signe

Le HuffPost By Le HuffPost Published on February 8, 2018

Une page se tourne, la dernière. Vous refermez votre livre, celui qui vous accompagne et vous fait rêver, voyager depuis des jours. L'histoire est finie, l'intrigue est résolue. Et vous, vous êtes là, face à cette quatrième de couverture qui vous nargue et qui vous rappelle à la dure réalité. 

Terminer une histoire, quitter ses personnages, provoque en vous un sentiment de tristesse ? Vous vous sentez déprimé, sonné, comme pour une gueule de bois ? « C'est normal et c'est bon signe », nous assure Stéphanie Ladel, addictologue. Pour Le HuffPost, la spécialiste s'est prêtée à une étude de plusieurs dizaines de témoignages recueillis sur notre club de lecture « Tu l'as lu ? ».

« L'impression de perdre des amis »

« Vous est-il déjà arrivé de vous sentir complètement abattu après avoir fini un bouquin (ou même toute une saga) ?», a-t-on demandé aux membres du club. Sur une cinquantaine de témoignages, à la quasi-unanimité, la réponse est un franc oui.

« Ce sentiment de vide après la fin d'un livre qui nous a tenu et accompagné pendant plusieurs jours m'est terriblement familier. Un manque palpable se fait sentir, comme celui ressenti lorsqu'un ami s'en va au loin. Certains livres peuvent m'imprégner longtemps et j'ai un certain mal à me lancer dans une autre histoire. Comme s'il s'agissait d'une histoire d'amour », confie Bernadette.

« J'ai connu ça pour plusieurs livres. Ado, j'ai eu l'impression de perdre des amis quand j'ai tourné les dernières pages de Moi, Christiane F., ... Mais également pour La Mémoire des cèdres de Jacqueline Massabki », commente également Camille.

« Un temps de deuil »

« Souvent il m'arrive de relire les dernières lignes comme pour prolonger le plaisir. Et lorsque je referme le bouquin je reste un instant figée, le regard dans le vide, un peu triste de quitter le monde imaginaire dans lequel je m'étais réfugiée. J'ai souvent besoin de laisser passer quelques jours avant de pouvoir en réouvrir un, comme s'il s'agissait d'un temps de deuil », ajoute encore Sandrine.

Face à ces nombreuses réactions, Stéphanie Ladel a tout d'abord été interloquée. « Les mots employés pour décrire les sensations que provoque la fin d'un livre sont très forts. "Deuil", "chagrin d'amour", "rupture"... Ce n'est pas anodin comme champ lexical », assure-t-elle. Pour mieux saisir ce phénomène, l'addictologue a tenté de comprendre si la lecture, au vu de ces réactions, pouvait être considérée comme une addiction.

Empathie

Après analyse, il apparaît que non. « Et pourtant, il y a quelques similitudes, affirme-t-elle. En quelque sorte, le lecteur éprouve du plaisir dans la lecture, va chercher ce plaisir en lisant un bouquin, il s'abandonne. Puis, quand l'histoire est finie, c'est la descente. Le lecteur est triste, perdu, il ressent un manque. » Mais la comparaison s'arrête là. « Ni dépendance, ni accoutumance, ni effets secondaires physiques, ni culpabilité d'avoir consommé », résume-t-elle.

Toutefois, ces témoignages révèlent d'autres aspects sur le plan psychologique. « Ressentir de la tristesse ou un sentiment de perte à la fin d'un livre est normal et plutôt bon signe », explique Stéphanie Ladel :

« Cela prouve que le lecteur est dans l'empathie et non dans l'entre-soi. Il ressent cette perte parce qu'il a eu accès à l'intime des personnages, il a été plus proche d'eux qu'il ne pourra jamais l'être avec quelqu'un de vivant, puisqu'il a accès à tout, leurs pensées, leurs envies, leurs peurs. »

De fait, le lecteur se sent proche des protagonistes, il s'y attache comme s'il les connaissait et qu'ils étaient réels. « Cela veut dire que vous êtes empathique, que vous savez vous mettre à la place des personnages, que vous êtes capable de ressentir les choses et de vous attacher, analyse-t-elle avant de résumer avec humour : vous pouvez vous rassurer, vous n'êtes pas un odieux con. »

La lecture, à consommer (parfois) avec modération ?

Si l'empathie est une bonne chose, attention toutefois à ne pas tomber dans l'excès. Il existe certains cas où des lecteurs, avides d'histoires, se plongent corps et âme dans la lecture, quitte à perdre pied. La fin du livre, vécue comme une rupture, entraîne parfois de vraies dépressions. Cet état est appelé le bovarysme, du nom de la célèbre héroïne de Flaubert, Madame Bovary (cette dernière est complètement désillusionnée et déçue par sa vie, bien loin des romans dont elle s'était nourrie pendant sa jeunesse).

« Ce sont des cas extrêmes et évidemment, il n'est pas bon d'en arriver à ce stade. Lorsque la lecture représente une fuite en avant, c'est qu'il y a un souci quelque part dans la vie du lecteur. Sa réalité ne lui convient pas et ça devient problématique », avertit Stéphanie Ladel.

Travailler son empathie, oui, mais les deux pieds bien ancrés dans la réalité.



Illustration : Ivana Cajina

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Le HuffPost est un site d'actualité. Il possède son propre club de lecture : "Tu l'as lu".