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Du "que dois-je faire" au "que devons-nous faire"

Nay By Nay Published on March 20, 2016

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Pour une éthique de la discussion entre Kant et Habermas

Les sociétés contemporaines font face, de nos jours, à une carence totale de moralité et d’éthique. Que ce soit au niveau politique ou au niveau social et économique, l’irrespect de soi, d’autrui et de la personne humaine en tant qu’entité à part entière augmente. L’individu perd son identité et sa caractéristique fondamentale de sujet digne et autonome. Il est réduit au statut d’objet, esclave des volontés égoïstes de ses semblables. Des pays s’enrichissent alors que d’autres s’appauvrissent. Alors qu’en Afrique des enfants tout jeunes meurent de faim, l’on aménage en Belgique des hôtels de luxe pour chiens et chats. 

L’individu, élément constitutif de toute communauté, est marginalisé. Son sort repose entre les mains de personnes et de gouvernements dont les actions sont, pour la plus part du temps, dictées par l’égoïsme et l’avidité pure.

Dans des sociétés modernes prônant l’universalité des droits de l’homme, qu’est-il advenu de l’égale dignité de l’espèce humaine ?

Où réside le respect du droit à la vie, du droit à la liberté et à la sûreté de la personne ?

Ce sont de telles injustices qui m’ont poussée à aborder la question du droit, de la morale et de l’éthique. Ces principes qui, théoriquement forment les piliers de base du développement sain de toute société, sont sur le champ pratique et concret annihilés. Leur adoption est entrevue par certains philosophes comme un obstacle entravant l’autonomie de la personne humaine. Et pourtant, ces fondements tiennent lieu de forces régulatrices des relations sociales promulguant le respect de soi et d’autrui.

Maintes réflexions, m’ont menée à admettre que la philosophie, bien que souvent conçue comme ambigüe et dure, est toujours accessible à qui le veut vraiment. Avec un effort de concentration et la volonté de persévérer, nulle barrière n’est suffisamment rigide, nul obstacle insurmontable.

J’ai tenté, tant bien que mal, de dresser une étude analytique et comparative, de deux chemins de pensée, l’un aussi actuel que l’autre.

La philosophie des lumières d’Emmanuel Kant, rationnelle et abstraite se basant les a priori purs comme source de connaissance.

La philosophie contemporaine de Jürgen Habermas, discursive et pratique, adaptant les données rationnelles au monde concret, et orientant l’agir de la personne humaine par la communication qui incite tout individu à s’ouvrir à l’altérité.

Kant et Habermas trouvent que les lois, loin d’écraser la liberté de la personne humaine, la régulent de façon à promouvoir une existence harmonieuse et sereine entre les peuples.

Les contraintes appliquées par le droit, interviennent selon Kant à partir d’apriori métaphysiques, pour exercer une coercition sur le libre arbitre de l’homme qui livré à lui-même est souvent tenté de succomber à ses impulsions et désirs. Les lois légales universelles sont institutionnalisées dans un Etat de droit représenté par un souverain qui juge et contrôle les actions des citoyens.

Habermas, trouve en contrepartie que le jugement des actions des individus ne devrait pas reposer entre les mains d’une seule personne qui tranche. Selon lui, le pouvoir basé sur la communication ne peut jamais être possédé. Le droit bien qu’institutionnalisé dans un Etat de droit, devrait satisfaire les conditions d’intercompréhension prenant en considération l’intérêt de tous. Basées sur la discussion et la délibération entre tous les individus concernés, les lois acquièrent un statut universel à partir d’un consensus établi entre des personnes rationnelles.

Habermas et Kant, abordent la question du droit chacun à sa propre façon. Toutefois tous deux sont d’accord sur son importance en tant que contrainte extérieure contrôlant la démarche de la société. Ils admettent néanmoins que n’adopter que des règles de droit, ne résout pas grand-chose. Il ne suffit pas d’agir conformément au devoir dicté par le droit mais agir par devoir. D’où la primauté de l’intentionnalité de l’action et de la volonté de bien agir dictées par les valeurs morales. Emmanuel Kant, insiste sur le fait que toutes les actions humaines doivent être régies par un principe unique, un impératif catégorique qui se résume de la sorte : « Agis seulement d’après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle. » L’agir humain n’a d’autre fin que l’acte lui-même et l’impact moral qui en résulte. A ce niveau- là, Kant plonge à nouveau dans l’individualisme absolu. C’est une personne solitaire ne communiquant pas avec autrui qui décide de la validité d’une loi universalisable.

Habermas influencé par Kant, essaie toutefois de dépasser l’intériorité subjective qui caractérise le sujet kantien. Il reformule l’impératif élaboré par celui-ci, et essaie de l’appliquer à une société contemporaine et pragmatique. Il suggère alors ce qui suit : « au lieu d’imposer à tous les autres une maxime dont je veux qu’elle soit une loi universelle, je dois soumettre ma maxime à tous les autres afin d’examiner par la discussion sa prétention à la validité. » Habermas refuse que le lieu de l’émergence de toute action, morale ou juridique soit-elle, soit la seule intériorité humaine. Reconnaitre une norme comme universelle ne repose pas sur la volonté d’un individu solitaire, mais sur la participation effective de toute personne concernée par l’application de cette norme. Ceci exige une ouverture sur l’autre qui fait partie de la société et la prise en considération de ses intérêts propres et donc de sa liberté. L’activité communicationnelle pratiquée dans un espace public, gagne plus de vigueur, lorsqu’en toute sincérité, les individus y prennent part de leur plein gré pour régler des consensus troublés.

En matière de droit, aussi bien qu’en matière de morale, c’est le « que dois-je faire » Kantien qui se transforme avec Habermas en un « que devons-nous faire ». Habermas a développé les théories universalistes de Kant en les reformulant à un niveau intersubjectif.

La philosophie de Habermas, touffue des concepts kantiens actualise la pensée de ce dernier et nous invite aussi à reprendre dans une nouvelle donne l’examen que nous avons à porter au quotidien de notre vécu actuel.

Nous sommes dans une époque postmoderne satisfaite de la liberté de pensée que nous croyons qu’elle consiste à pouvoir «discuter» de tout. Il faut s’exprimer, même si l’on n’a rien à dire, l’important c’est de ne pas se taire. Et pourtant, plus on discute, plus on se dispute. Dans la complexité des situations de la vie, les individus optant pour la discussion ne l’usent que dans l’optique du tort ou raison, pour ou contre. Ce que nous appelons liberté d’expression, dans notre société actuelle, c’est le droit de descendre dans l’arène l’épée à la main pour aller tailler en pièces ceux de l’autre bord, ceux qui « ont tort ». Et pourtant Voltaire n’a-t-il pas dit : ...cherchons la vérité, mais d’un commun accord : Qui discute a raison, et qui dispute a tort ?

Toutefois, faut-il discuter de tout ? Suffit-il d’adhérer à une discussion pour en garantir la réussite ? Entrer dans une communication réussie ne consiste pas à perdre son temps dans des débats sans fin. Il est nécessaire de suivre une éthique bien déterminée, orientée vers la coopération intersubjective. Accepter de discuter, c’est reconnaitre autrui avec lequel on discute comme entité à part entière, et être disposé à se placer à un point de vue universel consistant à se mettre à sa place et à comprendre pourquoi il pense ceci ou cela. Une communication vraie est une recherche coopérative d’une volonté commune satisfaisant les intérêts de toute personne concernée. Il n’y a que le processus d’échange intersubjectif se basant sur la sincérité, l’honnêteté et la symétrie qui mène à l’instauration d’un terrain argumentatif impartial. C’est cette éthique argumentative, soumettant les différends à la critique rationnelle de toute personne concernée qui permet de ressaisir les liens sociaux engendrant un engagement effectif de toute personne qui y prend part et forgeant la solidarité entre tous. 

Nay
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