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De la SF afro-américaine ? Merci Octavia Butler !

Sabyl Ghoussoub By Sabyl Ghoussoub Published on August 16, 2017
This article was updated on September 28, 2017

« Les gens décident de ne pas aimer la science-fiction car ils croient savoir ce qu'elle est. Pourtant, ils en ont une notion très limitée. J'ai l'habitude de dire que la science-fiction et les Noirs sont souvent jugés à l’aune de leur pires éléments. Et c'est tristement vrai. Des gens pensent : "Oh, la science-fiction, Star Wars. Je n'aime pas ça." Et ils ne veulent pas ouvrir mes livres parce qu'ils n'aiment pas Star Wars. Ensuite, vous obtenez l'autre catégorie de gens qui veulent les lire car ils aiment Star Wars et pensent que je fais la même chose. Dans les deux cas, ils seront déçus. »

Voyage dans le temps

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Je fais partie de la première catégorie de gens, celle qui pense "Oh, la science-fiction, Star Wars. Je n'aime pas ça" mais en tombant au hasard sur cette interview fleuve d'Octavia E. Butler accordée à Joshunda Sanders, l'auteure m'a donné envie de jeter un œil à deux de ses romans : Liens de sang et La Parabole du semeur.

Octavia Butler (1947-2006) est généralement considérée comme une écrivaine de science-fiction. Afro-américaine. Enfant, l'écrivaine voyait sa mère, femme de ménage, se faire humilier et insulter. Des souvenirs qui l'ont marquée à jamais. « Je savais que quelque chose n'allait pas, c'était désagréable. Je me souviens lui avoir dit "Je ne ferai jamais ce que tu fais, ce que tu fais est terrible". Et ma mère a juste eu ce regard triste sur son visage et n'a rien dit. » 

Ces années lui ont inspirée Liens de sang, Kindred en anglais, publié en 1979, ou elle entreprend le récit d'une jeune femme qui voyage dans le temps et rencontre ses ancêtres esclaves.

Couverte de boue

Californie, 1976. Dana est noire, Kévin est blanc. Mariés depuis peu, ils emménagent dans une nouvelle maison. Le jour de ses vingt-six ans, la jeune femme, prise d'un malaise, perd connaissance. Elle disparaît du salon, puis réapparaît quelques instants plus tard, couverte de boue, propulsée dans le temps de l'esclavage. Commence un aller-retour entre le quotidien de Dana dans les années 70 et la vie de ses ancêtres dans une plantation du Sud... 

Le livre ne s'adresse pas forcément au lecteur de science-fiction mais à un public plus large, intéressé par l'histoire des Afro-américains ou de l'esclavage. Il apporte un point de vue différent, empathique, sur une période sombre de l'histoire des Etats-Unis. Octavia Butler affirmait aux Utopiales de Nantes que « la science-fiction est un genre qui offre la liberté de traiter de tous les sujets que l'on veut, avec de surcroît le bénéfice d'un point de vue original ».

Mâles reproducteurs

Elle s'est mise à la science-fiction après avoir visionné le film Devil Girl from Mars réalisé par David MacDonald. Le synopsis : une martienne venue chercher des mâles reproducteurs loupe son atterrissage et débarque dans la lande écossaise près d’un hôtel isolé. Octavia Butler réalise alors trois choses :

  • 1. elle peut écrire une meilleure histoire que ça, 
  • 2. n'importe qui peut écrire une meilleure histoire que ça, 
  • 3. quelqu'un a été payé pour écrire cette histoire horrible. 

Un an plus tard, elle soumettait ses premières nouvelles à des revues. Quatorze ans et quelques romans après Liens de sang, elle nous entraîne en 2024 dans La Parabole du semeur, première partie d'un diptyque. Le nouveau président des États-Unis professe le mépris de toute législation du travail, suspend toute protection sociale et allège les charges des compagnies qui offrent à leurs salariés la sécurité contre l’esclavage. Dérèglement climatique, épidémies, pauvreté… Des murs s’élèvent. La jeune fille d’un pasteur noir comprend que leur communauté familiale ne résistera plus aux attaques des pillards. Elle entraîne les siens vers la terre promise et entame la rédaction d’une Bible d’espoir et d’humanité : Le Livre des vivants.

Décor post-apocalyptique

Après la lecture de Liens de sang, je ne pense plus faire partie de la catégorie des gens qui répondraient « Oh, la science-fiction, Star Wars. Je n'aime pas ça ». Manquant cruellement de références dans ce genre, j'en avais oublié qu'elle peut être aussi un retour dans le passé. Source d'histoires inépuisables qui peuvent s'avérer captivantes, passionnantes comme ce roman d'Octavia Butler. 

Le décor post-apocalyptique de La Parabole du semeur ne m'a pas transporté, je reste réticent à ces atmosphères. La romancière parvient pourtant, tout en créant son monde imaginaire, à traiter de sujets quotidiens avec une sensibilité rare. Comme la relation que l'on entretient avec ses parents ou Dieu :

« On ne peut pas résister à Dieu. On ne peut pas l'arrêter. Mais on peut le façonner ; on peut accommoder la vision qu'on a de lui. Cela veut dire qu'on ne peut pas lui adresser des prières. Prier est bon pour celui qui prie, et seulement pour renforcer sa résolution. »
D'une mère née au Liban et d'un père au Ghana, Sabyl a grandi à Paris sous la coupe d'une mama capverdienne. Photographe et chroniqueur, il a été entre 2011 et 2015 directeur du festival du film ... Show More