We think that you are in United States and that you would prefer to view Bookwitty in English.
We will display prices in United States Dollar (USD).
Have a cookie!
Bookwitty uses cookies to personalize content and make the site easier to use. We also share some information with third parties to gather statistics about visits.

Are you Witty?

Sign in or register to share your ideas

Sign In Register

Dans la tête de Xi Jinping, le charismatique numéro 1 chinois

Geneviève Imbot-Bichet By Geneviève Imbot-Bichet Published on October 5, 2017

Found this article relevant?

Georgia Makhlouf found this witty
1
Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fbf8e3722 2e46 4a53 b153 047e25462f42 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Qui est réellement Xi Jinping, le dirigeant chinois qui concentre le plus de pouvoirs depuis Deng Xiaoping, à la fois comme numéro un du Parti et comme président de la République populaire de Chine depuis mars 2013 ? Un homme fort à n’en pas douter, à la lecture de Dans la tête de Xi Jinping publié par François Bougon, chef-adjoint du service international du Monde, spécialiste de l’Asie, qui a été correspondant de l’AFP à Pékin de 2005 à 2010.

Cinquième génération

Jusqu’à présent, on ne savait que peu de chose de ce numéro 1 chinois. En 2014, le Bureau de l’Information du Conseil des Affaires d’État, le Centre de la Documentation du PCC et l’Administration chinoise de Publication et de Diffusion en langues étrangères publient Xi Jinping, la Gouvernance de la Chine, un ouvrage colossal qui réunit 79 textes – discours, entretiens, allocutions, interviews, lettres de félicitations – diffusés entre novembre 2012 et juin 2014. Chaque texte est soigneusement annoté, auxquels s’ajoutent 45 photos de Xi Jinping, « au travail et dans la vie quotidienne ».

Ce représentant de la cinquième génération contraste avec son prédécesseur, un homme dépourvu de charisme, l’ingénieur Hu Jintao. Lui-même avait succédé à Jiang Zemin, porté à la tête de la troisième génération par Deng Xiaoping après le mouvement démocratique de 1989, mettant ainsi à l’écart les partisans d’une réforme politique qui aurait pu changer la donne. Deng Xiaoping avait lui-même présidé la deuxième génération, juste après Mao Zedong, le révolutionnaire et fondateur de la République populaire de Chine en 1949.

Le rêve chinois

À partir du parcours intellectuel du dirigeant chinois et en s’appuyant sur des documents pour la plupart chinois, François Bougon analyse comment le numéro 1 chinois conçoit son rôle, quelles sont ses convictions, sa vision de son pays et du monde, alors que la Chine, officiellement marxiste, est devenue un pays ultra capitaliste, inégalitaire et menacé par la corruption.

Xi Jinping en appelle au « rêve chinois » pour redonner à la Chine la place qu’elle mérite sur la scène internationale, une place qu’elle avait laissée au XIXe siècle à l’Occident. Et pour que la Chine retrouve sa grandeur, il a d’abord fallu laver l’affront subi en 1919, lors de la signature des traités imposés par les Occidentaux à Versailles. Qui maîtrise l’histoire maîtrise l’avenir…
Pour Xi Jinping, il est des exemples à ne surtout pas suivre. Il est capital à ses yeux de sauver le Parti et d’éviter les impairs commis par Gorbatchev. L’URSS d’hier ne doit en aucun cas devenir la Chine de demain. Il ne faut pas brûler ses idoles, ce serait la remise en cause de la foi dans le maoïsme. Xi Jinping l’a compris et pour ne pas entraîner le Parti communiste chinois sur une pente dangereuse, jamais il ne jettera le discrédit sur Mao Zedong. 

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f96a65fb0 5109 438c 926f 96cad508f007 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Lénine traduit en chinois (Wikimedia Commons)

Au contraire, dans un monde de globalisation et d’échanges culturels incessants, Xi Jinping juge que sa tâche principale est de maintenir le marxisme comme idéologie directrice et de s’engager dans une critique des « valeurs universelles ». Il faut combattre l’idéologie de la bourgeoisie occidentale, et nourrir une foi infaillible dans le socialisme à caractéristiques chinoises. Ce sont précisément le nihilisme historique, le néolibéralisme et la théorie des « valeurs universelles » qui ont précipité la chute de l’Union soviétique. Car pour les historiens officiels, ce «nihilisme historique » est la conséquence d’une mode intellectuelle importée d’Occident.

Propagande et mise en scène

Tout est fait à grand renfort de propagande, souligne François Bougon, pour que les modèles de vertu et d’altruisme continuent d’être propagés. Le plus connu étant Lei Feng, petit soldat modèle né dans une famille pauvre. Des clips sont mis en ligne, des séries télévisés diffusent savamment l’esprit de ses saints.

Xi Jinping sait se mettre lui-même en scène pour donner l’image d’un homme simple, proche du peuple. Il sait rappeler qu’à l’âge de 15 ans il a fait partie de ce mouvement des jeunes instruits envoyés massivement à la campagne pour y être rééduqués auprès des paysans. Il se montre comme une victime de la Révolution culturelle au même titre que 17 millions de jeunes, et non comme son rival, Bo Xilai, qui lui a participé aux exactions ; rival que sa politique anticorruption lui a permis d’éliminer «loyalement ».

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f874208f3 6a22 4911 bbf4 64e15517046f inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Lei Feng (Wikimedia Commons)

François Bougon montre à quel point l’idéologie est de retour en Chine, une idéologie dans la continuité des plus pures méthodes maoïstes. En 2013, Xi Jinping souligne que si « la construction économique est la tâche centrale du Parti communiste, la tâche idéologique est extrêmement importante ». Abdiquer sur le terrain idéologique, c’est préparer sa chute.

Document n°9

Un texte baptisé « document n°9 » diffusé secrètement au sein du Parti en avril 2013 mais publié par le site dissident chinois Mingjing donne la teneur du programme idéologique du numéro 1 chinois. L’intitulé - « Communiqué sur l’état actuel de la sphère idéologique » - est explicite. Il faut maintenir la ligne politique idéologique existante : « rechercher la vérité à partir des faits, distinguer le principal de l’accessoire, persévérer dans la vérité, revisiter les erreurs, multiplier les expériences, tirer les leçons ».

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fe690f3aa 8be7 42b3 98d0 107c8720f675 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
La journaliste Gao Yu, condamnée à cinq ans de prison pour "divulgation de secrets d'Etat" (Wikimedia Commons)

Il ne s’agit plus de prôner la révolution permanente qui a déstabilisé la société sous Mao, mais il faut continuer d’apprendre le marxisme et le communisme, le marxisme-léninisme, la pensée Mao Zedong, et la théorie de Deng Xiaoping, ainsi que la pensée des « trois représentativités ».
La gouvernance du cyberespace est également une priorité, il s’agit de contrôler les esprits et les âmes, l’internet et la presse, d’autant que l’industrie américaine est prête à certains compromis. À cela s’ajoute le retour aux classiques, à l’instrumentalisation de la culture traditionnelle millénaire. La Chine est l’héritière d’une grande civilisation, il faut le montrer.

Confucius réhabilité 

Si Confucius fut honnis par les révolutionnaires marxistes, imputant au sage l’arriération du pays et les causes du retard de la civilisation chinoise, le voilà devenu « la figure de proue d’une diplomatie culturelle tous azimuts » souligne François Bougon. Réhabilité, Confucius sert à mieux exalter et flatter la fibre nationaliste sur laquelle Xi ne cesse de jouer. Le philosophe qui mêle « sagesse morale et idéal politique » permet de consolider le pouvoir tout en étant compatible avec les besoins de la société moderne marquée par trente ans de croissance économique débridée et de vide spirituel.

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2fa9202be5 3234 462d bf69 cbf77d0f831e inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Statue de Confucius à Nanjing (Wikimedia Commons)

Une autre grande école de pensée est également mise à l’honneur: le légisme, qui prône un État par le droit. La loi est un instrument au service du pouvoir. « Quand ceux qui défendent les lois sont forts, l’État est fort », déclare Xi Jinping à l’occasion du 60e anniversaire de l’Assemblée nationale populaire, en septembre 2014. Toutes ces mesures visent à intimider les avocats, les victimes d’expropriations, les organisations de défense des droits de l’homme, bref la société civile toute entière, bête noire du régime, qui n’est autre qu’un outil politique à la main des forces occidentales anti-chinoises.

L'art patriotique

Les intellectuels et les artistes doivent eux aussi se mettre au service de la renaissance chinoise – (cela n’est pas sans rappeler le fameux discours de Mao Zedong en 1942 à Yan’an – où les communistes s’étaient regroupés en 1935 après la Longue Marche – pour déterminer le rôle que la littérature et les arts devaient jouer dans la société) : 

« La littérature et les arts contemporains doivent s’emparer du patriotisme comme objet de création. Le peuple doit être au centre des préoccupations de l’artiste chinois. » 

Ce qui, cela va sans dire, glace les intellectuels libéraux. Xi Jinping insiste sur des œuvres « porteuses d’énergie positives », concept mis à l’honneur dans le Quotidien du peuple comme une mise en garde à une jeunesse blasée, paresseuse ou décadente.

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f299b6a4d eafd 4a70 9f52 69f592ff2b4b inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Le forum de Yan' an en 1942 (Wikimedia Commons)

Xi Jinping s’emploie à la consolidation d’un État-Parti : il applique les méthodes de Mao pour atteindre les objectifs de Deng. Et pour cela, Xi choisit de concilier la culture traditionnelle confucéenne (garantie des bons rapports familiaux), le maoïsme (pour lutter contre les inégalités sociales), l’exaltation du nationalisme et les réformes de Deng.
Xi Jinping œuvre à sa postérité et à détrôner le rival américain pour faire de la Chine en 2030 la première puissance économique. En 2049, pour les cent ans de la République populaire, il voit déjà un « pays socialiste moderne, prospère, puissant, démocratique, civilisé et harmonieux ». Et si tout va bien, il présidera aux célébrations du centenaire du Parti communiste chinois en 2021.

Néo-autoritarisme

Xi Jinping apparaît comme un homme ambitieux dont l’objectif est d’accéder au plus haut niveau et de poursuivre l’essor économique de cette Chine en plein processus de modernisation tout en maintenant une nation unie et un système politique stable. Mais prévoir l’avenir de la Chine reste périlleux. Certains analystes étrangers doutent et augurent la fin prochaine du régime ; d’autres grands spécialistes de la Chine, tel Jean-Pierre Cabestan, pensent que le régime actuel a des chances de se maintenir au pouvoir au moins durant les cinq à dix ans qui viennent. François Bougon pose la question de savoir si «Xi Jinping réussira à conjurer le néo-autoritarisme et l’innovation technologique. En cas de réussite, ce serait, si l’on ose dire, la dictature parfaite du XXIe siècle ».

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f86af836f 31ba 45c4 af60 34ea5f58dd08 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Xi Jiping et les dirigeants des BRICS en 2016 (Wikimedia Commons)

Xi Jinping est le premier dirigeant charismatique d’un empire en pleine renaissance, entré dans un siècle que certains qualifient déjà de « chinois ». On parle de « modèle chinois », voire de «solution chinoise » face aux défis de la mondialisation. Les troubles et le désastre créés par les « valeurs universelles » que les occidentaux ont tentés d’imposer dans certains pays ne seraient-ils pas la preuve qu’il peut exister un modèle alternatif à la démocratie lorsque l’on regarde la scène internationale aujourd’hui ? 

Le projet de nouvelle route de la soie terrestre et maritime lancé en 2013 par Xi Jinping, OBOR (One Belt, One Road), un projet titanesque aux ambitions planétaires, donne la mesure de la puissance chinoise et une démonstration de son savoir-faire.

Geneviève Imbot-Bichet est une passeuse passionnée. Sinologue, traductrice, éditrice (elle a créé Bleu de Chine) et chargée de missions culturelles à la Maison de la Chine, elle a vécu en Chine ... Show More

Found this article relevant?

Georgia Makhlouf found this witty
1

0 Comments

Please log in or sign up to join the discussion

4 Related Posts