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Dans l'ombre de Robert Smith

Domino Derval By Domino Derval Published on April 20, 2017
This article was updated on August 10, 2017

Rares sont les groupes de rock ayant connu une histoire aussi passionnante et extravagante que celle de The Cure. Au-delà de l’apparence décousue d’une aventure à laquelle vont participer plus d’une vingtaine de musiciens différents, en l’espace de quelques 40 années, le groupe de Crawley représente aujourd’hui une constante musicale devenue incontournable, de par son influence, son style inclassable et le charisme de son leader de toujours, Robert Smith.

Personnage hors du commun, icône gothique, guitariste hors pair et féru de littérature française classique, il a, tout au long de sa carrière, géré de main de maître les nombreuses formations qui ont collaboré avec lui sur les quelques 13 albums studios du groupe. Parfois dictateur, parfois sous influence, Robert Smith aura su doser avec talent l’apport de chacun, dans la lumière pop ou le clair-obscur de la new wave.

Batteur et claviériste

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Souvent taxée de triste voire déprimante, la musique de The Cure est avant tout punk, torturée et provocante. L’essence de cette énergie rebelle est à rechercher dans les origines du trio initial formé en 1977, dans le Sussex, par Robert Smith, Simon Gallup et Laurence "Lol" Tholhurst. Ce dernier, batteur originel du groupe, puis claviériste jusqu’en 1989, a récemment sorti un livre autobiographique, intitulé Cured (et traduit en français par David Gressot), qui lève enfin le voile sur les premières années, sur la fin provisoire du trio un soir de 1982 à Strasbourg et sur l’étrange personnalité de Robert Smith, un jeune punk taillé pour le succès et qui va, avec son air d’ado attardé et ses maquillages clownesques, tout dévaster sur son passage.

L’intérêt de ce livre, longtemps attendu, ne réside pourtant pas dans les quelques histoires rapportées par Tolhurst, histoires que beaucoup de fans connaissent déjà et qui ont nourri les plus belles pages des magazines rock des années 80. 

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L’intérêt de Cured est tout autre, car ce livre raconte l’histoire non pas d’un groupe, mais d’un jeune homme, au père alcoolique, militaire et violent, élevé par une mère qui meurt tragiquement, qui semble fasciné par la personnalité envahissante de Smith et qui en quelques années sera emporté par la vague punk, les tournées infernales et le délire créatif de Smith, dans les pires excès de l’alcool et de la drogue, pour finir dans l’humiliation en 1989, car viré du groupe et à peine crédité de « other instruments » au dos de la pochette de Disintegration, sûrement le meilleur album du groupe.

Folie destructrice

Tout fan connaît la suite : viré, il poursuit Smith dans un ridicule procès sans fin pour des droits d’auteur, avant de fuir en Californie, toucher le fond, rebondir, puis retrouver dix ans plus tard Robert en tapant à la porte d’une loge.

Les retrouvailles officielles auront lieu à Sidney, en 2011, quand Smith invite Tolhurst à jouer quelques notes lors du show Reflections, pendant lequel The Cure reprend l’intégralité de ses trois premiers albums en une seule soirée.

Cured est l’histoire absolument émouvante de Laurence Tolhurst, qui se raconte très adroitement, comme un homme né dans l’ombre d’un génie, qui semble tiré vers les enfers par la folie destructrice de The Cure et de son mentor, mais qui ne renie jamais sa propre responsabilité dans le désastre que sera sa vie. 

Tolhurst n’hésite pas à s’incriminer, à s’observer plonger d’en haut, à se voir mourir, à regarder les autres l’oublier et continuer sans lui. Sa chute rappelle étrangement la froide trilogie de The Cure, qui se termine par cette ligne glaciale à la fin du chaotique titre Pornography : « I must fight this sickness, find a cure. » Il va finalement trouver sa rédemption en acceptant ce qu’il est devenu, mais aussi en pardonnant à Smith de ne pas l’avoir suivi dans sa propre déchéance.

« Regardez, j’y étais »

L’écriture de Tolhurst est fine, agréable, pleine d’humour désabusé et de souvenirs de fins de soirées délirantes dans des clubs obscurs de Londres ou Amsterdam. Aucune trace de vanité, de rancœur, voire de nostalgie, pour un homme qui va pourtant faire partie pendant 10 ans d’un des plus grands groupes du monde. Une attitude d’anti-star qui colle finalement bien à l’image de Laurence Tolhurst : un batteur sans génie, dont le rôle dans la création artistique de The Cure reste à prouver et qui va hélas trouver le moyen de se faire virer d’un groupe à son apogée. 

Les raisons évidentes de ce drame, celles que Tolhurst ne raconte pas forcément dans son livre, sont à rechercher dans les quelques photos souvenirs placées en pages centrales de Cured : on l’y voit presque fier de poser avec Smith, content de pouvoir dire, « regardez, j’y étais », même si sur la plupart des photos, Laurence ressemble plus à une épave imbibée de bière qu’à un artiste inspiré.

Cette autobiographie n’est pas agressive, ni critique envers Robert Smith. Laurence Tolhurst lui voue une telle admiration qu’il ne saurait fâcher une seconde fois son ami éternel. 

Domino est un(e) passionné(e) de musique rock britannique des années 80. Il/Elle propose une newsletter et une page Facebook dédiée à sa passion pour les meilleurs albums classiques de new wave ... Show More