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Cinq récits qui vous donneront la gueule de bois

MissTetsuo By MissTetsuo Published on November 23, 2016

Mythique ou réaliste, l'alcool est un ingrédient récurrent de la littérature. Le roman noir en a fait un espace de déchéance et de solitude. Les chroniques de la vie mondaine l'ont au contraire montré comme un élément glamour avec des associations de type mojito-Hemingway ou Jim Harrison-Bourbon. 

En 2012, un colloque parisien réunissait auteurs et universitaires sur le thème "Alcools". L'état d'ébriété, jadis "carte de visite pour un écrivain", selon Bernard Pivot, y était décrit en net recul. 

Propice au témoignage, à la mise en scène autant qu'aux accents de sincérité, l'auto-fiction continue cependant de livrer régulièrement son lot de témoignages sur le sujet. En voici cinq, en images et/ou en mots.


James Frey: des "Morceaux" de choix

James Frey a une énergie considérable qui s'exprime tantôt par l'écriture, par les blagues potaches, tantôt par sa passion pour Taco Bell et l'équipe de foot de Cleveland. Mais tel n'a pas toujours été le cas. Récit semi-autobiographique, Mille Morceaux débute sur l'entrée en cure de désintoxication d'un homme de 23 ans, alcoolique depuis dix ans et accro au crack. L'écriture y est dépouillée, comme si nous étions dans la tête du personnage principal, cerveau grillé qui peu à peu trouve des repères, fait ses choix, saisit des points d'accroche à sa détermination dans la misère de la rehab.  

Le 14 octobre, James Frey écrivait sur son mur Facebook, en légende d'une photo de sa propre personne jeune: "Il y a 23 ans, jour pour jour, ce gamin partait se désintoxiquer de son accoutumance à la drogue et à l'alcool. Ça a marché, je n'ai à ce jour plus jamais consommé de drogue ni bu un verre. Si je peux le faire, vous pouvez le faire." 

Vu sa production littéraire, notamment L.A. Story (Flammarion, 2009) et Le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom (Flammarion, 2011), on peut se dire qu'il a vraiment bien fait de raccrocher.



Jonathan Ames: quand l'"Alcoolique" planche sur son sort 

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Extrait de "Alcoolique", de Jonathan Ames et Dean Haspiel


Le jour où Jonathan A. se retrouve à devoir faire face à une "femme de petite taille" qui cherche à abuser de son corps, il se dit qu'il est temps lui pour d'essayer de comprendre ce qui lui arrive. 

Commence ainsi l'histoire de la vie du double de Jonathan Ames, depuis sa première bière, à l'âge de 15 ans, ses amours chaotiques - son chemin, en fait, dans une solitude toujours plus épaisse où seul l'alcool semble un repère stable. 

Les choix graphiques Dean Haspiel servent avec élégance un récit à la fois rythmé et intime.  

Ecouter un extrait de "Alcoolique"



Rick Moody: le verre derrière le "voile" 

En allant fouiller le passé dans l'idée de révéler son arbre généalogique, l'auteur Rick Moody se retrouve lié à l'écrivain Nathaniel Hawthorne, au travers d'une nouvelle de ce dernier, "Le Voile noir du pasteur" (1836). 

Outre ce parcours étonnamment alambiqué entre littérature, passé et présent, Moody confesse son addiction à la bouteille, la crainte de se voir repéré dans les magasins de liquors, les "sévères gueules de bois", les crises d'angoisse soignées à coup d'alcool, la paranoïa. Et la solitude, encore, face à une copine également alcoolique avec qui le partage se résume aux verres consommés.



Julia Wertz: à la santé de l'autofiction 

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Extrait de "L'Attente infinie", de Julia Wertz.

Publiée désormais par le New Yorker, Julia Wertz a fait de l'autodérision et du dessin un bouclier face aux agressions du monde. Avant cela, c'est l'alcool qui était son un rempart face au mal-être: les petits boulots, dont on se fait virer, une maladie auto-immune qui la cloue au lit, la dépression...

Moins élégante dans son approche que Jonathan Ames et Dean Haspiel, Julia Wertz s'inscrit dans la lignée de ces auteurs qui ont fait éclater l'autofiction sur le Net. Son rapport à l'alcool tout comme ses déboires quotidiens ont d'abord un intérêt en tant que témoignage personnel.  

 


Dan Fante: demande à la bouteille 


Bruno a quitté New York pour conduire les célébrités et autres fortunés de la côte Ouest pour le compte d'une société de chauffeurs de maîtres. S'il a à peu près résolu ses problèmes d'argent, percevant un salaire régulier, il est toujours aussi hargneux: parce qu'il n'arrive pas à faire éditer sa prose; et parce qu'il a un sérieux problème avec l'alcool.

Très proche de l'autobiographie, Limousines blanches et blondes platine trace les boucles de l'addiction et du sentiment d'incapacité à en sortir. Bruno, le personnage principal, semble pris à son propre piège, incapable même en allant à l'autre bout du pays, en se donnant les moyens (un boulot), de se sortir de sa condition d'alcoolique et de loser. 

L'auteur, Dan Fante, n'est autre que le fils de John Fante, dont l'oeuvre est également hantée par les vapeurs d'alcool.


Et vous, quels sont les récits d'enfers alcoolisés qui vous ont marqués?


(Photo de tête: Flickr)