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Chronique littéraire : Esprits rebelles - Khalil Gibran (1908)

Amina DOHNI By Amina DOHNI Published on August 21, 2017

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4/5 : Excellent Livre


“Qu’elle est malheureuse celle qui, à peine sortie de l’insouciance de la jeunesse, se retrouve dans la maison d’un homme qui la comble de biens et de cadeaux, la vénère et la protège mais ne peut embraser son cœur de la flamme de l’amour, ni emplir son âme de cette ivresse divine que l’homme fait naître dans le cœur de la femme.”


Un livre saisissant qui nous transporte dans la vie des protagonistes. On s’identifie très facilement aux personnages et à leurs conditions respectives.


Subdivisé en quatre nouvelles, le livre remet en cause les fondements de la morale et de l’éthique contemporaine. L’auteur se positionne fermement et violemment en accusateur de l’hypocrisie sociale et en défenseur de la condition des femmes arabes au Liban, son pays natal. Il s’adonne finalement, dans la dernière partie du livre, à une critique foudroyante contre l’Eglise et plus largement la religion et ses figures d’autorité. Tout au long de son récit, Khalil Gibran pointe du doigt les faiseurs de pensées et questionne l’opposition facile et souvent précipitée entre opprimé et oppresseur, victime et bourreau, juste et injuste, vérité et illusion. L'opprimé n’est pas toujours celui que l'on croit être et le bourreau est parfois victime.


Révolte, spiritualité, métaphysique. Par son caractère catégorique et violent, le livre
a insurgé les milieux conservateurs de l’époque qui ont demandé l’interdiction de sa diffusion en Syrie et en Egypte. L’Eglise y voit une attaque à l’encontre du clergé et accuse le futur auteur de “Le Prophète” d’incitation à la libération de la femme. De son côté, l’Empire Ottoman dénonce le caractère hérétique du livre et le brûle sur la place publique en 1910.


« Est-il permis à la femme de conquérir son bonheur en faisant le malheur de son mari ? » Et mon âme répondit : « Est-il permis à l’homme de mépriser les sentiments de sa femme pour conserver son bonheur ? »


Entre conditions misérables, accusations à tort et amour tragique, le grand esprit fin et révolté de Gibran nous transmet son indignation contre l’absurdité des lois des hommes et des traditions qui emprisonnent les âmes humaines dans les cages de la raison et du jugement. Tout au long des nouvelles, l’écrivain met les lois des hommes face aux lois divines. Il les confronte violemment afin de mettre en lumière l’inversement aberrant des priorités à l’époque. Cette problématique n’a jamais été aussi valable que de nos jours et chaque personne s’identifie d’une façon aisée et naturelle aux différentes situations.


Mon ressenti :


“Quand tu perds un ami cher, tu cherches autour de toi et tu en trouves de nombreux autres, alors tu finis par te consoler. Et quand tu perds tes biens, tu réfléchis et tu t’aperçois que tu peux en obtenir tout autant, alors tu finis par oublier. Mais quand tu perds la paix de l’âme, où peux-tu la retrouver, par quoi peux-tu la remplacer ?”


Émotionnellement : J’ai été saisie transportée et immergée dans un univers plein de folklore oriental. Tantôt en colère, tantôt la gorge nouée par la peine, tantôt le cœur brisé, “Esprits rebelles” m’a fait vivre quelques heures de révoltes, de courage et de compassion envers des personnes que n’importe qui aurait normalement jugées.


Intellectuellement : Le livre a levé un voile supplémentaire devant mes yeux et m’a redonné la foi et le courage d’être qui je suis réellement et de me mettre au service de la vérité. J’ai intégré d’une façon encore plus approfondie la subtilité des actions et des intentions : il est bien trop difficile pour une personne d’avoir un jugement juste et complet envers une autre. Bien évidemment mes idées reçues ont été ébranlées et j’ai été conforté dans la plupart de mes positions.


Seul petit bémol : Le discours de Khalil l’hérétique dans la dernière nouvelle s’étale sur plusieurs pages. Il aurait peut-être fallu le rythmer par des interactions avec les autres protagonistes. Cela dit, ce bémol est insignifiant face à la grandeur de l’œuvre.


Je recommande ce livre à tout(e) chercheur(se) de vérité et à toute personne qui désire évoluer et s’améliorer. En effet, l’auteur nous invite à creuser sincèrement davantage notre réflexion concernant la morale, les traditions et les jugements. Les concepts abordés sont universels et intemporels.
Bref, c’est un livre à lire et à relire inlassablement d’autant plus qu’il est très court et léger !


PS : Malgré la traduction l’écriture reste sublime, poétique, fluide et très imagée. Gibran est un excellent conteur d’histoires. Les contes ne sont-ils pas le meilleur moyen de transmettre et de faire intégrer des concepts complexes souvent lourds à saisir ?


« Alors la jeune fille a planté l’épée sur la tombe pour qu’elle soit un symbole criant à la face du ciel ce qu’il advient du courage dans le pays de l’injustice et de la stupidité »


Etudiante en marketing & communication Passionnée par la spiritualité, le développement personnel, la psychologie, les lettres, les voyages

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